En photo, nous parlons souvent de composition pour décrire la structure d’une image. Un peu comme en musique ou en chimie, la composition est un des éléments essentiels dans le succès d’une photo.

Dans ce Mercredi Pratique, nous allons voir ensemble les principales règles de composition à respecter en photographie pour réussir ses photos.

Bien entendu, comme c’est le cas à chaque fois qu’on parle de règle en photo, il est important de savoir s’en détacher pour les enfreindre lorsque vous le pensez utile.

Qu’est-ce que la composition ?

La composition est la manière dont les différents éléments de l’image (les couleurs, les formes, les lignes, les différents plans) sont arrangés entre eux. L’objectif d’une bonne composition est d’obtenir un équilibre entre les formes qui composent la photographie.

Ici, la photographie n’a rien inventé et les règles utilisées pour la composition en photographie sont quasiment toutes issues de la peinture et du dessin. Les artistes n’ont en effet pas attendu d’avoir un appareil photo pour peindre la réalité de la manière la plus harmonieuse possible.

Règle n°1 : la règle des tiers et les lignes de force

La règle des tiers est sûrement la règle de composition la plus connue des photographes, sûrement parce que c’est aussi l’une des plus simples.

Pour l’appliquer, il suffit d’imaginer un quadrillage dans votre viseur (ou sur toute image que vous regardez) en tirant des lignes sur les tiers verticaux et horizontaux pour créer 9 zones.

Sur cette image, les temples et l'horizon sont sur les lignes et intersections - © Damien Roué

Sur cette image, les temples et l’horizon sont sur les lignes et intersections – © Damien Roué

L’important n’est pas de mettre votre sujet dans l’une de ces zones mais au contraire de le positionner à l’intersection des lignes verticales et horizontales.

En respectant cette règle, vous ne centrez pas votre sujet en plein milieu de la photo mais le positionnez sur l’un des points forts de l’image.

De cette règle découle une seconde règle concernant les lignes de force. Si vous photographiez un paysage avec un horizon, ou bien un bâtiment avec des lignes verticales, il est conseillé, selon la règle des tiers, de placer ces lignes sur les traits qui séparent la photo en 9.

Si vous êtes plutôt fainéant et ne pensez pas à découper mentalement votre photo en 9, sachez que de nombreux appareils photo numériques et logiciels permettent d’afficher cette grille. Ainsi, vous n’avez aucune excuse pour ne pas l’appliquer.

Sur cette image, la règle des tiers n'est pas complètement respectée mais nous jouons aussi sur la symétrie - © Damien Roué

Sur cette image, la règle des tiers n’est pas complètement respectée mais nous jouons aussi sur la symétrie – © Damien Roué

Une fois apprise, vous allez cependant devoir rapidement « désapprendre » cette règle afin de ne pas vous enfermer dans cette composition qui, si utilisée trop souvent, peut vite devenir aussi banale que de centrer son sujet.

Ici je n'ai pas respecté volontairement la règle des tiers pour faire ressortir le ciel - © Damien Roué

Ici je n’ai pas respecté volontairement la règle des tiers pour faire ressortir le ciel – © Damien Roué

Dans certaines situations, il est recommandé de ne pas appliquer la règle des tiers, comme nous le verrons dans la suite de cet article, notamment pour faire ressortir une symétrie.

Règle n°2 : rapprochez-vous de votre sujet pour remplir le cadre

La seconde règle à connaître est simple : il faut remplir le cadre de votre photo avec votre sujet.

Comme le disait le grand photographe Robert Capa, « si vos photos ne sont pas assez bonnes, c’est que vous n’êtes pas assez près ». En remplissant le cadre avec votre sujet, vous allez lui donner toute l’attention qu’il mérite et cela se ressentira dans l’impact final de votre photo.

© Damien Roué

© Damien Roué

En photo de portrait, cette règle se traduit de la manière suivante : ne laissez pas d’espace au dessus de la tête de votre sujet. Vous avez même le droit de couper le haut de sa tête (tant que vous gardez ses yeux et surtout son menton).

En photo de rue, cette règle est encore plus exacte, et les meilleurs photographes de rue sont ceux qui n’ont pas peur de s’approcher de leur sujet.

Remplir le cadre. Facile à dire, mais comment faire lorsque mon sujet est loin de moi ? Ici, vous avez trois solutions :

  • utiliser un objectif zoom et zoomer pour isoler votre sujet,
  • utiliser un appareil photo avec beaucoup de pixels et recadrer une fois devant votre ordinateur,
  • utiliser vos pieds.

Comme vous vous en doutez, la dernière solution – utiliser vos pieds – est la meilleure car elle vous rapproche de l’action et vous force à cadrer correctement votre image dès le départ. En plus, si vous utilisez une focale fixe, vous obtiendrez la meilleure qualité d’image possible. Bien entendu, dans certaines situations où vous ne pouvez pas bouger – une falaise devant vous et des loups enragés derrière – vous n’avez pas cette solution.

Chaque photographe a également sa distance focale idéale et pour certains, le télézoom est une religion (surtout si vous êtes photographe animalier ou de sport).

Cette règle n’est cependant pas à prendre au pied de la lettre en étouffant votre sujet (voir le point suivant) et il existe même une composition d’image qui va à contre-sens de cette règle en photographiant de très loin une personne (ou un couple) pour donner un effet d’immensité. Mais à ce moment là, votre sujet photo n’est plus le couple, mais le couple dans l’immensité 😉

Règle n°3 : donnez de l’espace au regard ou au mouvement dans votre composition

Si la précédente règle vous invite à vous rapprochez de votre sujet pour qu’il remplisse le cadre, un des écueils à éviter est d’étouffer votre sujet en le cadrant de manière trop serrée.

© Damien Roué

© Damien Roué

C’est notamment le cas pour un portrait ou une photo d’un élément en mouvement. Pour que ce portrait puisse respirer et que la photo ne donne pas l’air de l’oppresser, vous devez laisser suffisamment d’espace près du visage, et surtout dans la direction vers laquelle regarde votre sujet. Sauf, bien sûr, dans le cas où vous voulez insister sur cet enfermement ou cette absence de liberté.

Pour un mouvement, c’est la même chose : laissez un peu d’espace dans votre cadrage dans la direction où va votre sujet pour que votre oeil fasse son propre film en regardant la photo. S’il s’agit d’une voiture de course, il va tout naturellement imaginer la suite du mouvement grâce à l’espace que la voiture peu encore parcourir.

La voiture a de l'air devant elle - © Damien Roué

La voiture a de l’air devant elle – © Damien Roué

Règle n°4 : isolez votre sujet

Pour ne pas distraire l’oeil lors de la lecture d’une photo, il est important d’isoler votre sujet de tous les éléments parasites possibles. Cela peut être un poteau à côté de lui, une personne qui passe derrière, un camion en arrière plan, ou plein d’autres choses. Sans forcément devoir retoucher votre photo, il est possible d’isoler votre sujet de plusieurs manières.

La première manière est, comme expliqué avec la règle n°2, de vous rapprocher de votre sujet afin qu’il devienne le centre d’attention de votre image. Ce n’est pas pour autant que vous devez centrer votre cadrage sur lui (vous suivez ?).

La seconde manière est de réduire la profondeur de champ autour de votre sujet afin d’atténuer l’arrière plan et de faire ressortir votre sujet. Dans ce cas, l’usage d’un objectif à grande ouverture (comme un 50mm f/1.8) est idéal et permet, à pleine ouverture, de faire un bon nettoyage dans l’arrière plan en ne laissant que votre sujet net.

© Damien Roué

© Damien Roué

Il faut cependant faire très attention au point de netteté car à pleine ouverture la zone de mise au point est très faible (quelques centimètres de profondeur, en fonction de la distance du sujet). L’autre solution est d’utiliser un objectif zoom : plus vous allez avoir une focale longue, plus l’arrière plan s’effacera.

Régle n°5 : utilisez un cadre naturel pour cadrer votre image

Etes-vous déjà passé devant un porche ou bien un trou dans la roche en vous disant que cela ferait une très bonne composition pour votre image ? C’est ce qu’on appelle un cadre naturel.

© Damien Roué

© Damien Roué

Que ce soit en ville ou en pleine nature, notre monde regorge de cadres naturels que vous pouvez utiliser pour attirer le regard sur votre sujet.

Règle n°6 : jouez avec les répétitions

L’oeil adore se perdre dans des motifs et en photographie vous avez la chance de pouvoir capturer tous les motifs qui passent sous vos yeux. Qu’il s’agisse de pots alignés, d’une grille ou de toute répétition d’objets ou de formes, la répétition de motifs est plaisante à regarder.

Et c’est encore plus intéressant lorsque cette répétition est à un moment brisée par un élément perturbateur, comme par exemple sur cette photo d’Eric Lafforgue où une femme avec une robe rose vient briser la répétition d’uniformes militaires coréens.

Règle n°7 : utilisez les lignes directrices dans votre photo pour diriger l’oeil

Comme en peinture, la photographie utilise énormément les lignes directrices et la perspective pour diriger l’oeil humain. Ce dernier est d’ailleurs habitué à « lire » l’information de gauche à droite et de haut en bas dans le cas où aucune ligne directrice n’est présente.

© Damien Roué

© Damien Roué

Si votre photo contient une perspective et des lignes directrices, il est important que ces dernières soient utilisées pour diriger l’oeil de votre lecteur vers l’intérieur de votre image et notamment le sujet principal.

Pour une photo de portrait, vous pouvez placer le visage de votre modèle là où plusieurs lignes se rejoignent afin de diriger l’oeil vers lui.

L’usage de diagonales dans votre photographie va aussi donner du mouvement à votre image. C’est pour cette raison que de nombreux photographes utilisent des objectifs grand angle afin d’intensifier les perspectives et les lignes de fuite.

Règle n°8 : la règle de l’impair

Voici une règle de composition que peu de gens connaissent : la règle de l’impair. Cette règle suggère qu’il est plus plaisant de regarder une image avec un nombre impair d’objets qu’une image avec un nombre pair.

© Damien Roué

© Damien Roué

Malheureusement, dans certains cas, il n’est pas possible de faire autrement, à condition d’inventer un sujet supplémentaire. Mais dans la mesure du possible, essayez d’intégrer 3, 5, 7… éléments à votre image plutôt qu’un nombre pair. C’est notamment quelque chose auquel il faut penser lorsque vous faites des photos de groupe.

Règle n°9 : la symétrie

Pour aller à contre-pied de la règle n°1 (règle des tiers) et de la règle n°8 (règle de l’impair), vous pouvez également photographier votre sujet en réalisant une composition symétrique.

© Damien Roué

© Damien Roué

Par symétrique, on peut entendre plusieurs choses :

  • un seul sujet centré dans l’image pour insister sur sa symétrie (une voiture exactement en plein milieu de la route, un piéton exactement en plein milieu d’un passage piéton, etc.)
  • deux sujets qui se complètent, chacun étant dans une position de symétrie par rapport à l’autre si l’on devait couper la photo en deux.

Attention, la symétrie ne pardonne pas le moindre petit écart donc travaillez votre cadre au cordeau, quitte à redresser légèrement votre image en post-productio par la suite.

© Damien Roué

© Damien Roué

Règle n°10 : il n’y a pas de règles

Pour conclure cet article, il est important de rappeler que ces règles de composition ainsi que toutes les autres règles que vous apprenez en photographie n’ont qu’une utilité : vous expliquer le fonctionnement des choses. Pour expliquer, il faut bien mettre une limite et un cadre.

Une fois les règles expliquées, il est important de rapidement s’en débarrasser (tout en les gardant en tête) afin de pouvoir réaliser votre propre vision photographique.

D’ailleurs, parmi les règles de vie du Dalai-Lama, voici celle qui convient parfaitement pour cet article : « apprenez les règles pour savoir comment les transgresser correctement ».

Sur cette citation, je vous souhaite des photos bien composées !

Et si vous avez une règle complémentaire à partager, laissez-nous un commentaire.