En photographie de paysage, il est recommandé de profiter de la lumière à des heures idéales, comme en matinée ou en fin de journée. C’est tout à fait compréhensible, les éléments constituants notre paysage ressortent avec élégance et le ciel est souvent paré de couleurs resplendissantes. Par contre, lorsque la météo devient capricieuse, nous avons tendance à remiser notre appareil photo et à baisser les bras, nous privant ainsi d’une belle occasion de créer des images fortes et puissantes.

Tempête de neige, vent violent, pluie diluvienne, orage et brouillard sont des conditions extrêmes qui effraient et qui donnent envie de se cantonner chez soi, mais si vous prenez quelques précautions, vous obtiendrez des photos saisissantes.

Dans le Mercredi Pratique d’aujourd’hui, je vous parle ainsi de la météo exécrable et des moyens de l’approcher de façon créative. Êtes-vous bien emmitouflé ?

Atmosphère dramatique

Le mauvais temps – qu’il s’agisse d’un vent impétueux, d’un froid intense ou d’un brouillard aussi épais que de la purée de pois – vous permettra d’insuffler à vos images une ambiance éthérée et presque irréelle.

À la chasse du mauvais temps | Créer atmosphère

Sur l’image ci-dessus, une nappe de brouillard enveloppait tout, lorsque soudain, le soleil perça la masse nuageuse. J’ai délibérément sous-exposé le cliché de sorte que les arbres, en contre-jour, se découpent comme des silhouettes chinoises. Le climat général est inquiétant et transmet un sentiment de mystère. Les immenses pins sur la droite font figure de vigies et renforcent l’aspect solennel des lieux. Toutefois, j’aurais pu choisir une approche créative différente et surexposer mon sujet de façon à obtenir une tout autre atmosphère.

Adaptez-vous aux circonstances et modelez la scène selon votre vision artistique.

Astuce : dans l’incertitude, produisez plusieurs clichés en variant votre temps d’exposition et, une fois devant votre ordinateur, vous serez en mesure de juger ce qui vous plaît le plus.

À la chasse du mauvais temps | verglas

Sur l’image ci-dessus, le contraste du blanc est mis en valeur grâce à l’azur du ciel, suscitant une atmosphère de conte de fées. Touché par un mélange de neige et de pluie verglaçante qui s’était abattu sur la région, le paysage était recouvert d’une épaisse couche de glace. Le lendemain, le ciel s’est dégagé, le mercure a chuté à -25°C et un soleil radieux illuminait ce panorama digne du royaume des glaces.

À cause du froid polaire, le givre a persisté une journée entière, au grand bonheur des photographes. Mais sachez qu’un phénomène de ce genre est éphémère et, habituellement, ne dure que quelques heures ; dès que le soleil grimpe dans le ciel, le givre fond.

Donc, si cela se produit dans votre région, ne perdez pas de temps, sautez sur l’occasion !

L’art du pointillisme

Les averses de neige peuvent évoquer un style impressionniste ou pointilliste — technique utilisée par les artistes peintres pour reconstituer une scène à l’aide de petits points de couleurs distincts.

À la chasse du mauvais temps | Pointillisme

Ces deux images représentent une chute de neige subite. Pour la photo de gauche, je me promenais à proximité de mon domicile, la neige tombait doucement, mais s’amplifiait de minute en minute. En arrêtant mon choix sur la maison verte comme arrière-plan, je savais que le contraste ferait ressortir les flocons ; combiné à un téléobjectif moyen (75 mm) et à une faible profondeur de champ (f/5), l’effet pointillisme est accentué.

Pour l’image de droite, j’étais chez moi, lorsque soudain, de gros flocons se sont mis à tourbillonner, rendant la visibilité presque nulle. Fascinée par ce panorama inhabituel, j’ai aussitôt saisi mon appareil et fait quelques photos en choisissant une vitesse rapide (1/200 s), m’assurant de figer les flocons en mouvement. Une minute plus tard, le spectacle était terminé !

Astuces : vous pouvez reproduire un effet similaire avec la pluie, surtout si elle tombe dru. Pour varier le rendu, optez pour une vitesse lente (1/15 s) ; ainsi, les gouttelettes d’eau traceront de jolies lignes hachurées au travers de votre composition.

À la chasse du mauvais temps | Pluie

Après la pluie, le beau temps

Comme le dit l’adage : « Après la pluie, le beau temps. » Lorsqu’un orage éclate en fin de journée, vous avez une opportunité unique de capter de superbes couchers de soleil. Les nuages, encore amoncelés et dramatiques, ajouteront un impact visuel puissant.

À la chasse du mauvais temps | Orage

Pour cette photo, j’ai poursuivi un orage dans le but de photographier un arc-en-ciel. Mais après plusieurs kilomètres, j’ai abandonné, car les points de vue n’offraient rien d’intéressant. Déçue, je me suis retrouvée sur le bord de ce lac ; le jour tirait à sa fin. Les nuages, encore gorgés des derniers soubresauts de l’orage, se profilaient dans le ciel de façon magnifique. En installant mon équipement, j’ai remarqué une légère éclaircie entre les montages et la masse nuageuse. Anticipant la sortie du soleil entre les nuages, j’ai patienté et, le moment venu, j’ai déclenché.

Note : pour réussir un effet étoilé, choisissez une petite ouverture (f/16) combinée à l’utilisation d’un grand-angle afin d’obtenir de meilleurs résultats, comme expliqué dans ce Mercredi Pratique.

Suivre un orage… de loin

Bien sûr, vous pouvez devancer l’orage et photographier la scène avant qu’il n’éclate. Soyez prudent et assurez-vous de garder votre équipement au sec. L’avantage, c’est que vous n’avez pas à attendre la fin du jour. Évidemment, l’heure dorée confère un cachet particulier aux images, mais ne vous privez pas, profitez du moment quand il passe !

À la chasse du mauvais temps | Orage 2

Brusque changement de température

La météo est imprévisible et de brusques changements climatiques peuvent survenir à tout moment, sculptant ainsi des scènes inusitées. Un froid intense métamorphose le paysage ; une chute de température soulève une brume diaphane ; la pluie annoncée se transforme en neige. C’est bien d’être à l’affût de la météo pour se préparer à ces rares occasions, mais on ne peut pas passer notre temps sur le qui-vive.

J’ai remarqué toutefois que durant les demi-saisons (mars-avril/novembre-décembre), les changements climatiques sont plus marqués. Selon votre situation géographique, la période peut différer ; prenez-en note et, lorsque cette période arrive, surveillez de plus près les conditions météo.

À la chasse du mauvais temps | Changement

Cette série d’images fut captée au mois d’avril dernier ; j’avais décidé que, pendant tout le mois, j’irais au même endroit. Les variantes de température ont influencé les conditions atmosphériques ; ainsi, chaque matin, à mon grand plaisir, le paysage offrait un décor nouveau.

Pensez à bien protéger votre matériel et votre corps du froid.

Brouillard enveloppant

Comme spécifié en début d’article, on s’accorde tous pour dire qu’un brouillard apporte une atmosphère envoûtante à une image. Néanmoins, il est difficile à prévoir. Il existe différents types de brouillard ; cependant, on sait qu’une chute de température la nuit aura une incidence sur sa formation au petit matin, et que certains endroits, comme une vallée ou un plan d’eau, seront plus propices à son apparition. Notez ces lieux pour d’éventuelles sorties photo.

Vous pouvez également repérer les scènes qui se prêteront bien à ce style d’images : un parc avec des arbres matures, un chemin bordé d’arbres, ou un ruisseau. Le moment venu, vous n’aurez pas à vous demander quelle direction emprunter, vous saurez exactement où vous diriger.

À la chasse du mauvais temps | Brume

Souffle le vent, souffle !

En photographie, le vent devient votre pire ennemi, surtout si vous faites de la macrophotographie ! Votre sujet bouge tellement qu’obtenir une photo nette est mission impossible. Ne partez pas ! Au lieu de pester contre les bourrasques, vous pouvez en tirer profit et produire des images inusitées.

Pour créer une scène surréaliste, exposez les éléments agités par le vent en choisissant une longue vitesse d’obturation. Assurez-vous de bien stabiliser votre appareil sur un trépied et choisissez une vitesse lente (1 seconde et plus). Pour accentuer le contraste, intégrez à votre composition des pièces fixes — telles qu’une bâtisse ou un arbre ; leur immobilité ajoutera un impact visuel.

À la chasse du mauvais temps | Vent

Vous n’avez pas de trépied ? Bougez vous aussi !

Sélectionnez une vitesse entre 1/15 s et 4 s, diminuez vos ISO au besoin et fermez votre ouverture (f/petit chiffre). Si ce n’est pas suffisant, servez-vous d’un filtre polarisant ou d’un filtre neutre pour réduire la luminosité. Pendant que vous prenez votre photo, faites des mouvements circulaires, déplacez-vous de haut en bas, de gauche à droite, zoomez. Soyez patient ; pour obtenir de bons résultats, vous devrez effectuer plusieurs essais.

À la chasse du mauvais temps | Bouger

Voilà ! J’espère que ces quelques conseils vous donneront envie de partir à la chasse au mauvais temps !


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