Vous connaissez sûrement déjà le lightpainting, cette technique consistant à utiliser un temps de pose suffisamment long pour « peindre avec la lumière » sur votre photo. Réalisé très souvent dans un environnement sombre, le lightpainting permet de donner des effets surréalistes à vos photos, même avec un simple téléphone (et un trépied).

Dans ce Mercredi Pratique, nous allons aborder une technique particulière du lightpainting : la technique des sparks, ou des projections d’étincelles.

Qu’est-ce que la technique des sparks ?

En lightpainting, les sparks (étincelles en français) désignent une technique consistant à faire tourner à grande vitesse de la paille de fer (ou laine d’acier) en combustion au bout d’un câble afin de réaliser des motifs lumineux .

Relativement simple à mettre en place si l’on suit les quelques conseils que nous allons vous donner, les sparks permettent d’obtenir un effet spectaculaire sur vos photos sans avoir recours au post-traitement.

Pour ce type de lightpainting, au lieu d’utiliser une source de lumière de type lampe de poche ou néon, nous allons utiliser les étincelles (sparks) créées par la combustion de la paille de fer. En pose longue et avec la rotation, les étincelles se dispersent et l’appareil capture le filé de lumière, un peu de la même manière que lors du tir d’un feu d’artifice.

Conseils de sécurité

Avant d’aller plus loin, nous voulons insister sur les règles à respecter pour réaliser un lightpainting avec des sparks en toute sécurité. En effet, par définition, les sparks provoquent de nombreuses projections d’étincelles avec des risques pour l’environnement (risque d’incendie) et pour vous ou votre entourage.

Un lieu pour limiter les risques

Pour réaliser un lightpainting à base de sparks, il faut avant tout choisir un lieu où les risques de départ d’incendie sont très faibles. Evitez donc tous les lieux où vous ne devriez pas écraser une cigarette au sol (forêt, champs par exemple).

Il est recommandé de trouver un endroit désert où le sol est composé de béton, de bitume, de gravas ou bien encore de sable, comme un hangar, une plage ou bien pour les plus aventuriers une grotte ou une ancienne carrière (le cadre idéal). L’idée est surtout de trouver un endroit où les retombées d’étincelles ne vont pas engendrer de risques pour l’environnement.

Nous vous conseillons aussi de réaliser ce type de photos après une averse, afin que le sol soit suffisamment humide pour limiter les risques.

Attention également au vent : moins il y a de vent, mieux ce sera pour vos photos car les étincelles ne seront pas emmenées dans une direction.

Si vous avez la possibilité de vous équiper d’un extincteur sur le lieu de shooting, c’est un gros plus.

Protégez-vous

Lors de sa combustion, la paille de fer va créer des étincelles qui viendront forcément au contact du photographe ou bien de l’assistant qui fait tourner les sparks (nous en parlons plus loin dans la partie technique).

Pensez-donc à vous munir de vieux vêtements en coton, de préférence avec une capuche et couvrant au maximum la peau. Les vêtements en tissu synthétique sont à bannir car ils peuvent fondre et s’enflammer très vite. Des gants ainsi qu’une paire de lunettes de chantier ne seront pas du luxe pour la personne qui fait tourner les sparks.

Protégez votre matériel

Le photographe, même s’il semble éloigné de la scène, devra penser à protéger son matériel des projections d’étincelles, notamment la lentille de son objectif. Il est conseillé d’utiliser un pare soleil ainsi qu’un filtre UV que l’on place devant son objectif afin de se prémunir de tout risque. Vous ne voudriez pas voir la lentille de votre objectif à 1000 euros fondre suite à une étincelle n’est-ce pas ?

Matériel nécessaire

Le matériel nécessaire pour photographier des sparks est le même que pour réaliser un lightpainting, soit :

  • un trépied pour stabiliser votre appareil
  • un appareil photo doté d’un mode manuel pour fixer la vitesse, avec de préférence un mode Bulb (qui permet de choisir la vitesse désirée en maintenant enfoncé le déclencheur)
  • un objectif grand angle
  • une télécommande pour éviter les vibrations (surtout si vous utilisez le mode Bulb)

La cage à sparks

Instant bricolage : vous allez devoir construire une cage permettant de faire tournoyer la paille de fer et projeter les étincelles.

© Photojojo

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Voici le matériel nécessaire pour construire votre cage :

  • un fouet de cuisine en acier inoxydable (comme celui-ci) disposant d’une attache au bout du manche
  • du câble métallique flexible (à acheter dans votre magasin de bricolage)
  • de la paille de fer (à acheter également dans votre magasin de bricolage, ou sur Internet)
  • une pince pour plier votre cable
  • un briquet

Il est important de choisir un fouet en acier (le fouet ainsi que le manche) et du câble métallique qui pourra résister à une forte chaleur du côté du fouet.

© Photojojo

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Attachez le câble métallique à l’extrémité du fouet (là où se trouve la boucle en métal) et faites un noeud. Peu importe le noeud tant que ce dernier sécurise bien le fouet. Nous vous conseillons par exemple un noeud du pendu (ou noeud Duncan) comme expliqué sur cette vidéo :


Votre câble ne devra pas être trop long et une longueur de 20 cm devrait être suffisante, l’idée étant que ce dernier ne touche pas le sol si vous devez faire tourner le fouet devant vous ou à vos côtés.

A l’autre extrémité de votre câble, vous pouvez attacher un porte-clé ou un mousqueton avec un noeud afin de vous faire une poignée.

Si vous n’êtes pas très bricoleur, vous pouvez utiliser une laisse pour chien en métal à la place du câble, ça devrait passer.

La paille de fer ou laine d’acier

Vous pouvez vous procurer de la paille de fer dans tout bon magasin de bricolage, ou sur Internet.

Il existe plusieurs niveaux de paille de fer avec des épaisseurs différentes. Pour réaliser des sparks, nous allons chercher la paille de fer la plus fine possible. Choisissez donc de la paille 0 ou bien encore 00 ou 000 (la plus fine). De cette manière vous obtiendrez bien plus d’étincelles car les morceaux se détacheront plus vite de la paille de fer.

© Photojojo

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Pour allumer la paille de fer, vous pouvez utiliser un briquet ou bien une pile 9v qui, au contact de la paille, va allumer l’ensemble.

Comment photographier les sparks ?

Pour photographier les sparks, il est conseillé d’être au moins deux : une personne qui manipule la cage remplie de paille de fer et réalise une chorégraphie définie, et une autre personne derrière l’appareil photo.

Derniers préparatifs avant la photo

Avant de commencer la prise de vue, nous vous recommandons de vous exercer avec la cage remplie de paille de fer sans l’allumer. Cela permettra à l’assistant de s’habituer à la masse de sa fronde et surtout tester que tout se passe bien. Une fois la paille allumée, il sera ainsi moins surpris.

Pour un résultat optimal, il faudra que la paille de fer ne soit pas trop tassée dans la cage. Plus la paille de fer est aérée, plus la combustion sera rapide et importante, donc à vous de doser lors de plusieurs tests pour voir l’effet que vous désirez. Vous pouvez même faire dépasser des bouts de paille de fer de la cage pour améliorer sa combustion.

Une recharge de paille de fer met environ 30 secondes à se consommer totalement, avec 20 secondes « utiles » où les étincelles sont importantes. Si votre cage est plus grosse, vous pourrez peut-être prolonger la durée.

Pour un résultat optimal, votre assistant devra faire tourner très rapidement la cage, envoyant les étincelles le plus loin possible.

Les réglages de l’appareil

L’appareil photo — sur trépied et équipé d’une télécommande — devra être en mode manuel avec une vitesse d’obturation d’au moins 10 secondes. Le format RAW est recommandé pour corriger les éventuelles sur/sous-expositions.

Pour faire la mise au point dans l’obscurité, vous pouvez vous aider d’une lampe torche que vous pointerez sur votre sujet afin d’aider votre appareil à faire la mise au point. C’est bien plus puissant que la lampe d’assistance AF. Un petit contrôle via une photo test ou le mode Liveview de l’appareil et vous pouvez passer l’appareil en mise au point manuelle. Une ouverture suffisamment petite (au moins f/16) permettra d’augmenter la profondeur de champ et de réduire la vitesse d’obturation.

En utilisant un objectif grand angle, vous pourrez vous rapprocher de l’action (mais pas trop) et surtout photographier les projections d’étincelles dans leur ensemble.

Afin de contrôler finement la vitesse d’obturation, vous pouvez utiliser le mode Bulb de votre appareil. Il s’agit de la pose B qui apparaît lorsque vous essayez de régler la vitesse maximale sur le boîtier. L’obturateur sera ainsi ouvert tant que vous aurez le doigt sur le déclencheur (ou la télécommande).

Si vous ne disposez pas d’un mode Bulb sur votre appareil, munissez-vous d’une télécommande intervallomètre dotée de la pose T : vous appuyez une première fois pour ouvrir l’obturateur et une seconde fois pour le fermer.

Soyez créatif

Maintenant que vous connaissez la technique, il est temps d’être créatif. Deux caractéristiques rentrent ici en jeu : le lieu de prise de vue et les mouvements de votre sujet.

Une photo utilisant la technique des sparks peut être très banale si vous ne lui trouvez pas un lieu qui lui va bien. Certains photographient les sparks dans des tunnels, d’anciennes carrières ou même des catacombes, ce qui permet de faire rebondir les étincelles sur les murs et de créer des effets saisissants comme sur cette photo. Il y a d’ailleurs beaucoup de photographes d’urbex qui en profitent pour faire un petit sparks lors de leurs explorations (attention aux règles de sécurité expliquées plus haut).

Vous pouvez aussi jouer avec les reflets dans des flaques ou étendues d’eau comme sur cette photo afin de donner une autre dimension à votre photo.

L’assistant qui tient la cage devra également être créatif pour réaliser des formes intéressantes. Il peut choisir d’être immobile ou bien de se déplacer afin de réaliser des dessins.

Il est également possible de faire intervenir d’autres personnes dans le cadrage, comme sur cette photo où un homme se protège de la pluie d’étincelles sous un parapluie (à usage unique).

Enfin, vous pouvez aussi varier le type de photo en n’incluant pas la personne qui fait tourner la cage à sparks dans votre cadre. Sur cette photo par exemple, l’assistant est dans une autre pièce mais les étincelles générées jaillissent à travers l’encadrement d’une porte.

Après la séance photo

Après quelques tournoiements dans les airs, vous avez votre photo et vous décidez de remballer votre matériel. A ce moment là, la cage contenant la paille de fer est encore très chaude, alors faites attention de ne pas vous brûler lors des manipulations et ne la posez pas n’importe où. Idéalement, prévoyez une boite métallique où vous pourrez la laisser refroidir.

Maintenant que vous savez tout, n’hésitez pas à partager avec nous vos prochaines photos avec la technique des sparks en lightpainting, mais attention, toujours en respectant les règles de sécurité données plus haut.

Bon lightpainting !

PS : l’équipe de Lovinpix a récemment réalisé une vidéo avec des conseils sur les sparks prodigués par Christophe Naslain et Manu Pallman, à voir d’urgence :

Crédit photo de couverture : darkday