Le rêve de nombreux photographes : être invisible pour pouvoir prendre à volonté tous ces portraits et ces situations exceptionnelles que l’on croise. Pouvoir ainsi s’approcher aussi près que l’on souhaite de son sujet sans jamais rien changer à son attitude ou à son action. En effet, combien de fois pendant nos voyages avons nous hésité à prendre les gens en photo de peur de les déranger ou car la situation était délicate ?

Voici quelques techniques, rarement écrites, pour prendre les gens en photo sans les déranger.

Demander l’autorisation

C’est la plus simple est la plus élégante des solutions. On oublie souvent de le faire et pourtant rares sont les fois où l’on vous dira « non ». Pour maximiser vos chances, vous pouvez engager la conversation par un « bonjour » dans la langue du pays, avec un sourire, suivi de deux ou trois phrases pour faire connaissance. Ensuite, demandez si vous pouvez prendre une photo en mimant le geste, puis sortez votre appareil. Une fois terminé, montrez le résultat à la personne et proposez d’envoyer la photo par email si la personne à une adresse. La carte de visite est alors bien pratique.

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Attention, assurez vous de faire vos réglages avant de rencontrer la personne, car vous n’aurez pas son attention indéfiniment.

Accepter de payer de temps en temps

Il est courant que les personnes vous proposent de l’argent contre des photos et dans le fond c’est de bonne guerre (même si cela alimente des débats pour des peuples qui s’habituent à vivre de ce tourisme de l’image). De même si la personne que vous souhaitez prendre en photo tient un petit commerce, avant de lui demander, montrez lui que vous allez acheter un petit quelque chose dans sa boutique. Ce n’est bien sûr pas indispensable, mais c’est toujours plus convenable.

La felicidad va por barrios

Si la personne refuse ?

Quand la demande est faite avec le sourire, il est rare que les gens refusent. Cependant, si le cas se produit, gardez votre bonne humeur et respectez son choix, d’autres occasions se présenteront et il faudra vous y faire, vous ne pouvez pas prendre tout ce que vous voulez.

Il existe des situations où il est délicat de demander la permission. De même, si vous ne voulez pas interrompre une action comme un travail manuel, une scène entre des habitants, demander la permission casserait la situation que vous souhaitez capturer. Les techniques suivantes permettent de prendre les gens en photo sans rentrer en contact avec eux.

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Technique du faux sujet

Ce que j’appelle le faux sujet est le fait d’inclure une personne dans le cadrage sans qu’elle s’en rende compte, pensant que vous photographiez autre chose. Pour que cette technique fonctionne, il faut d’une part faire semblant de fixer votre faux sujet, qui se trouve à proximité de la personne que vous souhaitez photographier : une rue, un ciel, etc. D’autre part, il vous faut un objectif plutôt grand angle : 28mm, 35mm ou 50mm maximum.

Une fois votre faux sujet en visé, la personne pensera quelle n’est pas sur la photo, or votre recul et le grand angle fait qu’elle est dans le cadrage. Elle adoptera alors une attitude plus naturelle. Si votre sujet n’est pas assez centré, vous pouvez pivoter rapidement l’objectif pour prendre la photo quand le sujet ne vous regarde pas. Il est important de ne jamais regarder son vrai sujet, restez concentré sur votre faux sujet.

Wisdom

Technique du faux sujet avec complice

En faisant croire que vous souhaitez prendre en photo votre ami, c’est en fait ce qui se passe derrière, ou juste à coté, qui vous intéresse. Il s’agit de la même technique que précédemment mais cette fois, le faux sujet c’est votre complice.

Pour ce faire, il faut d’abord placer votre complice de façon à ce que sa tête soit à la même hauteur de votre vrai sujet, car par exemple si votre ami se tient debout et que votre sujet est près de ses pieds, les gens verront bien que vous ne cherchez pas à prendre votre ami en photo. À la différence de la technique du faux sujet, il est préférable d’avoir un zoom pour ne pas inclure la tête de votre ami dans le cadrage.

Utiliser un télé-objectif

Cela dépendra évidemment du matériel que vous avez, et naturellement la taille d’un zoom ne passe pas toujours inaperçue, mais c’est une bonne façon de vous éloigner de votre sujet et ainsi de ne pas montrer que vous le prenez en photo.

Venice beach

Si vous prenez un portrait, les zoom haut de gamme f/2,8 auront l’avantage d’une grande ouverture, vous permettant de détacher fortement le fond du sujet ou de prendre dans des conditions de lumière difficiles. Mais cela se fera au prix d’un objectif encombrant, lourd et coûteux.

Techniques avec un smartphone

Avec un smartphone, c’est presque trop facile, surtout s’il y a une caméra avant et arrière. Vous pouvez faire semblant de vous prendre en photo ou avec votre ami, en tenant l’appareil à bout de bras. Faites un grand sourire et c’est en réalité ce qui se passe devant vous que vous prenez en utilisant la deuxième caméra. Attention bien sûr à ne pas déclencher le flash !

Vous pouvez également prendre des photos tout en prétextant écrire un message, écouter de la musique (ne pas oublier de mettre les écouteurs) mais dans tous les cas, pour que ça soit crédible, il ne faut jamais regarder votre sujet dans les yeux.

La photographie à la ceinture

Souvent considérée comme la meilleure façon de prendre sans être remarquée, certains photographes en ont fait leur spécialité. C’est aussi celle qui requiert le plus de maîtrise. Cette technique consiste à laisser son appareil autour du coup, en bandoulière, près de la ceinture. Le bras peut éventuellement reposer sur l’appareil, tout semble normal. En réalité, votre autre main est sur le déclencheur et prend des photos.

Il est clair qu’il vous faudra apprendre à viser sans viser. Faites des essais avant, prenez conscience de votre hauteur, de l’angle de votre objectif et de votre proximité avec ce que vous désirez photographier. Il est important de ne pas regarder votre sujet au moment où vous prenez la photo.

Photo-Ceinture

Attention de bien régler au préalable votre appareil. Il est conseillé de se mettre en hyperfocale ou au moins avec une vitesse élevée et un diaphragme assez fermé de façon à éviter tout flou lié à vos mouvements et conserver une profondeur de champ suffisamment grande. Enfin, ne regardez pas vos photos sur le moment, de toute façon ça ne changera rien, vous pourrez les regarder plus tard. Dites vous bien que seulement une ou deux photos seront bonnes dans toute votre série.

Comment camoufler le son du déclencheur ?

À moins de mettre un gros pull dessus vous ne pouvez pas. Certains appareils ont une option pour réduire le son mécanique, mais personnellement je n’entends pas la différence, c’est tout aussi bruyant. Dans ce contexte les reflex Canon par exemple ont une certaine avance sur Nikon, avec un mode silencieux bien plus efficace. Sans parler des hybrides dont l’absence de miroir permet un vrai silence de prise (comme les compacts).

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Dans tous les cas ce bruit ne posera de problème que si vous êtes dans un lieu très calme, vous devrez alors prendre moins de photos et si vous sentez que ça a gêné, vous pouvez toujours prétexter d’avoir appuyé malencontreusement sur le déclencheur : votre bras s’appuyant sur l’appareil, c’est tout à fait plausible 🙂

Conclusion : et l’éthique dans tout ça ?

Nous laissons à chacun le soin d’apprécier le caractère éthique de ces pratiques. Elles existent, et le caractère éthique n’est qu’à l’image de ce que vous en ferez : il est tout à fait possible de photographier une personne à la ceinture et de lui demander après coup si vous pouvez garder la photo. D’un point de vue photographique, il est souvent difficile de savoir comment une image a été prise et souvent seul le résultat compte. Nous sommes déçus de penser que le baiser de Doisneau ait pu être préparé tout comme nous sommes heureux, en voyant cette photo, d’imaginer autant de beaux moments que Doisneau a su capturer.

  • Pingback: Actualité photographique du 26 janvier » Le Bloc Note()

  • Chouette article, perso j’ai vraiment du mal à gérer la technique de la ceinture qui est encore pire en cas de flagrant délit! Sinon aussi, la couleur des vêtements aurait un impacte selon Cartier Bresson qui s’habillait tout le temps en vert car « les gens ont plus vite tendance à t’oublier ».

  • Pas mal l’idée du complice. Autre méthode que j’utilise : viser un sujet à côté de celui que l’on veut prendre puis cadrer sur notre « proie » et déclencher avant de décadrer, toujours l’oeil dans le viseur puis attendre avant de regarder le résultat sur l’écran. Cela donnera l’impression de faire des tests de cadrage sans avoir pris la photo. Comme ça, au risque de se faire repérer, notre sujet peut croire que l’on n’a jamais déclenché.

  • Thierry

    Une autre technique, un peu plus gourmande en temps mais très efficace surtout pour les situations où les gens que vous voulez photographier restent relativement sur place de manière plus ou moins intimiste (commerçants, manifestations, clubs,…): se faire oublier. Et pour çà il y a deux moyens: Soit rester sur place un certain moment et discrètement et vous ferez partie des murs; soit, à l’opposé de la première solution (et c’est la plus intéressante), ne pas passer inaperçu en vous renseignant, en bavardant, en prenant des photos anodines,…quitte à revenir quelques fois et dans ce cas là non seulement vous ferez partie des murs mais aussi de l’activité environnante. Les gens ne vous remarquerons plus et si c’est le cas, ne s’offusqueront pas ou plus puisque vous ferez un peu partie de leur environnement. J’ai pensé à cette méthode ( que j’ai un peu adaptée ) suite à la rencontre de deux allemands qui s’étaient installé à côté de moi il y a 30 ans dans une ruelle d’Istanbul. Ils ont commencé à photographier n’importe quoi (et je dis bien « quoi »). Du vélo, à la chaise en passant par le ciel en se faisant remarquer. Après quelques minutes, tout le monde les avait vus et leur posaient même des questions sur leur comportement. Ensuite, ils ont pu prendre, à leur guise, des photos de rue, des commerçants,.. et certains posaient même pour eux (je ne crois pas que c’est ce qu’ils recherchaient). Ils faisaient partie de l’animation de la rue. Et moi, je n’ai pas fait un cliché. Pour ma part, en rue, je prends mon temps, je bois un verre, je pose des questions, je vais acheter des bricoles sans prendre des photos. Et puis, je visionne quelques photos, toujours sans en prendre de photos. Un peu plus tard, je prends des photos anodines,…
    Pour les photos dans les milieux plus fermés ou « moins publics » tels que les clubs, je me renseigne, je discute,… il y a toujours l’une ou l’autre personne qui voudra vous en expliquer un peu plus et elle vous fera rentrer dans la place,même avec un appareil à l’épaule. Ainsi tout le monde aura vu que vous êtes susceptibles de faire des photos. Ne les faites pas tout de suite ou alors de manière anodine. Retournez y assez vite, vous finirez par prendre toutes les photos que vous désirez sans qu’on vous remarque et sans offusquer.
    Autre conseil qui peut être aussi utile et qui est un peu mon leitmotiv: si vous voulez photographier un marchand de tapis, commencez par photographier ses tapis (c’est encore mieux si vous discutez). Les gens aiment qu’on s’intéresse à ce qu’ils font.

  • Perso j’utilise la méthode du faux sujet, je suis trop timide pour demander l’autorisation et quand on compose sa photo le boitier n’est pas toujours en face des gens, ce qui permet de leur faire un peu croire que c’est à côté que l’on vise. Mais en général quand je fais ce genre de photo j’utilise mon téléobjectif, pour être le plus discrète possible .

  • alexis

    et pourquoi se contenter des réflex dans un article de la sorte ? on peut penser ce qu’on veut du mythe leica, mais ses atouts sont assez indéniables pour les photos sur le vif dans la rue : on voit hors cadre, donc on peut prévoir bien plus rapidement la situation qui va arriver et ne pas fixer une personne avant la prise de vue. le son d’un leica (et en moindre mesure de l’ensemble des télémétriques, hors MF) est quasi nul et sa taille en fait un objet beaucoup moins agressifs… ceci s’applique à tout type de boîtier, et pour ceux qui acceptent de retournent dans l’ancien temps argentique, des petits boîtiers minuscules à focale fixe font merveilles pour des sommes bien inférieures à 100€…

    On pourrait lister également milles avantages aux TLR (rolleiflex et copie), qui même s’ils ne sont pas discrets, permettent une visée bien plus humble (le regard n’est jamais braqué sur la personne qu’on vise) et le côté très ancien offrent de nombreux regards furtifs vers l’appareil pouvant amener à d’excellentes photos !

    Enfin, pour aller à contre courant de l’article et quelque soit son matos, on peut aussi envisager de photographier en étant le plus vu possible, ce qui peut très bien fonctionner. J’ai pris l’habitude de partir avec un pola et 2 ou 3 recharges en plus dans mon sac dans mes escapades étrangères… quand on arrive dans certains lieux (tout particulièrement les lieux un peu reculés), après quelques discussions et la démonstration du pola, on peut très bien offrir ces polas aux personnes rencontrées. après ce petit présent, libre à chacun de sortir l’artillerie lourde et de prendre ce que l’on veut… il ne s’agit à ce moment plus d’un vol pour les gens photographiés mais d’un échange, ce qui simplifie grandement la réaction des gens ! j’ai fait la « maternité » complète d’un village d’afrique de l’ouest comme ça, après ça, j’étais « connu » et j’ai pu prendre avec mon télémétrique tout que je souhaitais 😉

    • Intéressante l’astuce du pola ! Merci alexis 🙂

  • Bertrand

    J’ai depuis longtemps résolu le problème avec mon panasonic Lumix GX7 : visée depuis le dessus (écran pivotant), déclencheur totalement silencieux, et look rétro du vieil appareil. Bref, le must pour la photo de rue !