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La belle saison arrive, et avec elle son lot de concerts et de festivals. Pour vous aider à capturer de bons moments lors de ces concerts, nous avons voulu vous donner quelques astuces. Et parce que pour en parler rien ne vaut un professionnel, aujourd’hui c’est Alain Grodard (site), un photographe passionné de concert, qui vous en parle.

Phototrend lui laisse la parole :

« La photo de concert est un domaine magique de la photo grâce aux artistes et aux ingés lumière qui créent des scènes et des conditions qu’il serait impossible de recréer soi-même. Restituer l’ambiance d’un concert en quelques photos n’est pourtant pas simple car les conditions techniques sont souvent difficiles :

  • pour la lumière : souvent faible, changeante, à contre-jour…
  • pour le sujet : en mouvement, entouré de choses inesthétiques comme les micros, souvent mal placés pour nous photographes
  • pour l’environnement du photographe : il faut se mêler au public et se faire une place sans gêner ni les spectateurs ni les artistes.

Avertissement

Defense de

Dans la plupart des salles de concert, en tout cas toutes les « grosses » salles, il est interdit de prendre des photos. Cette interdiction a deux raisons : le droit à l’image des artistes et, surtout, ne pas gêner le public et les artistes. Pour cette même raison, les photographes accrédités n’ont pas le droit d’utiliser de flash. Si vous souhaitez faire des photos en concert, demandez une autorisation, cela ne coute rien et est une question de respect du public, de l’organisation et des artistes. En générale, les autorisations doivent être demandées aux labels. Il est possible de demander également aux salles pour les petites salles ou directement aux artistes.

Les clés de la réussite

Rappelons pour commencer qu’une photo de concert est une photo comme une autre : la composition et la lumière restent bien entendu les premières clés de sa réussite. L’expérience est, dans ce domaine comme dans les autres, irremplaçable. Bien connaitre son matériel et savoir comment il réagit aux conditions de prise de vue face aux choix techniques et également important. La réussite tient aussi à la ténacité du photographe : sur un concert entier, les moments les plus propices sont souvent rares, il faut être à l’affut et concentré jusqu’à la dernière minute !

Tagada Jones @ Elysée Montmartre, Paris | 09.04.2009 par Alain G. (c) | www.rock-me-up.fr

Photo : Alain G. (Tagada Jones – Elysée Montmartre, Paris)

Les choix techniques

La difficulté principale des photos de concert et le manque de lumière, en particulier dans les petites salles, moins éclairées que les grandes.

Balance des blancs

Les lumières de concert étant multicolores, les couleurs sur les photos sont souvent pleines de surprises. En numérique le problème est, en particulier, le rouge qui passe très mal. Sur un boîtier haut de gamme ayant une bonne balance des blancs automatique, comme sur un Canon 5D, autant rester au automatique, le résultat sera le plus près de la vérité, rarement exact, mais qu’importe. Il est possible de prendre les photos en RAW et de corriger manuellement la balance des blancs au post-traitement mais ce n’est pas une obligation, souvent le JPEG est suffisant.

Sensibilité

Le choix le plus facile à faire. Je procède de la façon suivante : je fais un test en choisissant 800 ou 1600 iso, si la vitesse obtenue est trop faible (inférieur à 1/60 s) je monte en sensibilité, souvent jusqu’à 1600 iso.

Dans le cas de salles avec beaucoup de lumière, ou en extérieur de jour, rien n’empêche de commencer à une sensibilité plus basse (200, 400 iso…)

Mesure de la lumière

Chacun a sa méthode mais si votre boîtier le permet je vous conseille la mesure spot (mesure à 3% au centre de l’image) car les écarts de lumière sont souvent très importants sur un même sujet à cause des lumières très directives. Le plus souvent il y a un écart de plusieurs diaphs sur une toute petite surface comme un visage mais c’est à vous de choisir ce que vous voulez exposer correctement. Si la lumière ne change pas trop, vous pouvez passer en manuel en reportant les paramètres définis précédemment, vous gagnerez ainsi en rapidité pour saisir les moments fugitifs qui vont faire la différence entre une bonne photo et une photo ratée.

Par exemple, la photo suivante a été faite en faisant une mesure spot sur le visage du batteur.

Destruction Incorporated - Elysée Montmartre par Alain G. | www.rock-me-up.fr

Photo : Alain G. (Destruction Incorporated – Elysée Montmartre, Paris),
f/4.5, 1/320s, 200mm, 1600 iso

Priorité ouverture ou vitesse

On ne peut dissocier les choix de vitesse et d’ouverture. Il y a trois écoles :

  • choisir le mode « priorité ouverture » (« Av » sur les boitiers Canon, « A » sur les Nikon) : c’est le choix que je fais en choisissant l’ouverture la plus grande de mon objectif (souvent f2.8) car le manque de lumière reste une constante. De plus, une grande ouverture permet de détacher le sujet du fond par le flou créé.
  • choisir le mode « priorité vitesse » (« Tv » sur les boitiers Canon, « S » sur les Nikon) : dans le cas où le sujet est en mouvement, on sait à l’avance qu’un temps de pose trop long créera un flou à coup sur en dessous d’une certaine vitesse (1/60s, 1/100s…). Dans ce cas, on peut faire le choix de fixer sa vitesse et laisser au boîtier le choix de l’ouverture. Il est aussi possible de choisir volontairement une vitesse basse pour obtenir un flou permettant de rendre le mouvement du sujet. La difficulté réside justement dans le choix de la bonne vitesse, seul l’expérimentation et les conditions du moment vous permettront d’arriver à un résultat satisfaisant.
  • choisir le mode manuel (« M » sur les boitiers Canon et Nikon) : avec de l’expérience il est possible de choisir le mode manuel si les conditions de lumière ne sont pas trop changeantes. L’avantage de ce choix est de gagner du temps au moment du déclenchement car il n’y a pas de mesure de lumière à faire. J’utilise ce mode très rarement par exemple dans le cas où la lumière est trop faible et que je veux saisir malgré tout l’instant, en sous-exposant volontairement.

Certains boîtiers permettent une « priorité sensibilité » qui me semble très intéressante car elle permet de rester dans la sensibilité la plus basse réduisant le bruit numérique.

Utilisation du flash

Je n’utilise personnellement jamais le flash : il est d’ailleurs interdit de l’utiliser dans les salles de concert même si certains photographes, amateurs ou professionnels, prennent la liberté de transgresser cette règle. Il est possible d’obtenir de bons résultats lorsque l’ambiance lumineuse est respectée, ceci implique de diminuer la puissance du flash et de ne pas rester en automatique. Le choix du flash est à mon avis à réserver à des cas très précis, par exemple pour figer un mouvement tout en rendant l’impression de vitesse et surtout en ayant une bonne maitrise de cette technique sinon le résultat sera moins bon que sans flash !

Dio (Distraught Overlord) - Trabendo par Benjamin Lemaire | www.rock-me-up.fr

Photo : Benjamin Lemaire (Dio (Distraught Overlord) – Trabendo, Paris),
f/4.0, 1/40s, 17mm, 1000 iso, correction d’expo pour le flash -2 diaph

Les choix artistiques

« L’instant décisif »

La maîtrise des paramètres techniques est primordiale pour réussir ses photos mais n’est qu’un moyen d’y arriver et le plus difficile reste à faire : faire une photo bonne techniquement ne fait pas une bonne photo. Il est courant d’avoir, dans les trois morceaux impartis au photographe, seulement quelques secondes où les conditions de lumière et de position des artistes permettent de faire de belles photos, encore faut-il choisir son moment pour déclencher, choisir la bonne expression du chanteur, la position du corps d’un musicien… La solution : de la patience et de l’entrainement pour choisir le bon moment, rien ne sert de mitrailler, c’est le meilleur moyen de passer à côté de l’instant qui ne dure qu’un 1/1000 de seconde.

Ultra Vomit @ Elysée Montmartre,par Alain G. | www.rock-me-up.fr

Photo : Alain G. (Ultra Vomit @ Elysée Montmartre, Paris),
f/4.5, 1/200s, 38mm, 1600 iso

La composition

Les règles de composition « classiques » restent bien entendu valables pour la photo de concert. Par exemple, il faut veiller à ne pas couper un morceau d’instrument lorsque ce dernier fait partie de l’intérêt du sujet (une guitare par exemple) sauf si un cadre plus serré se justifie.

Dan Black @ Bataclan, Paris | 16.04.2009 par Alain G. (c) www.rock-me-up.fr

Photo : Alain G. (Dan Black – Bataclan, Paris | 16.04.2009),
f/2.8, 1/250s, 100mm, 1600 iso

Evitez autant que possible les éléments perturbateurs et inesthétiques que sont les dispositifs divers d’une salle de concert : pied de micro, retours scène… Leur placement n’est pas pensé pour les photographes et ils sont souvent un obstacle aux photos « épurées » .

Cette photo, par exemple, aurait été nettement mieux sans ces satanés micros qui dans ce cas ne sont pas utiles à la composition 🙂

Sling 69 - La Maroquinerie par Alain G. (c) www.rock-me-up.fr

Photo : Alain G. (Sling 69 – La Maroquinerie, Paris)

La lumière

Parfois difficile à capturer lorsqu’elle est changeante ou lorsque le sujet est à contre-jour, elle reste un atout pour faire une photo intéressante. En un mot, intégrez les lumières dans vos compositions !

Cult Of Luna - Elysée Montmartre par Alain G. | www.rock-me-up.fr

Photo : Alain G. (Cult Of Luna – Elysée Montmartre, Paris),
f/4.0, 1/125s, 28mm, 1600 iso

Autre exemple plus créatif, pourquoi faire des photos nettes quand on peut jouer avec les lumières en bougeant le boitier et faire de jolis filés ?

Anaïs Kael - La Boule Noire, Paris par Benjamin Lemaire | www.rock-me-up.fr

Photo : Benjamin Lemaire (Anaïs Kael – La Boule Noire, Paris)

Les plans d’ensemble, souvent négligés par les photographes, fonctionnent pourtant très bien.

Cult Of Luna - Elysée Montmartre par Alain G.  (c) | www.rock-me-up.fr

Photo : Alain G. (Cult Of Luna – Elysée Montmartre, Paris),
f/2.8, 1/50s, 78mm, 1600 iso, compensation d’expo +1/3 de diaph

Le post-traitement

Plus que dans tous les autres types de photo, les photos de concert ont besoin d’un post-traitement car les faibles luminosités impliquent une sous-exposition presque constante et les lumières, parfois monochromes, sont difficiles à restituer en photo. Dans le cas où les couleurs ne sont pas esthétiques, un passage en noir et blanc est la solution de facilité mais cela fonctionne très bien. Dans les autres cas je vous renvoie à la multitude de tutoriaux que vous pouvez trouver sur phototrend.fr ou sur le web. Enfin, les choix de post-traitement, comme pour la prise de vue, dépendent de vos goûts et il n’y a pas de recette toute faite, soyez créatifs et originaux, une photo n’est pas la réalité mais votre vision !« 

Merci Alain pour ces explications très claires. A bientôt sur Phototrend.