2025 a été une année charnière pour OM System, avec deux boîtiers et quatre objectifs lancés en l’espace d’une seule année. Au CP+ 2026, nous avons rencontré Kazuhiro Togashi, vice-président senior en charge de la planification produit et de la stratégie de marque, et Nobuaki Tanaka, directeur de la communication produit et de la stratégie de marque mondiale chez OM Digital Solutions (OMDS).
Au programme : l’engagement d’OM System en faveur d’un équipement compact et haute performance, mis en lumière par le lancement de l’OM-3 et sa déclinaison Astro. Nous avons également exploré l’équilibre entre l’intégration de l’IA et la préservation de l’intégrité de la photographie. Place à l’interview.

Depuis qu’OM Digital Solutions est devenue indépendante à la suite du transfert de l’activité imaging d’Olympus, comment évaluez-vous ses performances financières ? Quelle part de marché détenez-vous au Japon ? Et dans le reste du monde ?
Kazuhiro Togashi : Depuis la création d’OM Digital Solutions, nous avons atteint nos objectifs commerciaux chaque année et continuons de dégager un bénéfice opérationnel. N’étant pas cotés en bourse, nous ne communiquons pas publiquement nos chiffres. En concentrant nos ressources et en rationalisant nos opérations, nous avons bâti un modèle économique viable, ce qui nous permet de financer le développement de nouveaux produits de manière autonome.
Concernant notre part de marché, sans pouvoir divulguer de chiffres précis, nous approchons les 10 % au Japon. À l’échelle mondiale, le potentiel est significatif, mais nous n’avons pas encore atteint le même niveau.
La concurrence en Micro 4/3 se réduit (Panasonic semble se concentrer sur le plein format). Comment percevez-vous cette situation : comme une menace ou une opportunité ?
Kazuhiro Togashi : Comme vous pouvez l’imaginer, il y a à la fois des défis et des opportunités.
Dans ce contexte, il nous semble essentiel de continuer à communiquer clairement sur la valeur du système Micro 4/3, tout en poursuivant son développement. Pour qu’un système soit apprécié sur le long terme, la continuité est primordiale. C’est pourquoi OM System reste pleinement engagé dans le développement de produits centrés sur le Micro 4/3.

Précisément parce que l’environnement concurrentiel évolue, nous y voyons une occasion de mieux mettre en lumière la valeur unique que seul le Micro 4/3 peut offrir.
Nous savons que certains produits n’ont pas le même attrait selon les continents. Comment équilibrez-vous les exigences des différents marchés lors du développement d’un nouveau produit ?
Kazuhiro Togashi : Bonne question. Dans notre processus de développement produit, nous intégrons des études de marché quantitatives ainsi que des retours d’utilisateurs issus de différentes régions.
Il est vrai que les préférences en matière de spécifications peuvent varier considérablement d’une région à l’autre, parfois même dans des directions diamétralement opposées. Mais en réalité, ce sont les différences de sujets et d’usages, c’est-à-dire ce que les photographes souhaitent capturer, qui influencent bien davantage nos choix de spécifications que les écarts régionaux.

Nous commençons donc par réfléchir soigneusement au type de sujets que l’appareil est destiné à capturer, puis nous développons le produit en conséquence. Et d’après nos études internes, les niveaux de satisfaction client varient très peu d’un pays à l’autre. Nous nous concentrons avant tout sur les besoins des photographes.
2025 a été une année intéressante pour OM System, avec 2 boîtiers et 4 objectifs (OM-3, OM-5 Mark II, M.Zuiko 17mm et 25mm f/1,8 II, 100-400mm II, et surtout le M.Zuiko ED 50-200 mm f/2,8 IS PRO). Comment l’expliquez-vous ?
Kazuhiro Togashi : Comme nous l’avons mentionné lors de la présentation de l’OM-3, 2025 a marqué une étape importante pour OM System. C’était la première année au cours de laquelle nous avons lancé des produits entièrement développés au sein de la nouvelle structure de l’entreprise.
En particulier, le lancement d’objectifs à focale fixe tropicalisés nous a permis de communiquer clairement la direction et l’identité de notre marque.

Dans ce contexte, le M.Zuiko ED 50-200 mm f/2,8 IS PRO incarne ce que nous considérons comme l’expérience complète de la photographie outdoor en un seul objectif. Il est pensé comme un objectif professionnel capable de couvrir un large éventail de sujets : photographie ornithologique et animalière, macro, paysages, et même sports d’hiver en extérieur.
Nous sommes ravis qu’il ait été si bien accueilli. Sur certains marchés, la forte demande a entraîné des délais de livraison allongés, mais nous espérons que toujours plus d’utilisateurs pourront découvrir les qualités de ce produit. Le marché français affiche lui aussi une forte demande pour ce type d’objectifs.
L’an dernier au CP+, vous avez dévoilé une roadmap optique. Peu de fabricants le font encore, les gammes d’objectifs étant désormais bien établies. Quelles sont les demandes de développement d’objectifs que vous recevez ?
Kazuhiro Togashi : Nous recevons des demandes pour des téléobjectifs à focales plus longues, mais aussi pour davantage de focales fixes et d’objectifs grand-angle. Depuis le lancement de l’OM-3 en particulier, nous avons constaté un nombre significatif d’utilisateurs souhaitant disposer d’objectifs grand-angle et de focales fixes plus compacts.

Sans pouvoir détailler notre feuille de route, nous ne nous concentrons pas uniquement sur les téléobjectifs : nous explorons également des objectifs mieux adaptés à la photographie du quotidien.
Lors de notre test du M.Zuiko ED 50-200 mm f/2,8 IS PRO, nous avons noté que les téléconvertisseurs dégradaient significativement la qualité d’image. N’est-il pas temps de mettre à jour leur conception optique ?
Nobuaki Tanaka : Les téléconvertisseurs 1,4x et 2x actuels ont été conçus à un niveau optique si élevé qu’il reste très peu de marge pour une amélioration significative. La qualité d’image étant liée à la combinaison du téléconvertisseur et de l’objectif, nous avons accordé une attention particulière à la conception optique du 50-200 mm afin de minimiser la dégradation lorsqu’un téléconvertisseur est monté.
Avec la technologie actuelle, un certain impact sur la qualité d’image reste inévitable lors de l’ajout d’un téléconvertisseur. Nous prenons ces retours au sérieux et les considérons comme des données précieuses pour nos futures réflexions en matière de conception optique.
Mais puisque l’appareil peut détecter la présence d’un téléconvertisseur, serait-il possible de compenser par logiciel la dégradation de qualité d’image qui en résulte ?
Kazuhiro Togashi : C’est un excellent point. Nous envisageons effectivement des approches similaires utilisant l’IA ou des traitements logiciels internes. Cela reste néanmoins un défi technique de taille, qui ne se résoudra pas facilement. C’est une piste que nous explorons activement.

Plusieurs fabricants indiquent qu’il existe une forte demande pour les appareils au look vintage. L’OM-3 répond-il à cette attente ?
Nobuaki Tanaka : Nous pensons que ce boîtier répond à ces attentes. Mais l’OM-3 ne se limite pas à un design nostalgique. Sous le concept « Heritage x Innovation », nous avons puisé dans le langage de design de la série OM classique tout en intégrant des capacités de prise de vue modernes, une ergonomie repensée et des performances actuelles.
Notre objectif était de créer un appareil qui satisfait non seulement par son esthétique, mais aussi au quotidien, à l’usage.
Avez-vous reçu des retours suggérant que les spécifications de l’OM-3 sont trop similaires à celles de l’OM-1 Mark II ? Certains pourraient estimer que ce modèle offre plus que nécessaire, ce qui se traduit par un positionnement tarifaire un peu élevé.
Nobuaki Tanaka : Notre intention est de donner à chaque appareil son propre caractère. La série OM-1 s’adresse aux photographes qui s’aventurent au cœur de la nature pour capturer des moments décisifs et créer des images jamais réalisées auparavant.

L’OM-3, en revanche, est conçu pour un usage outdoor au quotidien. Il s’intègre naturellement dans la vie du photographe pour lui permettre d’explorer sa propre vision créative. Notre objectif était d’offrir des performances au niveau de l’OM-1 Mark II, mais dans une catégorie bien distincte.
Ma question serait peut-être : y aura-t-il un OM-30, un appareil d’entrée de gamme avec le même design que l’OM-3 ?
Nobuaki Tanaka : C’est une bonne idée, et nous y réfléchissons. Mais il faudrait alors clairement le différencier de l’OM-5 Mark II, déjà positionné comme un modèle compact et polyvalent couvrant un large éventail d’utilisations. Nous explorons toutes les possibilités pour l’avenir.
Le PEN-F est l’appareil photo Olympus le plus recherché et se vend d’occasion au prix du neuf. Pensez-vous pouvoir répondre à cette demande du marché ?
Kazuhiro Togashi : Nous recevons fréquemment des demandes pour un successeur du PEN-F. Nous considérons la série PEN comme une gamme importante, et nous envisageons bien sûr de nouveaux produits au sein de cette série.
Sans pouvoir dévoiler les contours du prochain modèle PEN pour l’instant, nous sommes déterminés à lancer un appareil dont nous pourrons être fiers et qui satisfera pleinement nos clients.
Au CP+, vous présentez l’OM-3 ASTRO, qui reprend la base de l’OM-3 avec un filtre infrarouge modifié. Pourquoi ce produit ? Pourquoi ne pas proposer cette modification sur l’OM-1 Mark II, votre flagship ?
Nobuaki Tanaka : Il y a plusieurs raisons. D’abord, l’OM-3 dispose d’une fonction Color Profile Control, qui permet d’élargir la gamme des tons et du rendu global de l’image en astrophotographie. En général, les astrophotographes souhaitent créer leurs propres rendus de couleurs, renforcer le rouge ou le bleu par exemple, ce qui est facile à réaliser sur cet appareil.

Ensuite, l’OM-3 est bien plus compact et léger que l’OM-1 Mark II. Il facilite le transport et réduit la charge sur un trépied ou une monture équatoriale.

Les deux appareils partagent le même capteur et le même processeur. C’est pourquoi l’OM-3 s’est imposé comme le choix naturel pour notre nouvel appareil astro. Pour mémoire, le modèle précédent était basé sur l’E-M1 Mark III, qui utilisait le capteur et le moteur de la génération précédente.

Kazuhiro Togashi : Concernant le marché : notre premier modèle astro était disponible exclusivement au Japon, mais la demande a dépassé nos attentes. Nous avons donc décidé de lancer ce nouveau modèle à l’échelle mondiale. En Europe, les précommandes ont déjà dépassé nos prévisions initiales.
Les retours aux États-Unis ont également été très positifs, d’autant qu’aucune autre marque ne propose actuellement de produit similaire. Il complète parfaitement notre gamme. Comme aiment à le dire nos ingénieurs : l’astrophotographie est la forme ultime de la photographie outdoor.
Canon propose depuis longtemps des modèles EOS Ra ou R5a avec des filtres modifiés. Selon vous, quel est l’avantage du Micro 4/3 pour l’astrophotographie par rapport au plein format ?
Nobuaki Tanaka : De nombreux utilisateurs se rendent à la campagne ou gravissent des montagnes pour capturer de meilleures images du ciel. Dans cette optique, la compacité, la légèreté et la portabilité du système Micro 4/3 représentent des avantages significatifs.
En outre, l’OM-3 ASTRO intègre une fonction High Res Shot optimisée pour l’astrophotographie, avec prise en charge de l’empilement d’images en interne. Pour ce modèle, nous avons introduit une nouvelle méthode de traitement : une dark frame capturée après l’exposition est appliquée à chaque image avant la composition, permettant une réduction efficace du bruit.
Cela réduit considérablement le bruit lié aux longues expositions en mode Handheld High Res Shot, et permet de capturer des images astronomiques de meilleure qualité.
Chez OM System, un capteur 20 Mpx est utilisé depuis plusieurs générations. Quels sont les obstacles techniques à une définition plus élevée sur le Micro 4/3 chez OM System, tout en conservant de bonnes performances à haute sensibilité ?
Nobuaki Tanaka : L’équilibre entre performance à haute sensibilité et haute définition constitue un défi majeur.
Nous évaluons également avec attention la vitesse de lecture du capteur, essentielle pour la photographie computationnelle. Pour les prises de vue haute définition, l’appareil capture 12 images lorsqu’il est utilisé sur trépied. Il doit donc lire les données très rapidement. Nous devons aussi maintenir un flux de prise de vue fluide et réactif, de la capture à l’enregistrement de l’image.

La vitesse de lecture du capteur reste une priorité. Peut-être qu’à l’avenir, nous proposerons des capteurs à plus haute définition. Mais nous estimons que la définition actuelle permet une gestion des données bien plus aisée, ce qui représente un avantage significatif pour nos clients.
Le traitement computationnel compense certaines limites du Micro 4/3. Jusqu’où pensez-vous pouvoir aller avant d’atteindre les limites physiques du capteur ?
Nobuaki Tanaka : Nous pensons que les avancées logicielles contribuent à réduire l’écart de qualité d’image traditionnellement attribué aux différences de taille de capteur.
Par ailleurs, nos technologies de photographie computationnelle ne visent pas simplement à compenser les limites physiques du capteur. Nous les considérons comme des outils pour élargir les possibilités créatives et enrichir l’expérience de prise de vue, sans recourir à des accessoires physiques tels que des filtres.

Nous sommes convaincus que le logiciel recèle encore un potentiel considérable pour enrichir l’expérience des utilisateurs. Certes, il est impossible de s’affranchir de toutes les contraintes physiques. Mais notre ambition est de repousser toujours plus loin les possibilités en matière d’expression créative et d’expérience de prise de vue.
L’IA embarquée progresse rapidement (détection de sujet, réduction du bruit). Quels développements en matière d’IA envisagez-vous pour les prochaines générations ?
Nobuaki Tanaka : Depuis l’intégration de la détection des sujets et des oiseaux par IA sur l’E-M1X, nous n’avons cessé d’explorer et d’évaluer de nouvelles fonctionnalités basées sur l’intelligence artificielle.
Nous pensons que l’IA peut à la fois améliorer les fonctions de prise de vue et faciliter les ajustements d’image en post-production. À terme, l’appareil pourrait être capable de tout traiter en interne. C’est l’un des axes majeurs de nos recherches.
Par ailleurs, concernant l’utilisation de l’IA en post-production, nous pensons que les technologies permettant de certifier qu’une image n’a pas été générée par IA prendront une importance croissante à l’avenir.
OM System envisage-t-il d’intégrer directement la technologie C2PA dans ses appareils ?
Kazuhiro Togashi : Nous explorons des moyens de distinguer les images originales des images générées par IA. Au Japon par exemple, des images générées par IA ont déjà remporté des prix lors de festivals photo, ce qui souligne l’importance de cette question.
À mon sens, nous devons donner la priorité à l’expérience de prise de vue authentique. C’est ce sentiment de satisfaction qui distingue une vraie photographie d’une image générée par IA. Si nous souhaitons exploiter les avantages de l’IA, nous devons aussi protéger l’intégrité de l’acte photographique.

Merci à Kazuhiro Togashi et Nobuaki Tanaka d’avoir répondu à nos questions. Nous remercions également les équipes d’OMDS France pour avoir rendu cet entretien possible.



