© Marc Riboud / Fonds Marc Riboud au MNAAG, Courtesy galerie Le Réverbère

Marc Riboud et Géraldine Lay : deux visions du Japon à la Galerie Le Réverbère

Jusqu’au 31 décembre 2022, la Galerie Le Réverbère de Lyon présente l’exposition « Le Japon en duo ». Le visiteur est transporté au pays du soleil levant à travers deux époques et prismes artistiques  : celui de Géraldine Lay dans son œuvre « Quatre automnes » (2016-2019) ; et de Marc Riboud dans son travail intitulé simplement « Tokyo » (1958).

Dans un café de Kyoto – © Marc Riboud / Fonds Marc Riboud au MNAAG Courtesy Galerie Le Réverbère, Lyon

En quête d’horizons asiatiques

En 1955, Marc Riboud part en quête d’horizons asiatiques. À bord de sa Land Rover, il fuit ses attaches françaises et s’embarque pour un voyage semé d’étapes plus ou moins longues, en Afghanistan, au Pakistan, au Népal, en Chine, pour finir par l’Indonésie et le Japon. Arrivé en 1958, quatre mois lui suffiront pour produire deux cent cinquante films, qui renseignent un Japon des années 60 en quête de libéralisme mais encore traversé par de fortes identités et traditions.

Un demi-siècle plus tard, en 2016, une autre photographe s’embarque dans une aventure japonaise. il s’agit de Géraldine Lay, éditrice chez Acte Sud. Alors en quête d’étrangeté et avide de cultures lointaines, elle reçoit une bourse de l’Institut français et de la ville de Lyon qui lui donne l’impulsion nécessaire pour quatre voyages-explorations dans le Japon du XXe siècle.

L’exposition nous entraîne dans ces deux univers artistiques et temporels et nous plonge dans les différentes strates de la culture nippone.

Kyoto, Japon, 2017 – © Géraldine Lay, Courtesy Galerie Le Réverbère, Lyon

L’oeil du reporter

Marc Riboud avait l’œil du reporter. Il capturait à la perfection une expression individuelle singulière au beau milieu d’un mouvement collectif. Il savait mettre en valeur autant un acte spectaculaire qu’un geste simple du quotidien. Refusant de tout temps les travaux sur commande, il attribuait à l’acte photographique un caractère authentique et spontané non compromettable.

En Chine, au Vietnam, mais aussi dans les zones tribales à la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan, le photographe s’aventurait souvent dans des territoires en conflits, afin de d’illustrer la complexité des contextes géopolitique et socio-économique de l’époque.

Au Japon, et plus précisément à Tokyo, il disait être subjugué par « cet équilibre sur la corde raide que les Japonais maintiennent avec difficulté, entre cette furieuse occidentalisation et industrialisation, et l’instinct oriental qui demeure dans la vie quotidienne de chacun ».

Dans un grand magasin de Tokyo, qui vend des robes de style occidental. Japon, 1958 © Marc Riboud / Fonds Marc Riboud au MNAAG, Courtesy Galerie Le Réverbère

Les photographies présentées à la Galerie Le Réverbère épluchent cette identité en construction d’un pays qui se remettait alors encore – économiquement et socialement – des destructions massives subies dix ans auparavant.

Ouvrier sur le chantier – © Marc Riboud / Fonds Marc Riboud au MNAAG, Courtesy Galerie Le Réverbère, Lyon

Les clichés sélectionnés donnent à voir des bribes de traditions dans la modernité ; des sourires et des gestes tournés vers un avenir présumé radieux. Le noir et blanc donne aux photographies de Marc Riboud une dimension d’archive : archives d’une époque bien révolue mais qui anime encore la société japonaise contemporaine.

La relève

Après une carrière fructueuse et sans compromis, Marc Riboud s’éteint en août 2016 à Paris. La même année, Géraldine Lay quitte Arles pour se rendre au Japon. Attirée par les identités urbaines et les particularités de la vie citadine, elle entame alors son aventure japonaise.

La photographe ne se contente pas de la capitale mais s’arrête dans des villes petites et moyennes, plus marginales, aux alentours d’Osaka, de Kyoto, de Nagoya, de Kanazawa ainsi que dans les préfectures du Kansaï et du Chubu. Ses photographies, aux couleurs parfois saturées, donnent une vision ultra-réaliste du pays et des modes de vie capturés, tout en laissant une libre part à l’imaginaire du visiteur.

On invente des vies, des noms, des mémoires aux personnes photographiées, on s’attache à leurs regards. Ces dernières semblent parfois perdues au milieu de la confusion citadine, ou au contraire bien à leur place dans le décor urbain qu’elles ont choisi.

Kyoto, Japon, 2017 – © Géraldine Lay, Courtesy Galerie Le Réverbère, Lyon

A travers les formes urbaines et les moments capturés par Géraldine Lay, on perçoit autant « l’instinct oriental » dont parlait Marc Riboud que l’extrême internationalisation dont a fait l’objet le pays depuis les années 2000. L’industrialisation, quant à elle, n’a plus qu’une présence fantomatique, comme celle de certaines traditions plus lointaines.

Teshima, Japon, 2017 – © Géraldine Lay, Courtesy Galerie Le Réverbère, Lyon

Deux regards, entre tradition et modernité

Ainsi, les regards et parcours de vie des deux photographes se complètent et mettent en lumière la multiplicité des identités japonaises, et des éléments traditionnels et modernes qui les composent. À travers l’exposition « Le Japon en duo », on suit la trame temporelle qui traverse les époques et les grands évènements nationaux et internationaux. On se trouve alors plongé dans une sorte d’ethnographie visuelle d’un pays à l’histoire singulière, qui se trouve être aujourd’hui un des lieux phare de la modernité technologique et de l’innovation.

Informations pratiques :
Le Japon en duo, Géraldine Lay, Marc Riboud
Galerie Le Réverbère
Du 10 septembre au 31 décembre 2022
38 rue Burdeau 69001 Lyon
Du mercredi au samedi de 14h à 19h et sur rendez-vous
Entrée libre