L’astrophotographie est une des disciplines photographiques pouvant paraître peu accessible à beaucoup de débutants. En effet, ses contraintes sont nombreuses. D’une part, il est nécessaire de rester debout très tard voire toute la nuit. D’autre part, il est obligatoire de s’éloigner significativement des villes. Ce ne sont assurément pas les conditions les plus confortables pour la plupart d’entre nous.

Pourtant, les performances des boîtiers récents, même en entrée de gamme, combinées à la multiplication des outils numériques ont démocratisé la photographie nocturne et contribuent à rendre cette discipline accessible à tous, indépendamment du niveau d’expérience ou du coût de son matériel. De superbes clichés de la voûte céleste deviennent aisément réalisables.

Nous avons traité des aspects matériels et techniques de l’astrophotographie dans un précédent Mercredi Pratique. Nous allons ici traiter plus en détail de la partie planification et expliquer comment nous avons pu réaliser la photo ci-dessous.

Canon EOS R – Laowa 15mm f/2 Zero D – 25s – ISO 4000 – f/2

Il existe plusieurs manières et plusieurs ressources différentes qui autoriseraient les mêmes résultats, nous en présenterons une, celle qui fonctionne pour nous, sans nécessairement prétendre que ce soit la meilleure.

Au risque de choquer les puristes, ceci est un article de photographie et pas d’astronomie. Oui, nous sommes conscients que nous vivons dans la Voie lactée et que les termes « Voie lactée » sont un abus de langage mais dans cet article, nous désignerons par Voie lactée le centre galactique ou noyau brillant souvent appelé « bulbe »

Canon EOS R – Lensbaby Sol 45mm – 13s – ISO 5000 – f/3.5

MP #182 : Comment prendre en photo la voie lactée et les étoiles filantes ?

Timing et emplacement

Il y a essentiellement 2 éléments à traiter lorsque l’on souhaite planifier une photo pour capturer la Voie lactée : le timing et l’emplacement.

De l’importance d’un bon timing

Capturer la Voie lactée suppose de pouvoir apercevoir celle-ci. Dans l’hémisphère Nord, nous pouvons théoriquement observer la Voie lactée toute l’année, mais c’est seulement sur la période allant de fin mars à fin septembre que son bulbe sera visible, c’est-à-dire au-dessus de la ligne d’horizon.

Beau ciel étoilé en Mars… pas de centre galactique – Canon EOS R – Canon RF 15-35mm f/2.8 L USM – 20s – ISO 1600 – f/2.8

Le cycle lunaire est également une considération importante. Pour percevoir distinctement le ciel étoilé, il importe que celui-ci soit véritablement noir. La présence d’une lune qui illuminerait le ciel nuira à notre capacité d’apercevoir la majorité des étoiles.

Difficile de trouver ses étoiles avec la pleine lune – Canon EOS R – Canon RF 15-35mm f/2.8 L USM – 15mm – 15s – ISO 500 – f/4

Il est ainsi préférable de choisir une nuit où la Lune serait totalement absente où d’attendre que celle-ci soit couchée. Un petit détail qui a son importance est qu’une nuit noire sans Lune est idéale pour capturer les détails dans le ciel mais moins intéressante si l’on souhaite un paysage étoilé. En effet, si l’on souhaite inclure un élément comme un lac ou une montagne au premier plan, celui-ci sera totalement noir s’il n’est pas éclairé par la Lune.

Absence de détails dans le premier plan – Canon EOS R – Canon RF 15-35mm f/2.8 L USM – 15mm – 25s – ISO 3200 – f/2.8

Ciel riche mais premier plan très sombre – Canon EOS R – Canon EF 50mm f/1.8 STM – 10s – ISO 1600 – f/2

Nous avons réalisé avec la pratique qu’une Lune aux alentours de 20% sera le compromis idéal pour ce type de cliché. Toutefois, plusieurs autres scénarii restent possibles.

Canon EOS R – Canon RF 15-35mm f/2.8 L USM – 15mm – 20s – ISO 3200 – f/2.8

Le dernier élément à prendre en compte est la météo. Après avoir coché toutes les cases de votre préparation, si la météo est capricieuse, si le voile nuageux est épais au-dessus de votre tête, les étoiles resteront inaccessibles. Gardez ceci à l’esprit, même si les prévisions sont optimistes, le risque zéro n’existe pas.

Du choix d’un bon emplacement : éviter la pollution lumineuse

Capturer le ciel étoilé impose d’éliminer toute pollution lumineuse. C’est à ce chapitre que la photographie de la Voie lactée peut se révéler ardue. Les lampadaires de nos centres-villes créent un nuage lumineux qui nous empêche de voir les étoiles. Il devient impératif de s’éloigner des villes pour trouver une zone suffisamment « noire » permettant de profiter du ciel et en fonction de votre lieu de résidence, ceci peut être très compliqué.

Voici une photo du ciel visible depuis le Pont d’Iéna au pied de la Tour Eiffel. On peut y apercevoir quelques étoiles… si on cherche attentivement.

Fujifilm X-T4 – XF 23mm 1.4R – 4s – ISO 500 – f/1.4

La site Dark Site Finder offre une carte interactive de la pollution lumineuse à l’échelle de la planète. Un outil extrêmement pratique pour localiser les zones où l’on pourra envisager de pratiquer l’astrophoto.

Ainsi, on observe que la région parisienne est loin d’être idéale. Il vaut mieux essayer la Nièvre, la Creuse ou les Landes. On note également une poche sympathique à mi-chemin entre Marseille et Grenoble, dans une région qui inclut Digne-les-Bains et Valensole.

DarkSite France

A défaut de se situer dans une zone « noire », sans pollution lumineuse, on peut également avoir des résultats très intéressants en photographiant dans la direction d’une zone noire. Le cas typique est lorsque l’on se situe sur la côte et que l’on pointe son appareil vers le large.

Ci-dessous, nous sommes sur la pointe Nord de l’île de Majorque. Puisque que nous photographions en direction du Nord, la pollution lumineuse est très peu visible.

DarkSite Mallorca

Cap de Formentor, Mallorca – Fujifilm X-T3 – XF 8-16mm f/2.8 R LM WR – 8mm – 30s – ISO 8000 – f/2.8

A contrario, photographier depuis une zone « noire » mais en direction d’une agglomération donne de piètres résultats. On arrive à capturer la Voie lactée de façon détaillée mais le voile lumineux de la ville est proéminent et ruine l’esthétique globale.

Canon EOS R – Canon RF 15-35mm f/2.8 L USM – 15mm – 20s – ISO 2500 – f/2.8

À la chasse à la Voie lactée : Crater Lake, Oregon

Pour ce Mercredi Pratique, nous avons choisi Crater Lake, en Oregon au mois de mai comme terrain de jeu. L’Ouest américain présente l’avantage d’être très peu sujet à la pollution lumineuse, comme le montre la carte de Dark Site Finder. Si vous avez la chance de vous rendre dans cette région, n’hésitez pas à sortir votre boîtier pour capturer la voûte céleste !

DarkSite USA

Une fois l’emplacement choisi, il est important d’étudier le timing de notre sortie. Pour cela nous utilisons l’application PhotoPills, disponible pour iOS et Android. Certes assez onéreuse (10,99 € en achat unique), elle se montre extrêmement pertinente et pourra même vous servir au-delà de l’astrophotographie.

Elle permet de prévoir la position du Soleil, de la Lune, les ombres des différents éléments de la scène, de déterminer l’heure du lever et coucher du Soleil ou de la Lune, de prévoir à quel moment se produira l’heure dorée ou l’heure bleue.

Nous avons choisi d’illustrer notre planification avec l’application Photopills, mais il existe d’autres applications comme Star Walk 2 (elle aussi disponible pour iOS et Android) qui est gratuite et peut aider de façon similaire.

La page d’accueil se présente comme ceci. Nous allons nous intéresser uniquement aux modules « Lune » et « Planificateur ».

La module « Lune » nous présente un calendrier du cycle lunaire. Comme expliqué précédemment nous voulons éviter les nuits de pleine lune.

Pour reprendre l’exemple ci-dessus, la semaine du 10 mai serait idéale et la semaine du 24 mai à éviter. Si nous souhaitions faire une photo uniquement du centre galactique ou d’une constellation, la nuit la plus noire serait à privilégier.

Dans notre cas, nous souhaitons un paysage étoilé donc il est souhaitable d’avoir un minimum d’illumination sur le sol pour révéler des détails de notre paysage. Pour cette raison nous allons choisir les nuits des 16 et 17 mai… mais ceci était sans compter sur un ciel capricieux. En effet, les prévisions météo suivies d’un repérage sur notre lieu de shooting annonçaient que la tâche serait ardue.

 

Le ciel était gris, orageux et rien ne laissait apercevoir une quelconque amélioration sur plusieurs jours. Cependant, notre session de repérage ne s’est pas montrée inutile car nous avons pu étudier diverses compositions et choisir le cadrage idéal. Il est important de réaliser cette étape avant la tombée de la nuit car, une fois la nuit tombée, il devient très difficile d’y voir quoi que ce soit – étant éloignés de la civilisation.

Composition souhaitée, il ne reste plus qu’à attendre les étoiles

Les journées suivantes ont recouvert notre scène d’un épais manteau neigeux et nous avons dû attendre la nuit du 30 mai pour une nouvelle tentative. La Lune étant plus intense à cette date, nous avons utilisé le module « Planificateur » pour viser au plus juste.

 

Les 2 écrans ci-dessus doivent se lire simultanément car l’un est la suite de l’autre. On peut lire que le 30 mai, le Soleil se couchera à 21h et le centre galactique commence à s’élever à 23h. On apprend également que la Lune se lève le 31 mai à 1h33 du matin. Ceci est un scénario idéal.

Nous sommes tous familiers du fait qu’il commence à faire jour souvent une bonne heure avant le lever du Soleil. De façon similaire, il est souvent nécessaire d’attendre plus d’une heure après le coucher du Soleil pour que le ciel soit véritablement noir. Cette logique est identique avec la Lune, on peut commencer à bénéficier de son éclairage avant que celle-ci ne soit totalement visible.

Nous sommes heureux d’avoir fait du repérage de jour. On n’y voit pas grand chose – photo prise à l’iPhone

La lecture de ces écrans nous indique qu’à partir de 23h nous aurons une scène véritablement noire et que dès minuit, nous pourrons bénéficier d’un début d’éclairage de la Lune, avant que celle-ci ne soit totalement visible à 1h33.

L’enchainement des évènements – coucher de Soleil, apparition du centre galactique et lever de Lune – est variable en fonction de la période de l’année et du lieu. Ainsi, ce scénario ne se répétera ni partout ni tout le temps. Ici, nous avons une fenêtre d’un peu plus d’une heure pour réaliser notre cliché. Pas besoin de passer une nuit blanche à la belle étoile, on va pouvoir se coucher tôt.

Photo prise à 23h32 – Canon EOS R – Laowa 15mm f/2 Zero D – 25s – ISO 4000 – f/2

À noter que la Voie lactée s’est montrée plus tôt que prévue par l’application. Cette dernière reste un outil approximatif et pas une science exacte. Nous avons ici encore une légère couverture nuageuse qui donne une sensation de brouillard mais nous trouvons que cette esthétique fonctionne bien avec le manteau de neige. La présence de nuages bas font se refléter les lumières de la ville au loin sans que cela ne perturbe l’équilibre de l’ensemble.

En résumé, il s’agit de trouver un décor sympathique dans un lieu sombre, de choisir une nuit où le centre galactique est visible après le coucher de Soleil mais avant le lever de Lune et croiser les doigts pour que la météo coopère.

PhotoPills peut aller beaucoup plus loin

PhotoPills propose également dans la section « Planificateur » un module de réalité augmentée qui permet d’affiner sa planification en étudiant la position de  la Voie lactée par rapport au relief. On peut ainsi choisir le moment propice pour la composition idéale.

En planifiant soigneusement vos sessions d’astrophoto – et en évitant au maximum la pollution lumineuse – vous devriez parvenir à capturer de très belles photos de la voûte céleste. À ce titre, n’hésitez pas à vous référer à notre Mercredi Pratique qui vous détaillera toutes les bonnes pratiques pour capturer des clichés de la Voie lactée ou d’étoiles filantes.

Alors n’hésitez plus, sortez votre trépied et votre boîtier lors de vos prochaines vacances en montagne, à la campagne ou sur une île à moitié déserte. Nous avons hâte de voir vos photos : partagez-les avec nous sur Instagram avec la mention @phototrendfr !