Lorsque deux hommes amoureux de la beauté féminine unissent leurs arts, l’esthétique est nécessairement au rendez-vous. Il en va ainsi de la rencontre entre le créateur de mode Azzedine Alaïa et le photographe portraitiste Peter Lindbergh. Une complicité artistique mise à l’honneur à la Fondation Azzedine Alaïa le temps d’une exposition du 20 mai au 14 novembre 2021 et chez Taschen avec la sortie du catalogue d’exposition.

Peter Lindbergh, Kristen McMenamy & Azzedine Alaïa, Paris, 1995 – © Peter Lindbergh (Courtesy Peter Lindbergh Foundation, Paris)

Une histoire de mode et d’amitiés indéfectibles

Jusqu’au 14 novembre 2021, la Fondation Azzedine Alaïa propose de redécouvrir 50 clichés du célèbre photographe figurant les créations du regretté couturier (1935-2017), des tenues d’exception portées par des modèles comptant parmi les plus belles femmes de la planète.

Avec la discrétion qui le caractérisait, Azzedine Alaïa fait lui aussi son apparition sur les clichés de Peter Lindergh, des coulisses des séries de mode publiées dans les plus prestigieux magazines de mode aux instants de complicité entre le créateur et ses modèles saisis sur la pellicule par le photographe.

Azzedine Alaïa Peter Lindberg

Azzedine Alaïa & Tina Turner, Paris, 1989 – © Peter Lindbergh (Courtesy Peter Lindbergh Foundation, Paris)

Plus que les vêtements, qu’Alaïa façonne sur le corps féminin à la manière d’un architecte, ce sont les visages que Peter Lindbergh a à cœur de mettre en lumière. Des plages du Touquet, plus cinématographiques que jamais, aux rues de Paris, Peter Lindbergh met en scène des femmes souriantes au regard franc, des muses fidèles qui accompagneront le couturier tout au long de sa vie, à l’image de Naomi Campbell ou Farida Khelfa.

Amies plus qu’égéries, ces femmes sont également les modèles phares de Peter Lindbergh dont la carrière est indissociable de celle des tops du début des années 90. Linda Evangelista, Naomi Campbell, Cindy Crawford, Tatjana Patitz, ou Christy Turlington, surnommées les « supermodels », verront leur renommée et celle du photographe se façonner mutuellement.

Azzedine Alaïa Peter Lindberg

Naomi Campbell, Paris, 1992 – © Peter Lindbergh (Courtesy Peter Lindbergh Foundation, Paris)

Un langage commun de l’étoffe à la pellicule

Si l’un est l’enfant timide et réservé de Tunis, qui se frayera doucement un chemin dans les arcanes de la mode lors de son arrivée à Paris en 1956, l’autre est un jeune allemand pétri d’ambition qui fera ses armes au magazine Stern et installera son propre studio photo à Paris en 1978. Tous deux conquerront Paris, l’un armé de ciseaux de couture, l’autre de son appareil photo.

Quête d’expressions et d’intemporalité constituent le langage commun aux deux hommes. Épurées, les créations d’Azzedine Alaïa sont sublimées par une lumière naturelle et des jeux d’ombres qui composent les photographies minimalistes de Peter Lindbergh. Sans retouches ni faux semblant, les jeunes femmes y déploient une beauté au naturel. Cette quête d’authenticité, de l’essence de la féminité est alors aux antipodes de l’époque.

Tatjana Patitz & Linda Spierings, Le Touquet, 1986 – © Peter Lindbergh (Courtesy Peter Lindbergh Foundation, Paris)

Cette complicité artistique entre un photographe et un créateur de mode n’est pas une exception. D’autres duos mythiques ont su unir leur signature pour des images iconiques qui ont transcendé les tendances de mode. Helmut Newton et Yves Saint Laurent ont ainsi élever le smoking au rang de manifeste féministe tandis que Richard Avedon et Christian Dior unirent leur génie pour célébrer le New-Look, établissant un territoire commun entre leurs univers hautement esthétiques. Mode devenue Art ou Art photographique documentant le rapport d’une époque au vêtement, l’Art peut alors flirter avec le commerce et la publicité éveiller à la sensibilité artistique.

Le Dessous des Images : Le Smoking d’Helmut Newton

Un monochrome intemporel

Maître du tirage argentique en noir et blanc, Peter Lindbergh était assurément le photographe comprenant l’essence du vêtement d’Azzedine Alaïa : des coupes affutées, lui ayant valu une réputation de couturier-sculpteur mais surtout le noir, un noir profond, omniprésent, seule nuance trouvant grâce aux yeux du créateur, fils d’agriculteur passé par les Beaux-Arts de Tunis qui habillera toute la haute société parisienne. Leur esthétique commune sera à l’origine d’une allure fatalement féminine et intemporelle, aujourd’hui toujours identifiable.

À la genèse de cette exposition, organisée avec le soutien de la Fondation Peter Lindbergh, célébrant deux hommes qui ont écrit une large part de l’histoire de la mode et de sa représentation, on retrouve le fils du photographe, Benjamin Lindbergh ainsi qu’Olivier Saillard, historien de la mode et ancien directeur du Musée Galliera.

Catalogue de l’exposition © Taschen

Hommage à ces années de collaboration, initié en 1979 jusqu’à la disparition du couturier en 2017 et élégant moyen de prolonger l’exposition, un catalogue d’exposition édité par Taschen (24 x 32,7 cm, 1,47 kg, 240 pages) est disponible à partir du 14 mai au tarif de 60 €. L’ouvrage complète les collections Taschen dédiées à la photographie de mode et à Peter Lindbergh.

Infos pratiques :
Exposition Azzedine Alaïa, Peter Lindbergh
Du 20 mai au 14 novembre 2021
Fondation Azzedine Alaïa
18 Rue de la Verrerie
75004 Paris
De 11h à 19h
Plein tarif : 7 € ; tarif réduit : 2 €

Plus d’informations sur l’exposition sont disponibles sur le site de la Fondation Azzedine Alaïa.