Du 12 février au 30 avril 2021, la galerie Roger-Viollet met à l’honneur sa fondatrice au travers d’une exposition nous invitant à suivre Hélène Roger-Viollet au fil de ses voyages. L’occasion de revenir sur le parcours hors du commun de cette figure majeure de la photographie du XXe siècle.

Danseurs haïtiens. Haïti, mars 1959. © Hélène Roger-Viollet / Roger-Viollet

La photographie, une histoire familiale

Née avec le XXe siècle en 1901, Hélène grandit avec la photographie. Son père, Henri Roger-Viollet est ingénieur-chimiste, mais surtout un fervent photographe amateur qui n’hésite pas à partager avec sa fille sa passion pour la photographie, mais également son goût pour les expériences techniques (comme la photographie stéréoscopique) et pour la collection de tirages. Cette passion familiale se transmet et mène la jeune fille à poursuivre une carrière de journaliste ; elle sera parmi les rares femmes à suivre ce cursus.

Exposition Hélène Roger-Viollet

Montreur d’ours. Environs d’Agrâ (Uttar Pradesh, Inde). 1961. © Hélène Roger-Viollet / Roger-Viollet

En avance sur son temps, Hélène Roger-Viollet est aussi une femme engagée, notamment pour le droit de vote des femmes pour lequel elle milite aux côtés de la féministe Louise Weiss.

En 1936, avec son mari Jean Fisher, également photographe, ils suivent à vélo les Français dans leur exode estival pour les premiers congés payés. Ce premier des nombreux reportages photo à venir les mènent jusqu’en Espagne, où ils pressentent une agitation : le début de la guerre civile, un combat qu’ils seront les premiers à couvrir. Photographe et fervente collectionneuse

Exposition Hélène Roger-Viollet

Pancarte publicitaire. Johannesburg (Afrique du Sud). 1966. © Hélène Roger-Viollet / Roger-Viollet

En 1937, Hélène retrouve son père pour donner corps à un projet inédit : rassembler un large fonds photographique dédié aux expositions universelles. Aux nombreuses images d’Henri Roger-Viollet manque encore quelques exemplaires, dont ceux du pavillon allemand. Cette chasse aux clichés annonce les prémices de la future agence Roger-Viollet grâce à l’acquisition d’une boutique dédiée à la documentation photographique vendue avec ses impressionnantes archives.

En 1938, Hélène Roger-Viollet et son mari fondent donc leur propre agence photo, spécialisée dans l’acquisition d’archives photographiques. Aux documents acquis s’ajouteront rapidement les images rapportées par Hélène lors de ses voyages au long cours.

Le couple planifie ses voyages afin de combler les manques de cette collection foisonnante qui rassemble images du Second Empire ou témoignages des conséquences de la Seconde Guerre mondiale. Il faudra attendre les années 60 pour que La Documentation Photographique Roger-Viollet devienne agence de presse.

Omdurman (Soudan). Balcon de la maison du khalife. Janvier 1966. © Hélène Roger-Viollet / Roger-Viollet

Un fonds unique nourri par les voyages d’Hélène

Ses Rolleiflex fétiches dans sa valise, Hélène sillonne le monde ; s’envole de Pondichéry à Dakar en passant par Johannesburg. Son voyage de noces s’était transformé en tour du monde photographique à bord du paquebot France. Hélène immortalise l’ailleurs dans un format carré propre à ces appareils – également chers à Diane Arbus.

À une époque où voyager demeure un luxe rare, elle aborde l’inconnu avec une démarche d’ethnologue plus que de touriste. Coutumes ethniques et vie quotidienne sont au cœur de ses reportages, qu’elle considère d’ailleurs comme des documentaires. Montreurs d’ours d’Agrâ, entourage proche du Khalife du Soudan ou danseurs traditionnels haïtiens sont saisis en mouvement, immortalisés avec un naturel loin de toute mise en scène.

De l’Asie, à l’Afrique ou à l’Amérique, les voyages des époux Roger-Viollet deviennent pour nous aujourd’hui voyages dans le temps, un saut jusqu’aux années 50 à 70. Les photos noir et blanc d’Hélène ont certes une portée documentaire, mais n’en sont pas moins artistiques et reconnaissables à leur esthétique. Leur cadrage, leurs jeux de lumière portent la signature de la photographe et confèrent au travail d’Hélène Roger-Viollet une certaine unité malgré l’exotisme des destinations visitées.

Exposition Hélène Roger-Viollet

Place de l’Indépendance. Dakar (Sénégal – Afrique). 1963. © Hélène Roger-Viollet / Roger-Viollet

L’Après Roger-Viollet

En 1985, Hélène décède, tragiquement assassinée par son mari. Son riche fonds photographique constitué de plus de 6 millions de documents, dont environ 600 000 réalisés par les époux Roger-Viollet, est alors légué à la Ville de Paris et aujourd’hui conservé par sa Bibliothèque Historique. Conservation, mais aussi numérisation et transmission sont désormais la priorité.

Les photographies des Voyages d’Hélène Roger-Viollet sont exposées pour la toute première fois. L’exposition Les Voyages d’Hélène est à découvrir à la Galerie Roger-Viollet jusqu’au 30 avril prochain. Les tirages modernes exposés, comme les tirages authentifiés de la collection Roger-Viollet, véritables trésors historiques, sont également proposés à la vente (de 230 à 320 euros selon le format). Plus d’informations sont disponibles sur le site de la galerie.

Informations pratiques
« Les Voyages d’Hélène », une vie à documenter le monde
du 12 février au 30 avril 2021
Galerie Roger-Viollet
6 rue de Seine, 75006 Paris
Ouvert du mardi au samedi : 14h à 19h (11h-17h30 durant le couvre-feu)