À l’occasion du quatre-vingtième anniversaire de l’élection du Front populaire le 3 mai 1936, la Mairie de Paris consacre une exposition à l’Hôtel de Ville de plus de 400 oeuvres sur ces années charnières que sont les années trente, à travers le regard de jeunes reporters qui deviendront ensuite de grands noms de la photographie.

« Ils ont 20 ans, 30 ans, souvent le cœur à gauche, très à gauche, l’appareil photo en bandoulière. Marcel Bovis, Henri Cartier-Bresson, François Kollar, André Kertész, René Jacques… photographient le Paris des années trente pour illustrer journaux et magazines. Ils sillonnent les quartiers populaires, honorent des commandes, s’intéressent aux ouvriers, aux mouvements sociaux. » – Françoise Denoyelle, commissaire de l’exposition

Portraits et autoportraits des photographes de l'exposition.

Les premières photographies présentées sont les (auto)portraits des hommes qui seront derrière leurs appareils ensuite. L’exposition s’organise en thématiques pour illustrer les différentes étapes de la période 1934-1936 et les différents milieux sociaux, mais ceci aux dépens de l’évolution chronologique des événements.

Nous nous retrouvons immédiatement au cœur du sujet avec le reportage de François Kollar, La France travaille, qui offre des portraits et plans rapprochés d’ouvriers, comme une première illustration des dysfonctionnements d’un milieu isolé par la politique en attente de l’embrasement.

Se succèdent ensuite les thèmes des grèves et mouvements sociaux avec celui des photos officielles de politiciens et des délégations ouvrières ou syndicales. Dans ces différentes séries, les photographes s’éloignent pour prendre la foule, masse indistincte de corps et d’écriteaux, dans un cadre plus large et témoigner de la densité des manifestations. Les hommes politiques eux sont photographiés de manière assez officielle, ils prennent même parfois la pose comme à l’époque des photos studio sauf qu’en 1936, le studio c’est Paris. La ville devient un élément photographique à part entière, actrice de la révolte, et l’urbanisme est travaillé pour apparaître dans les clichés comme un élément essentiel dans les revendications.

Fred Stein, Manifestation du 14 juillet de la Bastille à Vincennes, 1935

© Fred Stein, Manifestation du 14 juillet de la Bastille à Vincennes, 1935

Alors que la première salle de l’exposition nous présente douze photographes, la majorité des photos exposées sont anonymes. Ceci s’accorde avec le développement de nombreuses agences photographiques à l’époque telles que celle de Willy Ronis, Roger-Viollet ou encore la célébrissime Magnum qui reçoivent des pellicules par milliers sans forcément en identifier les photographes.

« 14 juillet 1936… j’ai décidé peu avant de me consacrer au métier de photographe indépendant et je réalise ce jour-là mon premier reportage, dont trois ou quatre photos paraîtront dans la presse. La meilleure fut prise au bord du trottoir Saint-Antoine… » – Willy Ronis

Les renoms tels que Robert Capa, Noël Le Boyer, Willy Ronis ou encore Henri Cartier-Bresson s’illustrent davantage dans de longues séries photographiques. Leurs travaux sont qualifiés de ‘reportages engagés’ et sont publiés dans la presse illustratrice avec des magazines tels que Regards ou Vu, dont des archives accompagnent l’exposition. À l’aube de leur carrière, ils incarnent la première génération de photojournalistes, suivant les travailleurs jusque sur les plages ou de l’autre côté des Pyrénées pour illustrer la guerre civile espagnole.

Le cinéma a également la part belle dans cette exposition, puisque considéré comme le media le plus populaire de l’époque. Quelques vidéos accompagnent les oeuvres et une série de photos est dédiée au making-of de films par Eli Lotar ou Sam Lévin avec La règle du jeu de Jean Renoir. Des chansons tournent en boucle dans une petite salle, consacrée aux célébrités des années trente et au style naissant du music-hall, pour partager la dimension festive de cette période.

Pierre Jamet, Ciné-Liberté, 1936

© Pierre Jamet, Ciné-Liberté, 1936

L’exposition est faite pour que transparaissent le militantisme, l’euphorie et l’attente de toute une génération et ces notions s’incarnent dans les photographes eux-mêmes, jeunesse engagée de la France de 1936.

Informations pratiques :
«1936, le Front populaire en photographie»
Du 19 mai au 23 juillet 2016 à l’Hôtel de Ville – Salle Saint-Jean
5, rue de Lobau – 75004 Paris

Entrée libre
Du mardi au samedi de 10h à 18h30 – Dernière entrée à 17h30.
Fermeture les dimanches et jours fériés
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