Représentante de l’école humaniste – aux côtés de Robert Doisneau, Brassaï ou encore Willy Ronis – Sabine Weiss a laissé l’empreinte d’une curiosité insatiable envers l’autre et retranscrit les atmosphères comme personne. 7 thèmes de cette artiste prolifique sont présentés dans le cadre d’une exposition photo au Kiosque de Vannes du 18 juin au 6 septembre 2020 – afin d’explorer toutes les facettes de la photographe.

L’homme qui court, Paris, 1953 – © Sabine Weiss

Le parcours émancipé de Sabine Weiss

Lieu d’exposition phare vannetais, le Kiosque accueillera tout l’été l’oeuvre de Sabine Weiss autour de 7 de ses thèmes de prédilection. Principalement consacré aux expositions photographiques, l’espace culturel accueille depuis 2009 des expositions temporaires et gratuites. Pour sa réouverture post-confinement, le Kiosque a spécialement recréé l’exposition à partir de celle qu’avait réalisée le Jeu de Paume en 2016.

L’oeuvre de la photographe suisse naturalisée française est emblématique du mouvement humaniste. Apparue dans les années 30 dans la banlieue de Paris, cette école place l’humain au centre de l’attention. Et d’ailleurs, c’est l’art bien maîtrisé de Sabine Weiss. En parvenant à capter les pensées, les émotions, et les modes de vie parfois transgressés, elle a su subjuguer les instants du quotidien, avec une pointe d’humour.

Née en 1924 à Saint-Gingolph (Suisse), Sabine Weiss grandit dans la campagne genevoise. Elle débute la photographie dès l’âge de 8 ans et développe ses propres pellicules durant l’adolescence. À 20 ans, elle quitte la Suisse pour Paris. À partir de ce moment, elle réalise des clichés emblématiques de l’après-guerre, en captant des scènes de rue de Paris et de sa banlieue  — comme celles du terrain vague de Saint-Cloud, son passage routinier.

Gitane, Saintes-Maries-de-la-Mer, 1960 – © Sabine Weiss

Mais Sabine Weiss voyage également. De l’Inde, au Maroc, en passant par l’Égypte, les États-Unis et l’Europe, elle arpente le monde avec son appareil photo et livre des clichés intimistes en noir et blanc. Par la suite, elle travaille pour des publications internationales, couvrant les pages du Time, de Life magazine, ou encore de Newsweek.

Tout à fait émancipée, elle débute la profession comme photographe indépendante et possède son propre studio. Par la suite, Vogue l’engage comme photographe de mode. Et pour cause, celle qui fréquente les milieux artistiques de l’époque, et prend en photo Françoise Sagan, Ana Karina, Charlie Chaplin, Maria Callas, André Breton ou encore Jeanne Moreau, évolue sans cesse dans sa photographie.

Robert Doisneau voit ses clichés et est séduit par cette combinaison de jeux de lumières, de compositions intuitives qui tombent toujours juste. Et aussi, par ce lien si particulier qu’elle entretient avec les gens, et qui transperce le papier. Très vite, il l’invite à rejoindre l’agence Rapho, référence de la photographie humaniste et du photojournalisme de l’époque.

7 thèmes présentés au Kiosque de Vannes

C’est sûrement l’un des thèmes les plus récurrents de l’artiste : les Enfances. Au gré des rues, la photographe humaniste a capté l’espièglerie, les attitudes et les jeux des plus petits.

Mais aussi, l’exposition honorera ses photographies sur le thème de l’Europe. De cliché en cliché, cette thématique explore la période de l’après-guerre. Alors que le niveau de vie des pays européens augmente, une période prospère prend place sur le continent. Les atrocités de la guerre ont placé l’humain au centre des considérations. De même, la photographie humaniste, qui elle aussi encense l’humain, se répand auprès des photographes et du public. C’est cette période d’effusion qu’a captée l’objectif de Sabine Weiss, à Paris, à Munich ou encore au Portugal.

Rue Edmond-Flamand, Paris, 1952 – © Sabine Weiss

Village moderne de pêcheurs, Olhão, Algarve, Portugal, 1954 – © Sabine Weiss

Puis, au travers de scènes de rue de la vie quotidienne de l’après-guerre, elle a sublimé le quotidien par des compositions dépeintes avec poésie ou malice, faisant de chaque moment un évènement. Le Kiosque exposera cette période charnière de la carrière de Sabine Weiss. Cependant, la photographe ne s’est pas cantonnée à l’Europe. Elle a aussi dépeint l’Amérique avec son regard parisien, et participé à l’exposition « Photographie européenne d’après-guerre » de New York en 1955. New York et Washington sont devenus des théâtres à ciel ouvert de son imagerie américaine.

Porte de Saint-Cloud, Paris, 1950 – © Sabine Weiss

© Sabine Weiss

La mode est également l’un des thèmes que l’on pourra parcourir tout au long de l’exposition. Grande partie de l’oeuvre de Sabine Weiss, et en couleur cette fois, sa photographie de mode est publiée dans Vogue, ou encore Esquire.

Alors que la photographie couleur voit seulement le jour, elle est difficile à maîtriser, car pas encore au point. Par exemple, deux lumières différentes peuvent donner un rendu catastrophique au tirage. La photographe franco-suisse réalise néanmoins de sublimes clichés et conçoit elle-même ses décors et mises en scène. Par ailleurs, ses portraits d’artistes ont laissé une trace indélébile à la photographie. Elle les prend dans l’intimité de leur vie privée ou bien les sublime pour les magazines.

 

Le Kiosque de Vannes exposera également la série « Solitudes », née d’un regard sur son oeuvre et sur elle-même qu’elle réalise à l’occasion d’une exposition rétrospective en 1978. Robert Doisneau en écrit le texte de présentation. Ainsi, 30 ans de carrière sont passés au peigne fin et inspirent cette nouvelle série en noir et blanc des années 80. Sur cette dernière, elle pointe son objectif sur les moments pensifs de la vie. Lorsqu’il ne se passe rien, les mines mélancoliques, les regards perdus dans le vide et les attitudes solitaires rassemblent les personnes de différents horizons.

À découvrir également, la Bretagne des années 50 de Sabine Weiss. Lavandières, brodeuses, peintres du dimanche et mariages sur fond de cornemuse nous plongent dans une atmosphère révolue.

Cette exposition photo très riche permet de découvrir l’oeuvre d’une des photographes humanistes les plus marquantes de son temps. Voyage, espièglerie, regard tendre et tableaux des années 1930 à 1990 borderont les panneaux du Kiosque tout l’été, à l’occasion de sa récente réouverture.

Informations pratiques :
Une vie de photographe : Sabine Weiss
Le Kiosque
Esplanade du Port, rive droite
56000 Vannes

du 18 juin 2020 au 6 septembre 2020
les jours de 10h à 13h et de 14h à 19h
Entrée libre