Dans son dernier carnet de voyage, le photographe Léo Coulongeat (alias Erisphère) nous emmène à la découverte de l’Algérie. Fidèle à sa passion pour les vastes étendues désertiques, il a pu explorer les contrées du Grand Erg occidental, une immense étendue de dunes en plein cœur du Sahara.


En parlant de mon voyage en Algérie autour de moi, j’ai appris que 80% des personnes d’origine maghrébine à Paris ont du sang Algérien. Quand je mentionne mon voyage au coin du marché d’Aligre, une flamme se déclenche systématiquement dans les yeux de mes interlocuteurs, et une longue liste d’endroits et d’amis à aller visiter au bled s’ensuit.

Moments de vie à Alger :

© Léo Coulongeat

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Après un long et passionnant benchmark sur l’accès aux régions désertiques, la recherche de sujets photographiques et un survol digital des zones arides sur Google Maps, j’ai décidé de me concentrer sur l’Algérie centrale, autour du Grand Erg occidental, une immense étendue de dunes dans le Sahara. Miam.

Au planning du départ : lever à 4h dans le 11e arrondissement de Paris, atterrissage à 20h dans le Sahara, à Ghardaïa.

Grand Erg occidental
Source: Google Maps

Avant d’atteindre le centre du pays, en escale à Alger, les évènements sociétaux qui secouent l’Algérie depuis plusieurs mois me percutent de plein fouet. Tous les bagages sont passés au peigne fin pour repérer le matériel journalistique et la douane confisque la totalité de mon matériel jusqu’à mon retour en France.

Depuis le début des manifestations le gouvernement Algérien fait pression pour minimiser la visibilité des mouvements contestataires.

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Aujourd’hui c’est mon travail de photographe qui m’entraine dans les voyages. Sans mon matériel, j’ai l’impression que ma venue ici n’a plus trop de sens.

Après réflexion — et méditation — je décide de relever le défi : je continuerai mon périple, armé seulement de mon smartphone.

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A mon atterrissage à Ghardaïa, depuis la fenêtre de mon taxi poussiéreux, je regarde par la fenêtre : des palmiers et des bâtisses en terre se devinent entre les lampadaires.

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Ghardaïa est l’emblème de la région du Mzab peuplé par les Mozabites.
Dans la vallée, cinq villages fortifiés – les ksour – se dressent et s’organisent en cercles concentriques, chacun autour d’une mosquée, dont le minaret domine en forteresse.

Plus bas dans la rue, c’est le royaume des Renault 4L, un modèle connu pour être ultra résistant et facile à réparer dans le désert.

Dans une des tourelles de garde d’un Ksar
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« Dans les grandes villes, chacun pour soi et le bon dieu pour tous » Moustafa, un habitant mozabite.
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Symbole de développement durable, on y inventa ici un système de gestion des eaux il y a 8 siècles qui devient de plus en plus précieux pour les fellah, les agriculteurs.

Depuis des dizaines d’années, le dérèglement climatique raréfie de plus en plus la pluie. La dernière crue dans la région remonte à 9 ans.

“Ici on ne partage pas la terre, on partage l’eau, c’est la loi imaginée par les hommes du désert.”

Yazid Tizi

Ce système d’irrigation qui paraît anarchique est en réalité un trésor culturel. Les foggaras, systèmes de canaux souterrains, ramènent l’eau des sources jusqu’à ce « hub » (ici 3 sources). Des hommes s’occupent de construire des ramifications pour amener une quantité d’eau très précise vers chaque jardin. La quantité d’eau que chaque fellah reçoit dépend des taxes qu’il paye chaque année en argent, service rendu ou récolte. Le métier de « mesureur d’eau » qui s’occupe de ce système d’irrigation est inscrit au patrimoine immatériel de l’UNESCO depuis 2018.
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La spécificité de Ghardaïa est qu’elle utilise ce même principe de partage des eaux mais à une autre échelle. Ici on utilise l’eau de la rivière lors des crues : elle est captée par le grand peigne en arrière plan sur la photo puis est redistribuée dans un réseau géant de rue-canaux vers les jardins.
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Ancien puits
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Je descend vers la ville d’El Goléa en empruntant la fameuse transsaharienne, route mythique qui traverse le Sahara du nord au sud. En observant le miroir du siège dans le bus, je suis face à la seule personne blanche que j’aie croisé depuis mon arrivée.

Pause sur la légendaire transsaharienne
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El Goléa est une oasis au 100,000 palmiers que les voyageurs n’ont pas encore découvert. Pourtant, l’immense lac que j’avais repéré sur Google Maps ne passe pas inaperçu. Quand je rencontre Ousama pour la première fois il était au téléphone avec un ami qui fabrique des pancartes : il veut en installer une à l’entrée de la ville pour que les touristes s’arrêtent dans son eco-lodge associatif : la FOREM. Cet endroit paisible regroupe un jardin zoologique, une maison d’hôte et une bibliothèque pour les enfants de la ville.

Paisible maison d’hôte de la FOREM
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En haut du Ksar d’El Menia
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Je m’enfonce plus loin dans le désert vers le lac, accompagné d’un ami de la FOREM et de son fils Isaac.

J’assiste le premier soir à la tombée de la nuit, qui me reconnecte enfin aux énergies désertiques que j’avais un peu oublié.

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Vol d’oiseau et lumière orange. A cette période les flamands roses migrent d’Europe vers l’Afrique. Un peu comme moi.

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Je continue ma route vers la ville que je n’arriverai pas à quitter : Timimoun, royaume des berbères Zénètes et des ksour perdus.

La peau des algériens noircit aux fil des kilomètres parcourus vers le sud, comme si la génétique des couleurs suivait l’aridité du désert.

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J’ai la surprise de rencontrer le seul français du coin : Daniel, qui vit ici depuis 30 ans. Il est comme moi un de ces grands amoureux du désert.

Depuis sa retraite il profite ici d’une “deuxième vie” comme il dit. Ce deviendra un phare pour moi : ce Bourguignon à l’accent marqué a décidé de dédier sa vie à l’entraide. Son activité de bénévole guide les touristes mais surtout les locaux, avec qui il a lié plus qu’une amitié.

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Prise de vue dans un ksar abandonné
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Depuis des centaines d’années les berbères ont construit leurs foyers dans des forteresses troglodytes – les Ksour : les châteaux fort du Maghreb. Les remparts servent de protection aux bandits des déserts et les grottes sont de très bons refuges lors des soirées chaudes d’été.

Aujourd’hui ces villes appartiennent au désert contemporain. La plupart des hommes restent à quai, et ne voyagent dans les dunes plus qu’à travers leurs histoires. Leurs pieds nus ne supportent plus les 50 degrés du sol mais leurs vies encaissent toujours aussi bien les chaleurs des étés successifs.

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Le « palais de la datte » à Aghlad. C’est ici, dans un village perdu au milieu des dunes, que se retrouvaient les caravanes pour y vendre leurs dattes.
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Ksar de Hiha
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Ancienne mosquée de Hiha
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Les grottes de Hiha. Je suis frappé par ces endroits telluriques où l’on croirait sentir le thé à la menthe et les sacs de datte entreposés. Ce sont des refuges naturels offerts par la planète.
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Nous nous arrêtons observer les dunes Afrag qui sont très utilisées ici. Les branches de palmiers disposées en haie permettent de protéger les villages et les infrastructures du sable. Tous les ans la population vient rénover ensemble ces protections pour leur survie.

Dune Afrag
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« La seule chose qui change dans le désert, ce sont les dunes, quand souffle le vent. »

Paulo Coelho – L’Alchimiste

Avec le Soleil, le vent est l’autre caractéristique naturelle qui pourrait définir l’essence même d’un désert. Les conditions géothermiques particulières de ces régions génèrent des vents de sable dans tous les déserts du monde. C’est ce phénomène qui transforme les roches, qui occupent 80% des déserts, en sable. Là-bas, le vent est l’artiste qui façonne le sol sur lequel nous marchons et modèle les paysages que nous observons.

A certaines périodes ces vents mutent en tempêtes de sable qui s’abattent sur les déserts. Les astronautes racontent parfois ces tempêtes observée depuis l’espace que chaque population a nommé : Chergui au Maroc, Santa Ana aux Etats-Unis, Sirroco en Tunisie, Loo en Inde, Levêche en Algérie, Khamsin en Egypte …

Depuis des dizaines d’années l’agriculture, les industries et la découpe des arbres pour le feu détruisent les seuls barrières naturelles de ces régions arides. Le vent est devenu une problématiques universelle dans les déserts, transformant les tempêtes de sables en véritable fléau.

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Les roches granuleuses illustrent la transformation de la roche en sable, par la force du vent.
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Il suffit parfois de regarder où on pose ses mains pour voir l’histoire du Sahara. Un fossile de coquillage, témoin d’un ancien océan.
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Lors de mes premiers voyages dans les déserts, je me suis confronté à un de ces vents violents dans les Bardenas Reales. J’ai passé un long moment à accepter que le vent modifie la pesanteur de mon corps que j’inclinais vers l’avant.

Lorsque je suis descendu de cette montagne j’était totalement relaxé, apaisé ; un moment de symbiose avec cette force de la nature. Cela fut l’une des expériences qui renforça mon amour naissant pour les zones arides et déclencha mon tour du monde des déserts.

« Les dures conditions du désert semblent stimuler les aspirations humaines à la découverte, au défi et à la liberté. Le formidable sentiment de vide et l’horizon infini paradoxalement incitent à un sentiment de possibilité. »

Izabela Anna Moren, « Living in the Desert »

Désert des Bardenas Reales, Espagne, Juin 2016
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Lors de ma première sortie dans les hautes dunes de la région de Timimoun, la femme d’un ancien ministre Français — dont je tairai son nom par respect — se joint à l’expédition. Elle est venu se séparer de son défunt mari en dispersant ses cendres dans le profond Sahara qui lui était si cher. Les hommes et les femmes reviennent souvent vivre dans les déserts qu’ils ont connu. De leur vivant, ou depuis l’au-delà.

Lorsqu’il sera temps pour moi de quitter mon enveloppe corporelle, je voudrais que mes cendres retournent au désert par le vent qui souffle au sommet d’une haute dune, à la lumière du soir. Que la brise puisse me dissoudre dans “cet absolu qui ne ment pas”, comme disait Théodore Monod

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Cette région condense tout ce que je recherche : des personnes authentiques, des zones reculées facilement accessibles et surtout le regard neutre des habitants qui me donne l’impression que je fais partie de cette région. Je loge littéralement dans une forteresse, seul, avec une terrasse qui donne sur la palmeraie et les dunes pour 10€ par nuit.

L’attribution aléatoire des visas préserve cette région autant qu’elle dérange les locaux qui ont beaucoup investi dans le tourisme qui n’arrive pas.

La forteresse
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Mon ami Colas me rejoint, il a réussi à faire passer un petit appareil photo. C’est l’occasion pour moi de continuer à progresser en photographie par un retour au matériel basique. Travailler le cadre, le timing, se déplacer, composer de manière différente avec l’unique focale 50mm et mon smartphone.

Nos journées s’articulent entre la méditation, la cuisine, des petites excursions, mais surtout la rencontre des locaux. Ce mode de voyage que certain appellent « slow travel » est une très bonne manière de connaître en profondeur les populations et leurs cultures.

« Ici prendre son temps est le meilleur moyen de n’en pas perdre »

Nicolas Bouvier – L’usage du monde

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L’Algérie gourmande
Fast food et pizzeria sont quasiment les uniques restaurant de rue en Algérie. Mais derrière cette façade peu reluisante on découvre une richesse culinaire qui n’a rien a envier à celle du Maroc. Ici la cuisine traditionnelle se déguste à la maison où dans quelques rares restaurant qui nous laissent entrevoir sa qualité et sa diversité. Le meilleur moyen d’en percer les secrets reste d’aller au marché et de discuter avec les femmes, doyennes de l’incroyable identité culinaire d’Algérie.
L’huile d’olive qu’on aperçoit dans les bouteilles près de cet homme dans une supérette est fabriquée en Algérie. La sauvegarde d’anciennes techniques d’extraction par des pierres en granite lui donne un goût plus acide. C’est une huile unique dans toute la Méditerranée.
Même sans manger de viande ce fut pour moi un voyage culinaire très riche. A mes côtés pendant deux semaines mon ami Colas a écrit un article sur l’Algérie végétarien ici.
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On rencontre un grand nombre d’amis de Daniel, notre ami Bourguignon. Les rides de leurs visages racontent leurs histoires autant que leurs discours.

Dans leurs maisons je remarque l’absence de photographies sur les murs. On décide alors, pendant plusieurs jours, de réaliser des portraits des habitants et de leurs offrir des tirages grands formats pour leurs foyers.

On estime que plus de 10% des personnes sur le territoire français ont du sang algérien. La lumière du smartphone sur le visage de cette homme représente le rêve Français qui s’allume sur un grand nombre de visage de ceux restés au bled.
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Ismail
Mécano et informaticien, il est fonctionnaire dans les bases de données la journée et hacker la nuit. Quand il n’est pas affairé à réparer les magnétoscopes des habitants il pirate les chaines européennes pour regarder les matchs de foot si important dans la culture algérienne.
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Baraka – La bénédiction
En Algérie 50% de la population a moins de 30 ans : c’est la nouvelle génération qui a peu de souvenirs de la décennie noire, cette sombre période qui fit plus de 100,000 morts.
Ces jeunes sont la bénédiction de l’Algérie libre, osant élever la voie pour la première fois contre le pouvoir depuis cette page sombre de l’histoire de ce pays.
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Dans le désert d’Algérie la sagesse d’acquiert avec le temps. Je retournerai plusieurs fois rencontrer cette homme qui me racontera pendant des heures l’histoire des déserts d’ici.
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Jeune fille Malienne
Au sud de l’Algérie on rencontre quelques immigrés maliens et nigériens fuyant la violence de leurs pays. En 2018 on appris que le gouvernement capturait les migrants sub-sahariens dans des bus pour les raccompagner à la frontière au sud, où ils devaient marcher pendant des heures dans le désert, sans vivre, pour rejoindre la première ville derrière la frontière.
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J’assiste à un concert de musique traditionnelle Ahallil, qui veut dire « les gens de la nuit ». Ces chansons centenaires racontent l’histoire d’un peuple du désert, des histoires d’amour, de vie, et, évidemment, de dieu : un syncrétisme d’invocation des djinns et d’appels à Hallah. Quand on ferme les yeux, on replonge dans les champs de dunes sous la voûte étoilée.

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Mettez vos écouteurs, fermez les yeux. Votre esprit est apaisé, vous êtes dans le village de Guentour, dans le Sahara, lors d’une nuit étoilée. Le feu crépite, et vos amis Zénètes jouent pour les étoiles.

Baroud lors d’un mariage Zénète dans les rues de Timimoun
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Mais après avoir entendu les belles histoires d’un désert, on se doit d’en écouter les problèmes. Je découvre avec horreur que la Sebkha, le lac, que je vois au loin depuis ma fenêtre provient en partie des eaux usées. Comment cette ville de 40.000 habitants a pu rejeter son eau sale depuis toutes ces années juste devant les jardins de ses habitants ? Une station d’épuration est en cours de construction mais arrivera-t-elle à éradiquer les mauvaises habitudes ?

L’Algérie a la chance de pouvoir compter sur un grand nombre de nappes phréatiques sur son territoire et a souvent eu une politique anti-américaine, se libérant ainsi de l’égide de Coca-Cola qui maîtrise la distribution de l’eau en bouteille dans beaucoup de pays désertiques. Lors de votre prochain voyage, cherchez le logo Coca au dos de votre bouteille, qui a pourtant un nom de marque locale…
Cette marque nord-américaine, première vendeuse mondial d’eau en bouteille fixe souvent des prix élevés par rapport au niveau de vie du pays.
Comparaison du prix d’une bouteille d’eau d’1,5 L (en France : 0,62 €) Maroc (marché contrôlé par Coca-Cola) : 0,54 €, Algérie : 0,23 € Dans les pays d’Amérique latine qui sont totalement contrôlés par Coca, le prix moyen passe de 0,7 € à 0,92 €.
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Plus haut dans la ville on arrive au marché, c’est un endroit que je visiterai régulièrement. Ici on trouve deux types de produits en concurrence : ceux arrivés des grandes palmeraies des régions extérieures et ceux des fellah de la palmeraie en contrebas de Timimoun. On y ressort avec une odeur d’épices dans le nez, de miel sur les doigts et parfois d’images cauchemardesques de tête de chameau tout droit sorties de l’abattoir.

La plupart des agriculteurs du coin ont des produits biologiques, pas par choix, mais parce qu’ils n’ont pas l’argent pour faire autrement. Ce cercle d’évolution capitaliste de l’agriculture semble absurde : ailleurs dans le monde, nous attendons d’atteindre un certain niveau de richesse pour faire chemin arrière et revenir aux techniques biologiques.

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En Algérie, à part quelque tribus au sud, très peu sont nomades. Le gouvernement a construit des « routes » bitumées dans chacun des petits villages de la régions, chose plutôt rare dans des coins aussi reculés. Ces infrastructures de transport rapprochent les hommes excentrés des besoins vitaux tels que l’accès aux soins, l’éducation ou les matières premières.

Comme dans la plupart des déserts que j’ai visité, les vieilles maisons sont construites en adobe, un mélange de terre et de purin : c’est la technique universelle et presque préhistorique des zones arides. Mais lorsque les routes sont arrivées dans les petits villages, il est devenu plus coûteux de construire sa maison en adobe qu’en brique industrielle. Les maisons sont devenues moins isolantes aux températures, les climatiseurs sont arrivés puis tombent en panne, c’est un autre cycle absurde de la mondialisation.

Comme pour l’agriculture, les pays riches tentent de revenir à ces techniques traditionnelles par exemple par ce qu’on appelle les eco-lodges.

Mais personnellement je pense que le progrès reste essentiel à l’humanité. Un jour dans le désert au nord du Mexique, j’ai croisé un père qui a pu sauver la vie de son fils tombé d’une falaise grâce à la route récemment construite allant de son village jusqu’à l’hôpital.

Une climatisation greffée sur une vieille mosquée
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Plus on s’enfonce dans l’Algérie profonde plus la présence féminine se fait rare, laissant un trou dans le paysage de vie.

Beaucoup de jeunes femmes suivent la vie de leurs mères : elles se marient, avec ou sans consentement puis perpétuent ce qu’elles pensent être leur devoir de femme : s’occuper du foyer et de leur descendance.

Mais l’éducation des jeunes et l’accès à internet aide les femmes, peu à peu, à avoir plus de choix. Aujourd’hui une révolution est en cours lorsqu’en sortant manifester dans la rue pour la première fois les femmes se « réapproprient l’espace public » comme explique la chanteuse algérienne Souad Massi.

A l’occasion de plusieurs journées du Hirak, le mouvement contestataire, les femmes ont même prit la tête du cortège pour montrer, qu’elles aussi, pilotent le navire blanc et vert qui les mènera à un pays plus libre.

© Léo Coulongeat

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La marche des fantômes
Dans la région du M’Zab on ne voit aucun visage féminin si ce n’est celui des des femmes non mozabites. Dès l’âge de 12 ans les jeunes filles s’enveloppent d’un haïk blanc pour sortir et, lorsqu’elles sont mariées, rabattent un pan du voile sur leur visage pour ne laisser apparaître qu’un oeil. Une homme m’explique qu’il arrive à reconnaître sa femme parmi toutes ces figures fantomatiques par la couleur de son oeil et par sa manière de bouger.
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On entend parfois des murmures féminins derrière les portes au passage des hommes.
© Léo Coulongeat

C’est l’heure du départ. Un élan de nostalgie envahit mon coeur lors des dernières lueurs chaudes. Cette lumière je commence à la connaître par coeur. Je prends conscience qu’après tant de mois à voyager ces dernières années, les villes que je connais vraiment, comme Timimoun, se comptent sur les doigts de la main.

© Léo Coulongeat

Vous pouvez retrouver le magnifique film de Yann Arthus Bertrand « l’Algérie vue du ciel » gratuitement sur Youtube.

Un grand merci à tous les Algériens pour leur accueil.

1,2,3 Viva l’Algérie. Libre.

Retrouvez l’intégralité des carnets de voyage de Léo Coulongeat.