Du 18 octobre 2019 au 26 juillet 2020, le Musée des Confluences à Lyon accueille une exposition intitulée « Prison, au-delà des murs », conçue en partenariat avec le Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge de Genève et avec le Deutsches Hygiene-Museum de Dresde. Elle vise à interroger le rôle du système carcéral, la place des détenus dans nos sociétés et l’importance de la réinsertion des anciens prisonniers.

Un sujet inédit en France

Cette exposition est la première à être organisée sur le sujet des prisons en France. Pour le Musée des Confluences, il s’agit également de la première exposition qui soit directement en lien avec l’actualité, indique Marianne Rigaud-Roy, responsable du projet. « Le musée a pour vocation d’aborder des sujets de société très forts », détaille-t-elle. « Il est implanté juste à côté des anciennes prisons Saint-Paul et Saint-Joseph (situées dans le quartier Perrache et fermées en 2009, NDLR) : le sujet des prisons tombe donc sous le sens ».

Intérieur de cellule. © Grégoire Korganow, 2013, France. Collection de l’artiste

Cette exposition vise à aborder le sujet des prisons dans toute sa globalité – et dans toute sa complexité. Elle explore ainsi les différents points de vue (celui des détenus, mais également celui du personnel pénitentiaire) à travers un grand nombre de médias, dont des objets ou musiques conçus par les détenus. Elle s’inscrit donc à la croisée des différentes sciences humaines : histoire, sociologie, anthropologie…  Le but de l’exposition est ainsi « d’interpeler le visiteur sur ce qu’il ne connaît pas ou ce sur quoi il ne va pas s’interroger habituellement », détaille Marianne Rigaud-Roy.

Une scénographie ambitieuse

La scénographie de cette exposition, conçue par Tristan Kobler, est centrée autour d’un parcours en plusieurs étapes. En introduction, le visiteur peut découvrir les origines de l’institution pénitentiaire en Europe à la fin du 18e siècle – la prison étant vue comme une alternative moins inhumaine aux exécutions capitales ou aux châtiments corporels.

« Prison, au-delà des murs » met en lumière plus de 160 objets – dont certains ont été fabriqués par les détenus – issus des collections du Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge de Genève mais également de différents établissements pénitentiaires français, suisses et allemands. Ils visent à fournir un aperçu des conditions de vie en détention, mais sont aussi des « fragments d’existence » des prisonniers. Ils viennent également montrer la création artistique qui peut parfois se développer à l’intérieur des murs.

Une vaste zone centrale laisse place à trois « cellules » – dont les barreaux orange n’ont pas manqué d’attirer notre attention – conçus comme autant de thématiques liées à l’incarcération. On peut ainsi découvrir les règles de l’univers carcéral, les rapports de force qu’elles engendrent et leurs transgressions.

Prison au-delà des murs Musée Confluence

Divers objets du quotidien détournés en arme entourant le trousseau de clé d’un gardien

Une seconde cellule « vise à interroger le rapport aux objets du quotidien », selon Marianne Rigaud-Roy. Elle permet ainsi de découvrir les moyens déployés par les détenus pour survivre à l’enfermement : création artistique, sport, liens avec l’extérieur. Mais aussi au travers d’objets destinés à lutter contre les autres détenus et les gardiens, dont certains ont été détournés en armes.

Enfin, une troisième « cellule » est consacrée aux moyens de résistance déployés par les prisonniers, bien souvent pour dénoncer leurs conditions d’incarcération.

L’exposition ouvre aussi le débat sur le rôle et l’impact du système carcéral sur les détenus. Elle ouvre également sur les alternatives à la prison, en s’appuyant notamment sur certaines sociétés traditionnelles où la privation de liberté est inconcevable. Est ainsi développée la notion de « justice restaurative » visant à être tournée vers la réparation et la réintégration de l’individu dans la société.

Crucifix-arme. Prison de Champ-Dollon, République et Canton de Genève, Suisse – 21ème siècle. Office cantonal de la détention. Photo © ReproSolution – Genève

Le théâtre optique, plongée grandeur nature dans l’univers carcéral

L’un des éléments marquants de cette exposition réside dans un parcours immersif, qui plonge le visiteur dans la réalité de l’univers carcéral. Conçu par le Théâtre Nouvelle Génération et le Centre dramatique national de Lyon, il propose trois chambres fictionnelles comme autant de séquences créées à partir d’œuvres théâtrales existantes (tirées de Shakespeare ou de Calderon) ou inspirées d’ateliers conduits avec des détenus.

Utilisant une technologie proche des hologrammes, cette expérience immersive plonge le visiteur dans le quotidien d’une cellule et propose un face-à-face au parloir particulièrement touchant. « Avec ce dispositif, nous voulions donner une dimensions personnelle, qui permette au visiteur de vivre l’expérience du parloir, du détenu, avec un parti-pris extrêmement fort d’un point scénographique », explique Marianne Rigaud-Roy.

Nommé « nous vivons tous à l’étroit dans une chambre immense », ce parcours nous amène à nous interroger sur les rapports d’enfermement que le public comme les détenus peuvent connaître et expérimenter dans leur vie. « Le dispositif donne une représentation perceptible de cette communauté enfermée entre quatre murs, qui habituellement échappe à notre regard », indique Joris Mathieu, directeur du Théâtre Nouvelle Génération.

Nous vivons tous à l’étroit dans une chambre immense, 2019, Théâtre Nouvelle Génération – Centre Dramatique National – Crédit photo : © Nicolas Boudier

« L’humain est au cœur du sujet : le théâtre permet ainsi une approche très humaine, très sensible, et permet une mise en scène de la prison », indique Marianne Rigaud-Roy. « Le théâtre optique, en tant que dispositif technique, vient brouiller la frontière entre détenu et observateur et permet d’aborder ce sujet complexe par une approche sensible. Ici, il s’agit moins d’aborder la prison sous un prisme documentaire que de l’imaginaire »

Des travaux de photographes reconnus aux objets des prisonniers

Cette exposition est également l’occasion de revenir sur les travaux de photographes reconnus tels que Bre McGee, Valerio Bispuri ou encore Grégoire Korganow. De par leur style documentaire, ils livrent une réalité objective et sans fard sur l’univers carcéral et ses différents membres : détenus, gardiens, personnels de l’administration pénitentiaire…

Prison des Beaumettes. © Grégoire Korganow. Collection de l’artiste

On retrouve également des travaux du photographe Mathieu Pernot : sa série intitulée Les Hurleurs dresse sobrement le portrait des membres de la famille de détenus qui crient des message à destination de ces derniers depuis l’extérieur de la prison.

Les Hurleurs. © Mathieu Pernot, France. Collection de l’artiste

Centrées – là encore – sur l’humain et les thématiques liées à l’identité, la famille et aux exclus, ces travaux photographiques mettent en lumière un univers et l’ensemble de ses normes, ses règles, ses codes – qui sont très peu présent dans l’espace artistique.

S’intéressant particulièrement aux lieux et aux personnes laissées habituellement dans l’ombre par nos sociétés contemporaines, Grégoire Korganow a notamment consacré plusieurs séries aux prisons, aux détenus et à leurs familles. Contrôleur des Lieux de Privation de Liberté entre 2011 et 2014, il a mené un long travail d’immersion qui l’a conduit à travers 20 prisons françaises visant à documenter les conditions d’incarcération. « La prison, espace inaccessible au regard, suscite le fantasme », explique le photographe.

© Grégoire Korganow. Collection de l’artiste

« La réalité que j’y ai éprouvée est peu spectaculaire. L’enfer de l’incarcération tient beaucoup à l’accumulation et la répétition de traitements indignes qui transforment l’ordinaire en cauchemar. À cela s’ajoute la violence qui s’exerce dans les zones d’ombre et les cours de promenade », explique-t-il. « C’est cette intimité de l’enfermement que je cherche à photographier, en couleur, de façon frontale, directe, sans effet. […] Je m’en tiens à ce que la spatialité, les mouvements, les postures, les marques corporelles révèlent de la condition carcérale aujourd’hui », conclut-il.

Cette exposition particulièrement riche permet donc au visiteur d’aborder le sujet des prisons – françaises et étrangères – dans toute sa richesse et sa complexité. Elle met ainsi en lumière un univers, ses normes, ses règles, ses codes… qui sont très peu présent dans l’espace artistique. Elle propose également une approche plurielle, à la fois sociologique, anthropologique, culturelle et artistique. Et ce, sans parti-pris idéologique mais avec une réelle volonté de traiter les différents aspects de la détention.

Infos pratiques
Prison, au-delà des murs
Du 18 octobre 2019 au 26 juillet 2020
Musée des Confluences
86 quai Perrache, 69002 Lyon
Tarif : 9€ plein tarif
Ouvert le mardi, mercredi et vendredi : de 11h à 19h
jeudi : de 11h à 22h (plus d’infos sur la nocturne)
samedi, dimanche et jours feriés : de 10h à 19h
En savoir plus sur le site du Musée des Confluences