Des bâtiments abandonnés qui vont être détruits alors qu’ils ont une histoire, voici ce qui touche la photographe Estelle Lagarde qui veut fixer le temps pour ne jamais les oublier, même après leur destruction. Elle nous présente ses séries photo Contes sauvages et Dame des songes dans lesquelles elle fait revivre ces lieux avec des hôtes fantasmagoriques.

L’oiseau Noir série Contes Sauvages © Estelle Lagarde

C’est un peu par hasard que la photographe Estelle Lagarde est entrée dans une maison bourgeoise de banlieue parisienne juste avant sa destruction. Une « rencontre » qui a touché la photographe. Un endroit chargé d’histoires qu’Estelle Lagarde pouvait ressentir : « Elle était dans un état très triste. Les parquets avaient été pillés. Mais j’entendais les rires et les pleurs des enfants qui avaient vécu là. Je revoyais les familles qui s’y étaient succédées au fil des ans. J’ai pensé que nos maisons, les lieux dans lesquels on vit, travaille, sont amenées, tout comme nous, à disparaitre un jour ou l’autre. Et j’ai ressenti le besoin de les saisir avant cette disparition. »

Ragots série Contes Sauvages © Estelle Lagarde

C’est donc une trace qu’Estelle Lagarde souhaite garder. Pouvoir dire que ce lieu a existé tout comme les personnes qui y vivaient. L’apparition, la disparition et le temps qui passe, voici les maîtres mots que la photographe avait à l’esprit le long de cette aventure. Seule différence entre ses séries Dame des songes et Contes sauvages, la solitude représentée dans la première où l’on ne voit qu’un seul personnage. Alors que Dame des songes nous dévoile la nostalgie d’une vie passée, celle de Contes sauvages exprime plus la nostalgie d’une époque entière avec ses bals masqués et ses fêtes costumées.

Au salon série Dame des Songes © Estelle Lagarde

Estelle Lagarde souhaite avant tout que le spectateur s’interroge, que les photos captent son attention afin qu’il suive son imaginaire et crée une sensation en lui : « Certaines personnes ont peur de mes images ou sont mal à l’aise, quand d’autres sourient ».

Le miroir série Dame des Songes © Estelle Lagarde

Pour réaliser ses séries, Estelle Lagarde procède en plusieurs étapes. Lorsqu’un lieu lui parait intéressant, elle demande l’autorisation au propriétaire ou gestionnaire pour pouvoir aller le visiter. Si la photographe y ressent une ambiance particulière, elle effectue un repérage avec son reflex plein format numérique. Après quelque temps, si les images du lieu lui reviennent en mémoire et continuent de lui faire ressentir des choses, alors le travail de la mise en scène commence. Avec des figurants bénévoles, des costumes et accessoires loués. Enfin elle procède au shooting en argentique.

Le chantier série Dame des Songes © Estelle Lagarde

Pour réaliser ces deux séries de photos comprenant chacune une vingtaine de photographies, Estelle Lagarde a mis trois ans : une année pour Dame des Songes et deux ans pour Contes sauvages.

Estelle Lagarde a désormais un nouveau projet qui cette fois sera inspiré d’une personne et non d’un lieu. Mais avant cela vous pouvez découvrir son travail le 11 décembre 2018 lors d’un vernissage à partir de 18h à la galerie Graine de photographe. Une exposition qui durera jusqu’au 14 février 2019 et qui présentera aussi le travail du photographe Romain Thiery.