Adam Koziol est un photographe originaire de Pologne né en 1991. Depuis 2013, il parcours le monde à la recherche de tribus et c’est à l’âge de 27 ans seulement qu’il nous livre une série de photographies sur 18 tribus différentes. Adam Koziol répond à nos questions pour nous expliquer son amour pour la culture et les coutumes des tribus en voie de disparition.

Interview in English


Comment vous êtes-vous lancé dans la photographie ?

J’ai commencé la photo en photographiant des insectes tropicaux. Depuis que j’ai 12 ans, j’élevais des insectes et ce fût mon premier contact avec la photographie. Je passais tout mon temps à apprendre. Quand j’ai eu 16 ans et une grande collection d’insectes, j’ai décidé d’aller avec un ami adulte en voyage à Bornéo. Ça a été un moment décisif dans ma vie. Je découvrais ma passion pour le voyage, la découverte et la documentation sur les insectes faisait d’avantage sens pour moi. Je me suis documenté sur beaucoup d’espèces très rares, certaines sous forme d’œufs, ont été amenées en Pologne et j’ai pu commencer à élever des espèces qui n’existent pas en Pologne.

C’était un voyage important pour moi, aussi parce que les revenus de mes élevages serviraient pour mes prochains voyages. Six mois plus tard, je suis allé à Sumatra (Indonésie) où j’ai pu trouver de nouvelles espèces. J’ai trouvé un insecte de la famille des Phasmes qui ne comprend que six espèces. A partir de là, j’ai voyagé régulièrement, parfois sept fois dans l’année.

Tribu Karo d’Ethiopie © Adam Koziol

Comment est né ce projet de photographier la culture tribale ?

Ma destination la plus fréquente était Bornéo. Un eldorado pour les insectes qui m’intéressaient le plus. Dans tous les endroits de l’île, Sarawak, Sabah et Kalimantan, j’ai trouvé des espèces rares. Je les ai photographié et placé sur des forums pour les éleveurs d’insectes. Dans la partie Sarawak, j’ai souvent entendu parler de la culture des chasseurs de têtes Iban. Le vendeur à qui j’ai acheté mon masque African, m’a raconté qu’il existe toujours des personnes âgés avec d’authentiques tatouages tribaux aux les épaules appelé Bunga Terung. Cela m’a inspiré car ces tatouages ​​ont été tatoués sur des personnes caractérisées comme exceptionnellement courageuses, elles ont participé à des batailles avec d’autres tribus ou ont amené la tête d’un ennemi dans leur tribu. C’était la culture des chasseurs de tête. J’étais fasciné par la rencontre avec ces gens.

Tribu Himba de Namibie © Adam Koziol

C’est la première fois où j’ai décidé de modifier l’objectif de mon voyage et en 2013, avec mon ami malaisien, nous avons décidé de rechercher les derniers membres tatoués de la tribu. Nous avons atteint l’une des parties du Sarawak où vivaient les tribus Iban. Actuellement, ce sont des villages paisibles au milieu de la jungle, des maisons longues en fait – de longs bâtiments dans la jungle, abritant plus ou moins 15 familles. Pendant trois semaines nous avons visité maisons sur maisons, voyageant en scooter ou si le chemin était difficile, à pied avec un sac-à-dos. Pour moi c’était à la fois une aventure incroyable et nouvelle comparé à l’observation des insectes la nuit.

Dans l’une des maisons, nous avons réussi à trouver trois vieillards avec des tatouages sur tout leurs corps. C’était une expérience incroyable pour moi, dès que j’ai parlé avec eux je me suis rendu compte que j’étais sûrement la dernière personne à entendre toutes ses histoires. Ils avaient environ 90 ans, l’un d’entre eux devait avoir dans les soixante-dix ans. Je me souviens que l’un des hommes a retiré son t-shirt et j’ai vu son corps entièrement tatoué.

Tribu Iban en Malaisie © Adam Koziol

Je les ai photographié et interviewé. Sur le chemin du retour vers l’avion, je pensais au plan de mon second voyage pour trouver des personnes dans la région. Après être rentré à la maison et avoir analysé la situation dans le monde, j’ai réalisé que les conditions étaient similaires dans la plupart des tribus. Souvent, il ne reste que des personnes âgées et leur identité tribale est prouvée par leurs tatouages ​​et leurs scarifications. Ce sont eux qui pourraient raconter leur vie, leur culture, qui serviront l’histoire à leur mort. Les destinations suivantes n’étaient plus à propos d’insectes, j’ai commencé à me documenter sur les gens et leurs cultures.

L’élevage d’insectes était mon principal revenu pour financer mes voyages. Je me demandais comment je pouvais continuer mes documentaires sur les tribus tout en continuant le projet. Faire les deux en même temps n’était pas possible. J’ai donc décidé de créer une marque de vêtement, Selva, dont les designs sont inspirés par les cultures que j’ai rencontré. Ce fût une bonne idée qui me permit de financer mon prochain voyage. Pour développer la photographie j’ai ouvert un studio, où je peux travailler tous les jours et développer mes compétences.

Tribu Apatani d’Inde © Adam Koziol

Décrivez-nous ce que vous voyez sur vos photos avec vos propre mots

J’aimerai montrer la beauté des cultures, la variété des origines à travers le monde. Je suis fasciné par les tatouages, les scarifications et autres caractéristiques individuelles qui identifient une tribu. Je m’intéresse aussi aux phénotypes caractéristiques de toutes les sociétés et aux attributs externes tels que les vêtements, les bijoux et les armes. J’essaye de développer une relation de confiance avec les gens avant de les prendre en photo et je discute longtemps avec eux de sujets paisibles. Le temps de s’habituer les uns aux autres et de savoir quoi faire et le plus important c’est qu’eux se sentent à l’aise.

Comment faites-vous ses incroyables photos ? Pouvez-vous nous donner votre méthode ?

J’aime les portraits et j’essaie de maîtriser la lumière. Ce qui m’aide c’est la lumière de studio que j’emmène partout avec moi. C’est une grosse logistique et souvent les bagages de matériels pèsent plus de 65kg, mais au moins je peux gérer la lumière. Je voyageais seul, dès lors j’ai senti que j’avais des relations plus vraies avec les populations locales, mais depuis quelques temps je voyage avec ma femme qui m’aide pas mal du coup je peux faire plus de choses.

Adam Koziol en pleine action © Adam Koziol

Quels ont été les problèmes auxquels vous avez dû faire face ?

Logistique, logistique, logistique… Atteindre les lieux c’est la partie la plus longue et la plus coûteuse. Sur place, à quelques exceptions près, les gens sont très hospitalier. Une fois, en Papouasie où nous avons dû rejoindre la tribu Yali dans un village reculé où se trouvaient de nombreuses personnes âgées portant des vêtements traditionnels avec Koteka. J’avais 5 porteurs et un guide / traducteur. Il y avait 5 jours de marche. Après une journée seulement, le guide m’a dit que nous n’atteindrons pas ce village parce que les porteurs avaient besoin de plus d’argent. J’ai dû m’en séparer alors que je leur avait déjà donné beaucoup d’argent avant le voyage, c’était mon erreur. Ils sont retournés en ville et ma femme et moi, nous y sommes allés seuls. C’était pour moi l’une des situations les plus difficiles à bien des égards. Une autre fois je devais faire mes bagages le soir et quitter un certain village en Éthiopie, car il y avait une bagarre sérieuse liée à l’alcool entre les villageois qui a fini par des coups de feu. J’ai eu trois intoxications alimentaires graves, après l’une d’entre elles j’étais tellement malade que je n’ai pu contacter personne. En dehors de cela, j’espère que je ne rencontrerai aucun problème plus grave. Dans la plupart des cas, c’est très sûr.

Tribu Hamer d’Ethiopie © Adam Koziol

Qu’est-ce que vous aimez avec ce type de photographie ?

Travailler avec les gens, découvrir leur histoire dans le contexte de leur culture. Les aventures pour atteindre une tribu et être là. La planification des séances photo est tout aussi fascinante. En Pologne, j’essaye d’apprendre la culture, je planifie comment je vais la présenter, je prépare les séances photo. Je réussis souvent à faire plus que prévu, mais je termine chaque voyage sans une satisfaction totale. Il y a toujours quelques chose que je n’ai pas fait ou alors j’ai une bonne idée et je regrette de ne pas l’avoir fait avec une autre tribu. J’enregistre toutes mes pensées dans une simple application et je les reprend lors des prochains voyages. Chaque voyage est très enrichissant pour moi et c’est peut-être pour cela que c’est fascinant.

Y’a-t-il un message particulier que vous souhaitez transmettre ?

Je présente l’histoire authentique des gens et je la laisse pour une considération individuelle. Je n’ai pas de message à faire passer avec ce projet. Chaque personne a une histoire différente et pour moi c’est ce qu’il y a de plus important dans le projet. Je me focalise également sur l’esthétique. Je choisi les tribus qui m’ont fasciné avec leur beauté culturelle et que j’aimerai présenter. J’aimerai faire des photos qui ne se regardent pas en deux secondes et transmettre plus que ça. J’aimerai faire des photos dont les gens prendront le temps d’analyser quelques instants.

Tribu Konyak d’Inde © Adam Koziol

Que pensez-vous du fait que les tribus feront bientôt partie de l’histoire ?

C’est ma plus grande motivation. Je sais que je ne serais pas capable de faire certaines choses dans 5 ou 10 ans. Par exemple, durant mon dernier voyage à Taïwan, j’ai rencontré les deux dernières femmes Atayal qui ont le visage tatoué. L’une d’entre elles avait 103 ans, l’autre 108 ans. La plus jeune est décédée cette année. Ça a été une grosse expérience pour moi lorsque la famille d’Iwanu m’a demandé des photos d’elle pour les funérailles. J’ai senti que la grande tradition Atayal, vieille de plusieurs siècles, l’une des plus grandes tribus indigènes de Taiwan, était en train de mourir lors d’une petite cérémonie funèbre oubliée dans la civilisation actuelle. En novembre, elle était encore une femme joyeuse avec un esprit vif. Elle parlait de l’histoire de sa vie et de sa culture. Si j’avais visité Taïwan l’année suivante, il aurait été trop tard.

Quelle tribu vous a laissé l’impression la plus forte ?

Je pense que c’est la première tribu avec qui j’ai fait des photos, la tribu d’Iban m’a vraiment laissé une forte impression car elle a été un déclic. En dehors de tout cela, ce fut une grande aventure pour moi d’être autour du peuple Mentawai sur l’île de Siberut, proche de Sumatra. C’est une culture chamanique unique entourée de mystère. Je me suis senti incroyablement bien dans la tribu Konyak en Inde, la culture des anciens chasseurs de têtes, qui se sont convertis au christianisme et ont choisi l’amour. Cette foi incroyable, cette authenticité et cette ouverture envers les gens m’a beaucoup impressionné, ce qui a donné lieu à beaucoup de réflexion lorsque je suis rentré chez moi. Les tribus Mursi et Himba étaient des sujets esthétiques pour moi. Cependant, il m’a été difficile de les contacter plus étroitement et d’avoir une conversation paisible avec eux. En Indonésie, en Papouasie, la plus grand défi pour moi a été d’atteindre les villages les plus reculés et de rechercher des personnes portant le Koteka traditionnel. Le plus précieux pour moi est le fait que chaque tribu évoque différentes émotions, différentes histoires et chaque lieu m’a appris beaucoup de nouvelles choses.

Tribu Mursi d’Ethiopie © Adam Koziol

Aimeriez-vous vivre en dehors de la civilisation si vous le pouviez ?

Non je ne voudrais pas. Même si je pense à me faire construire une maison dans la forêt avec aucune autre construction à 4 km à la ronde, je pense que ma vie et mon métier ne seraient pas aussi bien si j’étais en dehors de la civilisation. Cependant, j’ai toujours rêvé de débarquer sur une île déserte et d’y survivre six mois. Ce serait un défi !

Où allez-vous aller pour la prochaine série de tribu ?

J’essaye d’avoir un permis pour entrer sur le territoire de la tribu Zo au Brésil. Cela nécessite beaucoup de permis que mon ami de Rio de Janeiro m’aide à avoir. Il a été fasciné par le project et est prêt à participer à celui-ci. J’espère qu’on pourra le faire. Je prévois aussi d’aller voir les femmes Dulong en Chine et surtout, ouvrir un chapitre en Papouasie-Nouvelle-Guinée où plus de cent tribus vivent et cultivent leurs traditions.

Tribu Mentawai d’Indonésie

Pour terminer, une petite anecdote sur l’histoire d’une tribu ?

Selon la légende, lorsque le roi birman s’est rendu dans la région habitée par des femmes de la tribu des Chin, cela l’a tellement impressionné qu’il en a enlevé une. C’est pourquoi les familles Chin ont commencé à faire des tatouages ​​sur la peau de leurs filles pour s’assurer qu’elles ne seraient jamais enlevées. Ainsi, les filles âgées de 12 à 14 ans ont le visage tatoué et les oreilles percées pour qu’elles puissent porter des boucles d’oreilles de plus en plus grosses pour pouvoir faire partie de la tribu. C’est un symbole de féminité et de beauté mais aussi un moyen d’éviter qu’elles se fassent kidnapper. C’était un processus vraiment douloureux, surtout au niveau des paupières et cela durait généralement toute une journée. Les tatouages ​​sont faits avec des feuilles, des pousses d’herbe et de la suie. Le mélange est appliqué sur le visage à l’aide d’épines de canne acérées qui blessent la peau pour créer un motif. Dans les années soixante, le gouvernement socialiste birman a interdit cette tradition. Les femmes sur ces photos proviennent de la dernière génération de femmes aux visages tatoués. Il existe peu de types de tatouages ​​Chin. J’en ai découvert et documenté trois sortes.

Tribu Chin de Birmanie – © Adam Koziol

Merci Adam Koziol d’avoir répondu à toutes nos questions. Pour retrouver l’intégralité de ses photographies de tribus rendez-vous sur son site internet.