La 49e édition des célèbres Rencontres d’Arles s’ouvre du 2 juillet au 23 septembre 2018. Le rendez-vous incontournable de la photographie propose cette année encore une programmation exceptionnelle et gigantesque tournée vers le changement de nos sociétés passées et présentes.

Rencontres d'Arles 2018

Affiche 2018 des Rencontres de la Photographie d’Arles

Imaginé en 1970, ce festival a accueilli l’année dernière un nombre record de visiteurs, avec 125 000 personnes. Ces Rencontres, connues dans le monde entier, forment un évènement exceptionnel pour tous les amoureux de la photographie.

Arles, ville de culture et de photographie, est un invité à part entière qui propose dans son enceinte d’exposer ces photos dans des lieux uniques. Mais c’est son maire, Hervé Schiavetti, qui en parle le mieux : « Comme la photographie argentique, le festival est une réaction chimique produite par le mélange d’un art encore récent et d’une ville inspirante, agité par une succession de talents. »

Rencontres d'Arles 2018

Séparation, 2006 © Adel Abdessemed

Près de 30 lieux différents accueillent les œuvres des photographes contemporains ou non, français ou non. Les villes de Nîmes, Marseille et Avignon proposent également des expositions. Mais surtout, le festival se développe progressivement à l’international, avec l’itinérance de nombreuses expositions aux Rencontres de Londres, d’Anvers et de Barcelone. Pour la quatrième année consécutive, le festival va également ouvrir ses portes dès novembre en Chine avec la collaboration Jimei x Arles.

La portée internationale du festival d’Arles, le directeur Sam Stourdzé y est très attaché : « Les Rencontres d’Arles – votre festival – s’affirment comme un lieu de partage et de découverte de la photographie dans sa diversité, mais aussi dans son acuité à regarder le monde. »

Rencontres d'Arles 2018

New York City, 1950 © Robert Frank

Six séquences découpent les expositions, avec en plus des dialogues, des émergences et des invités. Voici un rapide tour d’horizon pour avoir un aperçu du festival.

America Great Again

L’Amérique, au cœur de l’actualité internationale depuis l’élection de Donald Trump, est également présente aux Rencontres d’Arles avec le thème America Great Again. Robert Frank, Raymond Depardon, Paul Graham, Taysir Batniji et Laura Henno y exposent leurs œuvres sur les États-Unis, de l’après-guerre à aujourd’hui.

Rencontres d'Arles 2018

Home Away from Home, 2017 © Taysir Batniji

La photographe et réalisatrice Laura Henno vit et travaille en France. En 2007, elle avait déjà remporté le Prix de la Découverte à Arles. Elle revient onze ans plus tard avec sa série Rédemption, portrait d’une Amérique peu social dans le sillage de la Grande Dépression photographiée par Dorothea Lange.

Rencontres d'Arles 2018

Revon et Michael, Slab city (USA), 2017 © Laura Henno

Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi

2018 est marquée par la célébration des 50 ans des mouvements sociaux de Mai 68. Mais outre-Atlantique, c’est l’assassinat de Robert Francis Kennedy, le petit frère de John Fitzgerald Kennedy, qui a été remémoré cette année. Donné favori pour les élections présidentielles, il est assassiné le jour de sa victoire aux élections primaires de Californie, élections qui lui ouvraient la porte du Parti démocrate et de la Maison-Blanche.

Rencontres d'Arles 2018

Manifestation du 6 mai 1968. Reportages sur les barricades construites par les étudiants © Service de la mémoire et des Affaires culturelles.

Trois photographes ont souhaité lui rendre hommage avec la série The Train, le dernier voyage de Robert F. Kennedy : l’Américain Paul Fusco, le Néerlandais Rein Elle Terpstra et le Français Philippe Parreno. Mort en Californie, le cortège funéraire fait le voyage en train jusqu’à New York. Sur la route, pas moins d’un million de personnes sont venues lui rendre un dernier hommage.

Rencontres d'Arles 2018

RFK Funeral Train, 1968 © Paul Fusco / Magnum Photos

Les archives de 1968 ainsi que celles de l’aménagement du Delta du Rhône sont également à l’affiche aux côtés de Christoph Draeger et Heidrun Holzfeind qui documente le projet Auroville, communauté d’habitants en Inde.

Humanité augmentée

Cette séquence traite aussi bien de l’humanité dans son ensemble que de l’humain en individualité. Entre les hobbys photographiés par le collectif The Hobbyist, la religion avec Jonas Bendiksen et les nouvelles technologies de Matthieu Gafsou, l’Homme nouveau est au cœur des Rencontres d’Arles.

Rencontres d'Arles 2018

Neil Harbisson, atteint d’achromatopsie ne lui permettant pas de distinguer les couleurs, est muni d’une prothèse et se considère comme cyborg. H+, Munich, le 15 juillet 2015 © Matthieu Gafsou

La série Minuit à la Croisée des Chemins de Christina de Middel et Bruno Morais, en Une de cet article, propose quant à elle une vision mondialiste du continent américain, principalement entre l’Amérique latine et l’Afrique. Transportés par les Européens pendant les traites négrières, les Africains sont arrivés en Amérique du Sud après ce que l’on appelle à tort « Les Grandes Découvertes » pour exploiter les mines et cultiver les sols. Ainsi, l’histoire de ces deux régions du monde est à jamais liée. Malgré le racisme et les discriminations qui perdurent encore aujourd’hui, l’énergie africaine en Américaine latine est vivace et perceptible.

C’est ce qu’ont voulu transmettre ces deux artistes, tout deux divisés entre le Mexique et le Brésil. Et c’est par le prisme de la religion ancestrale qu’ils le racontent, racines profondes de la spiritualité africaine ayant traversée l’océan Atlantique.

Rencontres d'Arles 2018

Minuit à la croisée des chemins, Benin, 2016 © Cristina de Middel & Bruno Morais

Le monde tel qu’il va

Trois projets, trois pays différents, trois démocraties de façade. La Russie, la Turquie et la Chine sont au centre de cette séquence très politique.

Olga Kravets, Maria Morina et Oksana Yushko dévoilent la vie complexe de la capitale tchétchène, Grozny, secouée par les bombes il y a 10 ans. De l’autre côté de la Russie, Yinggang Guo documente la Chine et ses excès, avec sa série La Joie de la conformité, qui s’intéresse aux mariages arrangés.

Rencontres d'Arles 2018

Mère vantant les mérites de son fils célibataire sur une place à Shanghai, La joie de la conformité, 2015 © Yingguang Guo

Ce qui fait le plus écho avec l’actualité de ces derniers jours est le projet de dix-sept journalistes turques qui rendent hommage aux artistes, aux journalistes et aux intellectuels qui prennent des risques en Turquie pour exercer leur métier.

Ce voyage artistique nous transporte dans la Turquie d’aujourd’hui, de plus en plus sombre et brutale.

Rencontres d'Arles 2018

Çağdaş Erdoğan, Contrôle, 2015-2016 © Sinem Dişli

Les plateformes du visible

Ce que l’on voit est-il toujours réel ? Nous indique-t-il toujours la vérité ? C’est ce que ce titre évoque, et il est illustré par trois artistes travaillant sur l’image, sa puissance et ses dérives. Michael Christopher Brown, photographe américain, a documenté les funérailles de Fidel Castro, ancien révolutionnaire et chef d’État cubain décédé à la fin de l’année 2016. Avec lui, l’artiste français Christophe Loiseau travaille sur le droit à l’image avec des prisonniers de la Maison Centrale d’Arles.

Rencontres d'Arles 2018

Yo Soy Fidel, Cuba, 29 Novembre-4 Décembre 2016 © Michael Christopher Brown

Et c’est Gregor Sailer qui attire notre attention avec son Village Potemkine. Ce nom fait directement référence au village visité par l’impératrice Catherine II de Russie en Crimée en 1787. Le prince Grigory Aleksandrovich Potemkine a réaménagé spécialement pour la venue de l’impératrice un village miséreux pour ne pas lui montrer la pauvreté de l’endroit. Un lieu devenu propre et beau pour quelques heures, jusqu’à tant que le carton factice ne finisse lui aussi par pourrir.

Ce genre de comportement perdure encore aujourd’hui et le photographe autrichien le montre bien à travers une série photo prise entre 2015 et 2017.

Rencontres d'Arles 2018

Carson City VI / Vårgårda, Le Village de Potemkine Suède, 2016 © Gregor Sailer

Figures de styles

René Burri, William Wegman, Baptise Rabichon et Ann Ray composent cette séquence particulière où toutes les extravagances sont possibles grâce justement aux figures de styles.

C’est l’artiste William Wegman qui est à l’affiche de ces 49e Rencontres d’Arles. Artiste américain, il s’exprime à travers la peinture, le design, la photographie et la vidéo. Évoluant avec un Polaroidgrand format, l’instantanéité de ses photographies font le charme de sa série Être Humain. Ces braques, toujours au cœur de son travail, semblent indiquer qu’ils sont comme nous et que nous sommes comme eux.

Rencontres d'Arles 2018

Tamino et sa flûte enchantée, 1996 © William Wegman

Les dialogues

Deux artistes, deux projets, les dialogues des Rencontres mélangent des styles et des supports pour envouter les spectateurs.

Cette année, Jane Evelyn Atwood se mélange à Joan Colom pour capter la prostitution présente à Paris et à Barcelone. Jane est une artiste américaine venue à Paris dans les années 70 pour immortaliser le quartier de Pigalle, tandis que Joan est un Barcelonais qui a documenté dans les années 90-2000 les quartiers populaires de la capitale catalane.

Le deuxième projet audacieux mélange le surréalisme de Pablo Picasso et la Nouvelle Vague de Jean-Luc Godard. Ainsi, les captures d’écran des films de Godard dansent avec les tableaux du grand plasticien. Ces deux artistes ont marqué leur époque et leur art par leur imagination et leur audace. Bien qu’on ne puisse pas comparer leurs œuvres, on peut rapprocher leur succès et leur impact sur les sociétés.

Cette exposition fait référence aux 50 ans du Musée Picasso à Paris. Elle tente de nous faire réfléchir sur la place historique et symbolique de ces deux artistes au sein de leur propre discipline. D’autres artistes invités exposeront leurs travaux sur ce thème.

Rencontres d'Arles 2018

Collages de Jean-Luc Godard, années 1990, originaux perdus.

Autres évènements du festival

En plus de ces expositions, le festival propose bien d’autres choses, notamment le Prix Découverte permettant chaque année de faire découvrir de nouveaux talents. Dix projets sont donc sélectionnés et exposés pendant les Rencontres. Le prix du jury et le prix du public seront décernés pendant la première semaine d’ouverture.

Beaucoup d’autres invités sont à prévoir, avec notamment le Palais de Tokyo, la 3e Scène de l’Opéra National de Paris, les contemplations de Matthieu Ricard et l’architecte Simón Vélez, l’association du Méjan avec Adel Abdessemed, la carte blanche de Todd Hido ou encore les étudiants de l’École Nationale Supérieure de la Photographie.

Rencontres d'Arles 2018

20 rue de l’Yvette, 2017 © Baptiste Rabichon

Pour visualiser les lieux d’exposition, n’hésitez pas à vous rendre directement sur le site des Rencontres d’Arles.

Pour les tarifs, renseignez-vous dans nos informations pratiques et sur le site de l’évènement. Pour toutes informations concernant les stages photo, rendez-vous dans la rubrique Stages de Photographie et Photo Folio Review.

Informations pratiques
Les Rencontres de la Photographie d’Arles
Du 2 juillet au 23 septembre 2018

Forfait toutes expositions (une entrée par lieu, valable toute la durée du festival)
– Juillet/août : 35 € en ligne (42 € sur place en billetterie)
Tarif réduit : 27€ en ligne (34 € sur place en billetterie)
– Septembre (à partir du 27 août) : 29 € en ligne (36 € sur place en billetterie)
Tarif réduit : 24€ (31 € sur place en billetterie)

Forfait journée (une entrée par lieu, valable sur une journée)
– Juillet/août : 28 € en ligne (35 € sur place en billetterie)
Tarif réduit 23 € en ligne (30 € sur place en billetterie)
– Septembre (à partir du 27 août) : 26 € en ligne (33 € sur place en billetterie)
Tarif réduit : 21 € en ligne (28 € sur place en billetterie)

Badge semaine d’ouverture (Entrées limitées dans les expositions, du 2 au 9 juillet inclus) : 48 € en ligne (55 € sur place en billetterie)

À noter que le Musée Réattu et le parc des Ateliers sont des expositions hors forfaits qui demanderont un supplément.
Des œuvres sont également exposées à Nîmes, Marseille et Avignon.

Gratuit pour les Arlésiens, les moins de 18 ans, les personnes à mobilité réduite, les bénéficiaires de l’AAH, RSA, ASS ou ASPA.

Tarif réduit et autres tarifs : étudiants, demandeurs d’emploi, familles nombreuses, accompagnateurs de personne handicapée, Pass Carmillon, adhérent ADAGP.