Shutterbug, l’un des magazines photo anglophones les plus connus, vient d’annoncer la fin de sa version papier… ainsi que sa migration vers une formule 100% digitale.

Son rédacteur en chef, Dan Havlik, explique sa décision : « Shutterbug.com a connu une importante croissance au cours de ces dernières années, connaissant des pics de trafic et s’adressant à des photographes du monde entier. Nous pouvons maintenant consacrer nos ressources à l’accroissement de notre présence en ligne et produire davantage de vidéos, de contenus social media, mobiles et liés au e-commerce ».

En outre, la direction a vu s’envoler les coûts de production du magazine papier et a été confrontée à la baisse des ressources publicitaires. La production du support papier était tout simplement devenue non-rentable.

En France, comme aux États-Unis, de nombreux magazines ont également dû renoncer à la diffusion de leur version papier. On pense notamment au magazine Life, fondé en 1936 et ayant publié les travaux de nombreux photographes tels que Robert Capa, qui a cessé sa publication en 2007. Mais la transition de Shutterbug vers une édition 100 % numérique peut nous amener à nous interroger sur la relation qu’entretiennent la photographie et son support de diffusion. Traditionnellement, la photo était liée au papier, que ce soit pour l’édition des tirages ou pour leur diffusion sous forme de magazine.

L’arrivée d’Internet, et plus encore des réseaux sociaux, a eu un profond impact sur les usages autour de la photographie. Un nombre stratosphérique de photos sont produites chaque jour à l’aide de smartphones ; ainsi, ce ne sont pas moins de 95 millions de photos qui sont postées chaque jour sur le réseau social Instagram. La décision de Shutterbug de se recentrer sur ses activités numériques s’inscrit donc dans ce contexte de transformation de la pratique et de la diffusion du média photographique.

Mais contrairement à d’autres magazines, comme son homologue Popular Photography (qui a cessé toute activité après 80 ans d’existence), Shutterbug ne compte pas faire de son site Internet une simple boîte à archives géante. En effet, il servira bien à la diffusion d’articles et de tutoriels, mais propose également une démarche plus participative, en offrant la possibilité aux photographes de poster leurs images afin que celles-ci puissent être commentées par les autres utilisateurs du site, renforçant ainsi l’aspect communautaire de sa plateforme. Une boutique en ligne, permettant d’acheter du matériel photo et des goodies est également prévue. Nul ne sait si la version en ligne restera gratuite, ou avec une offre premium payante comme c’est le cas de plus en plus de médias en ligne.

Une démarche que nous ne pouvons que saluer… Et bientôt un modèle d’inspiration pour les magazines photo papier français qui souffrent de diffusions de plus en plus faibles, avec des revenus publicitaires en berne, et dont le web, sauf exception, n’est qu’une vitrine pour l’abonnement ?