Dévoilés en grande pompe lors du Mobile World Congress de Barcelone, les deux porte-étendards de Samsung, les Galaxy S9 et S9+, tentent de se démarquer sur le marché des smartphones haut de gamme par leur capteur à double ouverture. En effet, leur optique peut physiquement passer d’une ouverture f/1,5 à une ouverture à f/2,4. Retour sur cette nouveauté censée, selon Samsung, « réinventer la photographie mobile ».

Une première dans le monde de la photographie mobile

Les Samsung Galaxy S9 et S9+ se différencient par le nombre de capteurs photo embarqués. En effet, le S9 se contente d’un seul module de 12 millions de pixels, doté d’un objectif équivalent à 26mm, tandis que le S9+ embarque un double module photo (le premier équivalent à 26mm, le deuxième à 52mm). Pour les deux modèles, l’objectif grand angle dispose d’une double ouverture, une première dans l’univers de la photographie mobile.

En effet, les HTC U11 et U11+ sont munis d’une optique ouvrant à f/1,7, le OnePlus 5T de deux objectifs avec une ouverture à f/1,7, et l’iPhone X est doté d’une première optique ouvrant à f/1,8 et d’une deuxième ouvrant à f/2,4. Samsung devient ainsi le premier constructeur à opter pour un module photo à ouverture variable (ou, pour être plus précis, à double ouverture).

Pourquoi la double ouverture sur un smartphone ?

L’objectif de Samsung : accroître la qualité des images produites avec ses smartphones en augmentant la quantité de lumière reçue par le capteur. Pour cela, les S9 et S9+ vont privilégier l’ouverture à f/2,4 dans des conditions « normales » de lumière afin d’offrir des images plus « piquées » et bénéficiant d’une plus grande profondeur de champ. En revanche, quand la lumière vient à manquer, l’appareil bascule sur l’ouverture à f/1,5 afin de capter plus de lumière.

Ce faisant, la solution de Samsung viendrait répondre à un double défi. D’une part, améliorer la qualité des photos prises en pleine journée et proposer un rendu plus naturel, s’approchant des images produites par les appareils photo professionnels ; d’autre part, tenter de résoudre l’équation de la photo de nuit ou en faible lumière sur mobile, qui demeure l’un des plus grands défis posés à la photo sur smartphone. La lumière venant à manquer, leurs appareils ont tendance à jouer sur le temps de pose et sur la sensibilité du capteur… au risque d’obtenir une photo floue ou bruitée !

Avec le concept de double-ouverture, Samsung tente donc une approche orientée matériel, quand d’autres (comme Huawei notamment) dopent leur appareil à l’intelligence artificielle pour en accroître l’efficacité.

Mais une application plutôt limitée

L’emploi d’une moindre ouverture (ici, f/2,4) pourrait être intéressant dans le cadre d’une photo de jour pour éviter que les zones les plus exposées ne soient « brulées ». Cependant, la majorité des smartphones actuels adoptent un temps de pose plus court, évitant ainsi aux utilisateurs d’obtenir une photo surexposée. Ceci ne suffit donc pas à justifier, à lui tout seul, l’emploi d’une double ouverture.

En revanche, un autre argument pourrait entrer en ligne de compte : celui de la profondeur de champ. A f/2.4, la profondeur de champ serait (un peu) plus grande qu’à f/1.5. On pourrait ainsi utiliser l’ouverture f/2.4 pour de la photo de rue ou du paysage et opter pour l’ouverture à f/1,5 pour de la photo de portrait, afin de faire ressortir le sujet de l’arrière-plan.

Ouverture à f/1.5

Ouverture à f/2.4

Cependant, la taille des capteurs employés par les smartphones pose problème et relativise cette « avancée » technologique. Sur un appareil de type reflex ou hybride, la différence entre une photo prise à f/1,4 et une autre prise à f/8 sera très marquée en termes de profondeur de champ, grâce à un capteur plus grand (plein format ou APS-C).

Sur les smartphones, en revanche, les capteurs embarqués sont bien plus petits : aussi, la différence entre f/1,5 et f/2,4 sera très peu marquée. Même en employant l’ouverture à f/1,5, le sujet photographié ne ressortira pas de manière évidente par rapport à l’arrière-plan, raison pour laquelle les constructeurs rusent avec un mode portrait simulant une faible profondeur de champ grâce à un flou logiciel.

En outre, pour la photo de nuit, l’emploi d’une plus grande ouverture n’est pas une révolution en soi : l’écart entre l’ouverture à f/1,5 des Samsung S9 et S9+ et celle à f/1,8 de l’iPhone X est assez réduit. D’un point de vue strictement optique, l’écart entre l’ouverture des flagships de Samsung et d’Apple n’est donc que peu marqué.

Ce que la double ouverture promet pour la suite

Avec cette nouvelle fonctionnalité, Samsung cherche à produire la meilleure qualité d’image possible sur smartphone, et ce quelles que soient les conditions de luminosité et le contexte de prise de vue.

Pour le moment, le géant sud-coréen de l’électronique n’a pas encore trouvé la solution miracle, permettant de bénéficier d’une réelle ouverture variable (progressive) sur un smartphone comme sur un appareil photo traditionnel. Une avancée qui permettrait d’ajuster plus finement les réglages lors de la prise de vue (pose longue, contrôle des ISO, etc). Toutefois, avec ce concept, Samsung fait un pas dans la bonne direction…Peut-être à trop grand renfort de marketing.