Nicolas Bruno est photographe et directeur de studio basé à New York. Sa spécialité ? Reproduire ses cauchemars et les immortaliser en photo. Un travail imaginaire et angoissant que l’artiste nous présente.

Nicolas Bruno

Circondato © Nicolas Bruno

Non, vous ne rêvez pas, Nicolas s’inspire bien de ses cauchemars quand d’autres souhaitent plus que tout les oublier. Ayant des nuits agitées, l’artiste s’est concentré dessus pour pouvoir les exprimer au plus large public possible : « Mon travail se penche sur le monde du sommeil et des cauchemars pour exprimer la nature sombre de la paralysie du sommeil, un état de sommeil terrifiant qui hante des millions de personnes dans le monde entier. »

La paralysie du sommeil est une sorte de trouble du sommeil qui touche entre 1 et 6% de la population de façon régulière. Elle survient quand on est sur le point de s’endormir ou de se réveiller. On ressent alors une sensation d’immobilisme et d’impuissance pendant que notre esprit est sujet à des hallucinations auditivesvisuellestactiles ou kinesthésiques. En d’autres termes, on ressent une pression sur certaines parties du corps, on suffoque et on peut deviner la présence d’un mal ou de la mort. Dans l’impossibilité de bouger ou de crier, la panique nous envahit.

Nicolas nous explique son expérience comme étant « des rencontres cohérentes avec des silhouettes d’ombre au pied de mon lit. » Angoissant.

Nicolas Bruno

Incubus Print © Nicolas Bruno

Vers l’âge de 15 ans, le quotidien de Nicolas devient un enfer à cause de cette paralysie qui l’empêche de dormir et qui le terrorise avant d’aller dormir. Cette maladie est fréquente dans sa famille et serait donc surement héréditaire dans son cas.

Après des thérapies et des traitements inutiles, c’est grâce à un de ses enseignants qu’il décide de prendre en main son problème : « À la fin de mes années au lycée, mon professeur m’a encouragé à tenir un journal de rêves pour lutter contre mes expériences de paralysie du sommeil. Ce rituel est devenu la base de ce que j’ai commencé à poursuivre dans ma photographie. »

Nicolas Bruno

Malizia © Nicolas Bruno

En effet, pour pouvoir sortir de ce cercle infernal, Nicolas Bruno a eu l’idée de communiquer ses rêves et ses visions nocturnes avec le monde entier à travers ses photographies : « D’énormes épisodes d’insomnie et de rêves horribles m’ont plongé dans une sombre dépression, mais quand j’ai trouvé un moyen de communiquer mes expériences à travers mes œuvres d’art, mon monde s’est complètement retourné. Trouver ma voix à travers la création de mon imaginaire profondément personnel m’a donné le coup de pouce dont j’avais besoin pour persévérer et grandir en tant qu’artiste. Ces rêves servent de moteur à mes créations. »

Nicolas Bruno

Vincolo © Nicolas Bruno

Tenant toujours un journal de rêves, le photographe américain s’en inspire pour créer ses photographies à l’ambiance sombre et inquiétante. Cette base lui permet de recréer à l’identique des cauchemars ou bien de les assembler pour en faire une nouvelle photographie.

Les rêves ont généralement une signification qui peut être difficile à interpréter. L’artiste utilise donc des symboles différents pour nous faire passer des messages : « Les cordes décrivent la pression de liaison que je ressens sur ma poitrine et mon visage, alors que les échelles expriment la transition entre les domaines du sommeil et de la conscience. Ces deux domaines sont représentés à travers des corps d’eau trouble. Ces dispositifs évoquent tous des peurs et des tourments de l’esprit humain. Mes photographies me permettent d’exprimer ces idées et de les traduire de façon universelle au spectateur. »

L’expression de ces insomnies par la photographie a permis à Nicolas d’en réduire leur intensité : « Je me suis tourné vers l’art pour un remède thérapeutique, plutôt que de chercher des produits pharmaceutiques ou des thérapies coûteuses. Chaque jour qui passe, je suis capable de mieux contrôler ce qui se passe dans mes épisodes et de commencer à comprendre ce qui se passe en eux. »

De plus, ce projet lui a permis de faire décoller sa carrière de photographe, mais également d’alerter un maximum de personnes à l’existence de cette maladie qui hante les nuits de nombreuses personnes.

Nicolas Bruno

Approdare © Nicolas Bruno

En ce qui concerne les lieux de prise de vue, le photographe en connait la majorité grâce à ses souvenirs : « La plupart des endroits où je photographie sont des endroits que j’ai explorés dans mon enfance. Je me nourris de l’énergie positive et de l’inspiration dont mon enfance a été frappée, et je réutilise ces scènes comme toile de fond pour mes compositions. »

Les modèles ne sont pas des professionnels, mais des amis proches, des membres de sa famille ou bien lui-même. Tout ce travail est donc très personnel et très intime, aussi bien au niveau de l’inspiration qu’au niveau de la réalisation. C’est ce qui le rend touchant et attirant.

Le côté ancien et nostalgique de ces photographies est également dû aux différentes inspirations qui influencent l’artiste : « Je trouve une immense importance dans les domaines de référence dans l’histoire de l’art. La peinture, la sculpture, la couture et la mode ancienne sont toutes directement consultées dans la création de mon travail. »

Nicolas Bruno

Bersaglio © Nicolas Bruno

Nicolas Bruno utilise le reflex Nikon D810 et un objectif 50mm f/1.4. La préparation matérielle est primordiale pour le travail du photographe, qui passe entre 3 et 4 jours à préparer ses accessoires et ses costumes. Avant de photographier sur le lieu du shooting, l’artiste reproduit la scène dans son jardin pour visualiser le résultat et tenter de l’améliorer. Il attend ensuite un jour couvert ou pluvieux pour se rendre là où son imaginaire le guide et capturer la scène avec tous les décors nécessaires. Étant donné qu’il est son principal modèle, le photographe se sert d’un trépied et du minuteur de son appareil pour prendre des photographies. Ces séances photo durent environ une à deux heures et épuisent notre photographe qui dort déjà peu. Le processus d’édition est donc reporté au lendemain, bien qu’il soit assez minime.

À l’avenir, Nicolas souhaite continuer à utiliser cette source d’inspiration pour plonger le spectateur dans un épisode de paralysie grâce à la réalité virtuelle. Ainsi, le photographe pourra apporter son concept dans les écoles, les universités, les conférences et les lieux d’art pour pouvoir sensibiliser les futurs médecins et les experts en la matière. Le but est évidemment de trouver une thérapie efficace capable de garantir aux patients des nuits calmes et reposantes.

Nicolas Bruno

Bramosia © Nicolas Bruno

Nicolas Bruno se dit aussi intéresser par des expositions en France, mais également par des séances photo dans nos régions afin de sensibiliser le public outre-Atlantique. En attendant, vous pourrez visiter l’exposition solo du photographe à l’Haven Gallery de New York en 2019. Pour vous faire patienter, n’hésitez pas à visiter son site.