Le photographe naturaliste français Laurent Ballesta nous présente au Nikon Plaza son dernier livre intitulé 700 requins dans la nuit. Un voyage impressionnant dans l’atoll de Fakarava en Polynésie française au cœur d’une meute de requins gris et de mérous camouflages.

Laurent Ballesta

Mérous camouflage © Laurent Ballesta

Né en 1974 à Montpellier, Laurent arpente le monde à la découverte de poissons et de phénomènes marins surprenants. Après la baie des Anges, le Botswana, l’Afrique du Sud ou encore en Antarctique, le plongeur retourne en Polynésie française pour étudier le cycle de reproduction des mérous. Ces gros poissons, peu attirants au premier abord, vivent en solitaire tout au long de l’année sauf pendant cette période entre mai et juin où ils se retrouvent dans la passe de l’atoll de Fakarava en plein océan Pacifique.

Ce type d’île corallienne se compose de récifs-barrières où la terre habitable abrite en son centre un lagon paradisiaque. À Fakarava, 800 personnes habitent dans un village au nord relié au reste du monde par un aérodrome. Mais Laurent a l’habitude d’aller au sud où seulement trois familles d’une dizaine de personnes y vivent tout au long de l’année et accueillent les touristes. Cet îlot paradisiaque est classé Man and Biosphere par l’UNESCO, programme scientifique permettant de découvrir les beautés et les miracles de la nature tout en préservant l’environnement.

Laurent Ballesta

© Caroline Schoenfelder / Gombessa Expeditions

À Fakarava, une petite passe d’un kilomètre de long pour 200 mètres de large abrite une vie mouvementée, surtout en période de reproduction. En effet, vers la fin du printemps, les mérous, mais également les poissons-chirurgiens bagnards viennent y pondre et y féconder les œufs. Laurent Ballesta s’est vite aperçu que c’était l’opportunité pour réaliser son rêve toujours : faire une plongée de 24h.

« Je me suis dit que c’était le lieu idéal pour réaliser un vieux rêve que j’avais depuis longtemps, rester une journée et une nuit entière sous l’eau. Ici, je ne vais jamais m’ennuyer, comme un botaniste part dans une forêt, comme un alpiniste part dans une montagne. Il y a tellement de choses qui se croisent dans cette passe. »

En effet, pas moins de 700 requins gris, 18 000 mérous se donnent rendez-vous chaque année dans ce petit bout d’Océan Pacifique. Des raies léopards, des fusilleurs, des poissons-chirurgiens bagnards ou encore des murènes javanaises et bien d’autres s’invitent aussi à la fête.

Laurent Ballesta

© Laurent Ballesta

L’espèce qui intéressait le plus le photographe montpelliérain était le mérou camouflage. Étant donné que ce poisson vit seul une grande partie de l’année, des frictions sont courantes durant la période de reproduction, donnant des clichés impressionnants (ci-dessus).

La meute de requins, qui normalement se dispersent pendant la nuit, se rassemble dans ce petit passage d’eau de Polynésie pour chasser. C’est un endroit unique qui a permis à Laurent de prendre des photographies sublimes et de rapporter des données scientifiques inestimables. En effet, en plus de les avoir observés, filmés, photographiés, comptés et analysés, le photographe et son équipe de plongeurs ont placé des balises dans l’abdomen de quarante requins gris pour pouvoir comprendre leur mouvement et leur technique de chasse.

Laurent Ballesta

© Caroline Schoenfelder / Gombessa Expeditions

Mais ce qui l’importe le plus, ce sont les photographies, les belles images qu’il a pu prendre de ces spécimens en chasse. La première année de plongée, Laurent Ballesta n’était pas très rassuré en nageant à côté de ces centaines de requins affamés : « J’avais tendance à vouloir garder la horde derrière moi » nous confie-t-il.

Mais avec quelques années d’expérience, les plongeurs se sont rendu compte qu’ils n’étaient que des obstacles sur la route des requins gris qui ne s’attaquent pas à des proies plus grosses qu’eux : « Petit à petit, on a compris que nous n’étions pas des cibles, nous étions juste des obstacles dans leur course et dans leur chasse. Il faut rester serein pour vivre au cœur de la meute qui est une sorte de requin géant muni de 700 mâchoires. » Aucune morsure n’est à déplorer, à part sur les matériaux électriques qui excitent les animaux.

Ces requins ont été comme une surprise dans le projet de Laurent qui au départ voulait photographier en priorité la fécondation des mérous. Ce moment magique ne dure que 30 minutes et est très difficile à capturer, d’où les nombreux voyages effectués par le photographe.

Laurent Ballesta

© Laurent Ballesta

Ces photographies sous marines sont d’une qualité surprenante. Pour Laurent, la technique est simple : « le secret c’est qu’il n’y a pas de secret, il faut recommencer. » La lumière est également un élément important, puisqu’il faut être capable de recréer une pleine lune dans la nuit, naturellement blanche et éclairante. 9 plongeurs au total ont accompagné le photographe, dont des caméramans pour filmer le documentaire qui passera le 9 juin 2018 sur Arte, mais également des éclaireurs qui doivent nager à contre-courant en permanence en orientant correctement la lumière vers les poissons.

Le rendu est surprenant et pas aussi sanglant qu’on pourrait penser au premier abord. Et pour cause, Laurent Ballesta ne voulait pas montrer la cruauté de la vie sauvage sous-marine et faire quelques doubles pages terrifiantes, mais au contraire montrer la beauté de cette nature : « Ce n’est pas une violence gratuite. Sous l’eau, la vie sauvage est sans pitié, mais elle est sans haine, sans volonté de détruire. »

Laurent Ballesta

© Laurent Ballesta

Après plusieurs années de travail et 3 000 heures de plongées, l’artiste est reparti avec pas moins de 85 000 déclenchements. Il est très heureux d’avoir pu faire ce voyage et compte bien y retourner pour le plaisir cette année.

« Il y avait dans cette petite fenêtre magique toute l’énergie de cette passe, de ce point minuscule au milieu de l’Océan Pacifique où règne une énergie folle où il y a tout, l’innocence et la violence. Il y a aussi toute cette symbolique qui consiste à dire qu’un morceau de nature sauvage puissante existe encore . Au début ça m’a fait peur, maintenant ça me rassure beaucoup de savoir que ce genre de chose soit encore visible aujourd’hui. »

Laurent Ballesta

© Laurent Ballesta

Quelques photographies de Laurent Ballesta sont visibles au Nikon Plaza jusqu’au samedi 7 avril 2018 dans une exposition numérique. Son livre 700 requins dans la nuit est disponible. Ne manquez pas le film éponyme qui sera diffusé le 9 juin 2018 sur Arte !

Informations pratiques

700 requins dans la nuit au Nikon Plaza
Du 29 mars au 7 avril 2018
Au 99 boulevard Raspail dans le 6e arrondissement de Paris
Ouvert du mardi au samedi
De 10h à 12 et de 13h15 à 18h
Entrée libre