Des fresques byzantines aux graffitis de Banksy, des fables de La Fontaine aux œuvres de Platon en passant par les paroles du dernier album d’Orelsan, le travail d’un artiste est avant tout de nous délivrer un message, qu’il soit personnel, politique, religieux ou encore moral. Les causes et les dénonciations sont nombreuses, entre la pauvreté présente dans tous les pays du monde, la guerre, la famine, les femmes persécutées, les enfants maltraités, la communauté LGBT qui souffre… Alors qui sont ces photographes du monde entier qui se font remarquer grâce à leur engagement communautaire ?

La photographie pour aider les plus démunis

Le photographe Brandon Stanton du célèbre blog Humans of New York est également une grande figure de la photographie engagée. À travers ses portraits et ses petites histoires, il montre les visages cachés de cette ville hétéroclite qu’est New York. Le 20 janvier 2015, il y a donc 3 ans, Brandon photographiait Vidal, un élève de 13 ans d’une école située dans un quartier au fort tôt de criminalité dans le Brooklyn. L’enfant avoue au photographe que la personne qui l’inspire le plus est sa directrice d’école, Ms Lopez, qui prend le temps d’expliquer à chacun les conséquences de ses actes. Si quelqu’un échoue à l’école, c’est une nouvelle cellule de prison qui s’ouvre.

Grâce aux nombreux partages que la photo a reçus, Brandon est allé dans cette école pour discuter avec Ms Lopez et le reste de l’administration. Ils décident alors de lever des fonds pour permettre aux enfants de visiter un nouvel endroit et de sortir pour la première fois de leur quartier. Au lieu des 100 000 $ demandés, les donateurs ont fait grimper la cagnotte à plus d’un million de dollars. Depuis, une classe visite chaque année le célèbre campus d’Harvard, l’une des plus grandes écoles du monde. Une façon de donner envie aux élèves de travailler et de ne jamais renoncer.

"Who's influenced you the most in your life?""My principal, Ms. Lopez.""How has she influenced you?""When we get in…

Humans of New York 发布于 2015年1月19日

Dans un autre registre, la photographe sportive Dominika Cadu a publié un calendrier dont les fonds seront reversés à son association One Year Fund. Son but est de venir en aide aux jeunes sportifs qui n’ont pas les moyens de s’équiper et de s’entrainer correctement.

Pour ce nouveau calendrier, rien à voir avec l’almanach du facteur avec des chatons et des fleurs. Des athlètes, aussi bien des hommes que des femmes, posent nu(e)s pour la bonne cause. Vous pouvez acheter ce calendrier sur le site de la fondation One Year Fund pour 30,39€.

La photographie pour aider les enfants malades

Les levées de fonds sont également très importantes quand il s’agit d’aider des personnes atteintes de maladies rares. Les laboratoires ont besoin d’approfondir leurs recherches, mais sans moyen ils ne peuvent rien faire.
C’est pour cette raison que le photographe Benjamin Von Wong a échangé son appareil photo pour une caméra. Il a réalisé une vidéo racontant la vie ordinaire de la famille O’Neill jusqu’à ce qu’ils apprennent que leur fille était atteinte de la maladie de Sanfilippo. Cette maladie génétique est très rare. Elle entraine une dégénérescence nerveuse se manifestant dès l’enfance, empêchant rapidement l’enfant de parler, marcher, se nourrir… L’enfant développe des démences et perd ses aptitudes physiques et intellectuelles, à l’image de la maladie d’Alzheimer. Il succombe lentement et douloureusement pendant l’adolescence.

Pour pouvoir trouver une solution à cette maladie, les parents ont fait un appel aux dons sur la plateforme gofundme.com. En deux mois, près d’un million de dollars ont pu être levés. 4 ans plus tard, Eliza a 8 ans et ses parents demandent encore notre aide pour continuer les recherches et aider les autres enfants.

Benjamin Von Wong a réussi à rendre cette levée de fonds virale. Il a raconté une histoire poignante, a expliqué la solution simplement et s’est préparé aux questions des journalistes et des fans et il a partagé la campagne sur les réseaux sociaux. Une belle action qui a permis à Eliza de survivre.

Faire bouger les choses grâce à la photo

Stephanie Sinclair est une photo journaliste américaine fondatrice de l’ONG « Too Young to Wed » qui se bat contre le mariage des petites filles partout dans le monde. Toutes les deux secondes, un mariage forcé a lieu dans le monde.

Stephanie a donc fait le tour du monde avec cette ONG pour sensibiliser les populations contre cette pratique. Elle ne veut pas juger ni être injuste, mais elle souhaite mettre fin à ces pratiques. Stephanie a donc pris des photos et a également donné des appareils photo aux filles victimes de ces pratiques afin qu’elles capturent leur quotidien. L’ONU fait également appel à elle pour intervenir au niveau des États par le biais de campagnes de sensibilisation.

Mariage D'une Petite Fille Au Népal Stéphanie Sinclair

Mariage d’une petite fille au Népal © Stéphanie Sinclair

Au niveau local, on peut également mentionner l’engagement d’OB Gallery. Fondée par le photographe Olivier Bénier en 2016, cette galerie reverse 10% de ses gains à Aide et Action, une association permettant de mettre en place localement un système éducatif viable dans près d’une vingtaine de pays dans le monde, dont la Chine, le Vietnam, le Niger, le Mali, le Sri Lanka, Madagascar… Par l’accès à l’école et l’insertion professionnelle, cette ONG fondée en 1981 souhaite réduire la pauvreté dans le monde.

OB Gallery

OB Gallery

Mentionnons également les photographes qui rendent leur travail accessible à tous afin de donner la possibilité au plus grand nombre de s’exprimer. En 2011, le jeune artiviste (comme il aime se nommer) JR gagne le prix TED en Californie et lance un projet d’art participatif pour changer le monde, Inside Out. Chacun peut désormais faire placarder dans les rues de sa ville les portraits portant une cause en la renseignant sur le site d’Inside Out Project. Les portraits sont chargés sur le site, imprimés en noir et blanc puis envoyés au demandeur pour qu’il puisse les afficher dans les rues. Grâce à cette initiative, des milliers de personnes ont pu s’exprimer sur plus de 250 000 posters dans 127 pays différents. Par exemple, à Ciudad Juárez, des portraits de « visages oubliés » ont été collés pour rappeler les victimes des violences et des crimes trop nombreux dans cette ville mexicaine. À Lyon, des visages sont collés sur la rue de la République pour les 30 ans de la marche contre le racisme.

Inside Out Project en Jordanie « We are Arabs, we are humans » © Camlacaze

La photographie pour aider les réfugiés

La question des migrants est délicate en Europe depuis toujours. Beaucoup d’artistes, d’associations et d’avocats souhaitent leur venir en aide grâce à un soutien juridique, scolaire, financier ou simplement matériel. Le graffeur britannique Banksy a par exemple construit des habitations dans la Jungle de Calais.

À travers leurs images, les photographes peuvent également venir en aide à cette communauté fuyant la guerre et la pauvreté. Montrer la réalité de leur quotidien et raconter l’histoire de ces personnes est déjà indispensable pour faire bouger les choses.

Habitué aux portraits scolaires, le photographe Cyrille Bernon s’est rendu en mars 2016 dans un camp de réfugiés en Grèce pour y rencontrer les familles et surtout les enfants qui grandissent dans cette misère. Dans ce camp d’Idomeni, on compte pas moins de 5 000 enfants parmi les 13 000 réfugiés. La seule chose qu’ils demandent c’est l’ouverture des frontières vers la Macédoine pour aller en Europe du Nord. Cependant, ce pays vient tout juste de fermer ses frontières au printemps 2016 pour limite l’afflux de migrants.

Ces images ont choqué et ont fait la une. Cyrille les a exposées aux Rencontres d’Arles, mais également pour Amnesty International et le festival de la photo de Dax. Sous les photos, le photographe veut faire passer un message : « Ils manquent de tout, ils vivent au milieu des ordures et des excréments. Ils manquent de toilettes, de points d’eau, ils font des heures de queue pour avoir un bol de soupe ou voir un médecin… ».

Idoméni Cyrille Bernon

Enfant fatigué du long voyage jusqu’au camp d’Idoméni © Cyrille Bernon

En France, la « Jungle » de Calais a également fait débat. Malgré son démantèlement en 2016, il reste environ 600 migrants sur place selon les associations. François Legeait a participé au Festival Migrant’scène qui s’est déroulé du 17 novembre au 22 décembre 2017. Il y a exposé une série photo poignante montrant la misère de ceux qui sont restés et qui continuent d’affluer dans ce camp. En plus des conditions précaires, les réfugiés et les associations dénoncent des violences policières graves.

François Legeait est fortement impliqué sur la question des réfugiés et des populations délaissées. Grâce à la photographie, il souhaite montrer les conditions de vie extrêmement difficile de ces personnes qui sont loin de chez eux, que ce soit en France, en Palestine ou bien encore au Cambodge.

Calais François Legeait

Calais © François Legeait

La photographie pour donner la voix aux minorités

Ruddy Roye est un photojournaliste jamaïcain basé à Brooklyn. Il a récemment été élu « Photographe Instagram de l’année » par le Time. À l’instar de Humans of New York, Ruddy prend des portraits d’Afro-Américains pour expliquer dans la description les difficultés de leur quotidien. Il raconte la vie de ceux qu’on ne voit pas. Il veut faire réfléchir et surtout retourner les préjugés.

January 12, 2018 Shithole. A few days ago I was looking at all the trees that were being dumped into the streets – smiling at our backwardness – these decapitated stumps account for about 50% of the oxygen produced on earth. “Shithole,” he said. How do you create one? Rape the land and not just that, rape the people who inhabit those lands. Today my head was filled with the word. “Shithole,” he said and as I walked down Adelphi Avenue, I stepped over the detritus of human footprints – wastes, left to grow on our sidewalks like sculptures – statues that will undoubtedly be the makings of our “shithole.” I didn’t just photograph garbage, but refuse and trash with their own voices. I have to admit I was having fun trying to create something from the ugliness and then like on cue the street started to smoke and a man found himself trapped within the yellow caution lines. “Shithole,” he said. Earlier today I admitted to a friend that I didn’t have a silo of hope. I jumped on the C train with Mosijah and Iyeoshujah and headed to Manhattan. There was a young black man from one of the “shithole” islands of the Caribbean wearing a cap with a Viking prominent on the front. I looked away. Iyeoshujah showed me a book he was interested in and I planted my eyes within the leaves to ignore the eyesore which was everywhere. Casim was seated at 23rd Street panhandling, and as I headed up the stairs he yelled, “Teach them right.” “I can’t help it,” I hollered back. #whenlivingisaprotest #fujifilmgfx50s #fujifilmx_us @fujifilmx_us

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Rendons-nous maintenant en Afrique de l’Est, là où les minorités sexuelles ont la vie dure, le photographe Frédéric Noy est allé à leur rencontre. En Ouganda comme dans d’autres pays africains, les membres de la communauté LGBTI sont rejetés par leur famille. Pour les parents, leurs enfants gays sont considérés comme morts.

Dans un reportage, les modèles que Frédéric a photographiés expliquent leur passé, la réaction de leur famille, leur quotidien, la violence permanente et le rejet. La plupart sont hébergés chez des amis suite à leur expulsion de leur foyer familial. Cependant, ils n’arrivent pas à trouver un travail et une situation stable. Une grande partie n’a pas pu finir leurs études sans l’aide de leurs parents.

Frédéric Noy LGBTI

B. coud pour subvenir à ses besoins © Frédéric Noy

Évidemment, ceci n’est qu’une sélection de photographes, la liste est non exhaustive. N’hésitez pas à partager les travaux des photographes engagés que vous préférez dans les commentaires.

Voici les liens vers les sites des personnes citées tout au long de l’article : Dominika Cuda, Humans of New York, Benjamin Von Wong, Stephanie Sinclair, OB Gallery, Inside Out Project, Cyrille Bernon, Ruddy Roye et Frédéric Noy.