Le photographe et ethnologue Pierre de Vallombreuse revient au Musée de l’Homme à Paris pour exposer sa série sur le Peuple de la Vallée jusqu’au 2 juillet 2018. Un voyage fascinant en immersion avec les autochtones de l’île de Palawan aux Philippines.

Rien à voir avec un carnet de voyage ou des photos touristiques, le photographe ne veut pas nous donner envie d’aller faire du tourisme sur l’île, mais souhaite nous montrer une autre facette de l’humanité, un autre mode de vie. D’où le choix des clichés en noir en blanc, permettant aux spectateurs de se concentrer sur les humains et non sur le paysage.

Pierre de Vallombreuse Taw Batu

Vernissage de l’exposition Le Peuple de la Vallée

Lors de son discours d’ouverture de l’exposition, Pierre nous présente ce peuple nommé Taw Batu comme « des gens qui ont une grande sagesse, qui ont beaucoup d’humour aussi. C’est une très bonne façon de lutter contre l’égo. »

Taw Batu Palawan Pierre de Vallombreuse

Taw Batu © Pierre de Vallombreuse

Après avoir passé quatre ans cumulés en 18 voyages en compagnie de ce peuple des cavernes, le photographe nous expose ses clichés pour nous montrer leur vie, leur habitat, leurs coutumes, mais également pour prouver que la modernisation vient progressivement, même chez les habitants de la jungle.

Pierre de Vallombreuse

Vernissage de l’exposition au Musée de l’Homme

Pierre de Vallombreuse nous avoue qu’à travers ce peuple il a réalisé son rêve d’enfant : « Ce qui m’a vraiment nourri et structuré c’était le Livre de la Jungle, je voulais être Mowgli et chez eux j’ai pu être Mowgli. » Les Taw Batu, ou Hommes des Rochers, sont une ethnie d’environ 150 personnes vivant dans les cavernes de la vallée au sud de l’île de Palawan. Nomades, ils chassent et cueillent dans la jungle tout en changeant régulièrement d’endroit pour permettre à la faune et la flore de se régénérer. « J’ai été submergé, éblouie par cet habitat cavernicole, cette société vraiment passionnante et très poétique », nous confit le photographe.

Pierre De Vallombreuse

Dans les années 1990, ce peuple est perturbé dans son harmonie paisible lorsque l’État philippin commence à creuser une route sur la côte. Des milliers de Philippins achètent alors les terres des Taw Batu, envoyant par la même occasion des missionnaires protestants pour sortir les autochtones « des mains du diable ». La Vallée, qui n’avait ni chef ni religion, se voit alors séparée en deux parties : une vingtaine de convertis et les traditionalistes animistes. Ne voulant pas voir son peuple disparaitre, Pierre s’en va de l’île pour étudier d’autres peuples autochtones autour du monde.

Pierre de Vallombreuse

Après la mort de son père, le photographe ressent le besoin de retourner sur cette île et se recueillir parmi ce peuple si paisible. Quinze ans après les avoir quittés, Pierre revient sur l’île et constate que la modernisation n’a pas été si violente qu’il l’avait imaginée. Pour lui, ce n’est rien de plus qu’un « processus de changement qui est en marche avec ses qualités et ses défauts ». Outre les missionnaires qui ont divisé le peuple, des médecins améliorent l’espérance de vie de la population. Les Palawans ont intégré l’argent et ce qui va avec : les téléviseurs, les lecteurs DVD, les films, les enceintes portatives font maintenant partie des cavernes et de l’épaisse forêt. Des panneaux photovoltaïques approvisionnent la vallée en électricité.

Ce qui menace le plus l’écosystème de l’île et la survie du peuple Taw Batu reste cependant difficile à combattre. Des entreprises rachètent les terres pour en faire des cultures de cacao et d’huile de palme. Les Palawans sont alors réduits au rang de paysans, obligés de cultiver les terres pour ces entreprises. Certains songent à reculer vers les montagnes du centre de l’île. Cependant, leur vie est dans la Vallée depuis toujours.

Taw Batu Palawan Pierre de Vallombreuse

Déjà représentés aux Rencontres internationales de la Photographie d’Arles en 1988, les Taw Batu reviennent en France au Musée de l’Homme à travers des clichés d’une puissance rare. Sur les 43 peuples autochtones que le photographe a étudiés tout au long de sa vie, c’est celui-ci qu’il aime le plus : « Je vis totalement imprégné des Palawan », nous avoue Pierre de Vallombreuse.

Informations pratiques
Le Peuple de la Vallée de Pierre de Vallombreuse
Au Musée de l’Homme du 19 janvier au 2 juillet 2018
De 10h à 18h sauf le mardi
Tarif : gratuit
17 Place du Trocadéro
75116 Paris
http://www.museedelhomme.fr