Eirik Johnson est un photographe de Seattle, récompensé et exposé de multiples fois, qui pratique une photographie de paysage (et urbaine parfois), sauvage, épurée, isolée et/ou abandonnée. Et sa série « Barrow Cabins », simple et esthétique, illustre parfaitement son univers.

Durant l’été 2010, il part explorer les paysages côtiers et immenses de Barrow, la plus grande ville de la municipalité de North Slope en Alaska. Il en ramène des photos aérées et solitaires de « Cabins » : ces petites cabanes faites de murs en contreplaqué et en béton, agrémentées de vieilles palettes de bois ou des tôles récupérées sur une base désaffectée de la Navy, habillent l’horizon plat et désert.

Ces bâtiments de fortune servent en fait d’abri aux Iñupiat, un peuple autochtone et nomade d’Alaska qui voyage et revient à Barrow en été pour chasser le gibier d’eau et côtier, et en hiver pour le phoque. Ces habitations temporaires sont en effet dispersées dans la ville étendue de Barrow, sur les côtes de la Mer des Tchouktches (ou la Mer de Chukchi), bordant l’Océan Pacifique et représentant ainsi un point stratégique essentiel.

Après les avoir photographiées en 2010, Eirik Johnson revient donc en 2012, mais en hiver cette fois. Il décide de reprendre ces mêmes habitations en photo, selon la même perspective, le même angle, le même positionnement. Ne bénéficiant que de 4h de luminosité en 24h, il parvient cependant à refaire l’ensemble de sa série.

Opposées l’une à l’autre, les photos d’été et les photos d’hiver semblent symboliser un éternel recommencement, souvent interrompu par des changements brutaux. Quand toutes sont recouvertes d’une épaisse couche de neige, certaines cabanes se sont tout simplement volatilisées, des objets ont été déplacés, des fenêtres ont été réparées ou obstruées, etc. Au fur et à mesure, quand on les observe, on remarque les quelques détails qui témoignent bien des mois et des années passés.

© Eirik Johnson – « Barrow Cabins »

© Eirik Johnson – « Barrow Cabins »

« Barrow Cabins » se construit en fait comme une réflexion sur le temps qui passe, les saisons qui changent, se succèdent, et ne se ressemblent pas vraiment. Les images d’Eirik Johnson, simples mais détaillées, donnent à la fois une impression d’immensité, de vacuité mais aussi d’évolution, de changement, et donc, finalement, de vie qui passe. Le fait que ces changements soient si flagrants avec les paysages extrêmes d’Arctique ajoute de l’intensité à la série.

 

Si vous souhaitez découvrir un peu plus le travail d’Eirik Johnson, allez faire un tour sur son site internet.