Du 28 avril au 1er octobre 2017, le mémorial de Verdun organise sa troisième exposition temporaire depuis sa réouverture, après ses travaux de rénovation et l’installation de sa nouvelle scénographie, en février 2016. « Photographes de guerre – Depuis 160 ans, que cherchent-ils ? » est une exposition réalisée par le mémorial en partenariat avec l’ECPAD (Etablissement de Communication et de Production Audiovisuelle de la Défense) sur le métier de photographe de guerre, de ses débuts au XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui.

Phototrend est allé faire un tour au vernissage presse et vous livre ses premières impressions.

« Depuis 160 ans, que cherchent-ils ? » : une exposition sur ces héros anonymes

L’exposition du mémorial de Verdun mêle histoire et photographie pour se consacrer au travail, au quotidien et à la réalité de ceux qui ont choisi (ou non) de couvrir les conflits en images. Le but de cette exposition est de « savoir qui étaient ces hommes, quel sens donnaient-ils à leur quête », nous explique Edith Desrousseaux de Medrano, commissaire de l’exposition. Divisée en 4 sections, elle s’appuie sur le travail de 18 photographes, dont 3 issus du service de l’ECPAD (François-Xavier Roch, Janick Marcès et Sébastien Lafargue), des collections privées, des archives nationales et internationales et des supports de presse pour montrer l’évolution des pratiques.

Exposition "Photographes de guerre - Depuis 160 ans, que cherchent-ils ?" - Mémorial de Verdun

Exposition « Photographes de guerre – Depuis 160 ans, que cherchent-ils ? » – Mémorial de Verdun

Car, en effet, le métier de photographe de guerre n’a cessé d’évoluer depuis la deuxième moitié du XIXe siècle et ses pionniers dans la matière comme Roger Fenton jusqu’à aujourd’hui où le numérique ouvre la voie à une foule d’anonymes prêts à capturer et partager des images de zones inaccessibles et dangereuses. Le progrès technique a influencé le matériel, le rendant plus compact, plus rapide, moins coûteux, et donc plus accessible, mais aussi le travail des photographes.

Pour une telle exposition, le choix du lieu est primordial, et celui de Verdun est cohérent. Ainsi c’est « un lieu de mémoire réuni avec la recherche sur la photographie de guerre, tout en laissant une place à l’humain ».

Exposition "Photographes de guerre - Depuis 160 ans, que cherchent-ils ?" - Mémorial de Verdun

Exposition « Photographes de guerre – Depuis 160 ans, que cherchent-ils ? » – Mémorial de Verdun

Des pionniers et des photos posées…

Les deux premières parties de l’exposition, « Pionniers » et « Les yeux de 14-18 » couvrent la photographie de guerre des années 1850 jusqu’au premier conflit mondial. Elles regroupent un grand nombre de photos monochromes représentant des portraits, des recompositions figées de scènes ou encore des vues panoramiques de ruines, de champs de bataille après l’action et de victimes. Les appareils, qu’ils utilisent le procédé du calotype ou du daguerréotype, sont lourds, encombrants et lents, ne permettant pas de figer des actions en mouvement… Ce que l’on remarque bien avec les vieux appareils sur pied exposés!

Le photographe américain, Mathew B. Brady notamment, couvre la guerre de Sécession avec une équipe d’une vingtaine de photographes, à la manière d’une agence photo. Selon le New York Times, « il a apporté jusqu’à nous la preuve de la terrible réalité de cette guerre », donnant à voir ceux tombés au combat.

© Mathew B. Brady - Exposition "Photographes de guerre - Depuis 160 ans, que cherchent-ils ?" - Mémorial de Verdun

© Mathew B. Brady – Exposition « Photographes de guerre – Depuis 160 ans, que cherchent-ils ? » – Mémorial de Verdun (Library of Congress)

Le développement de la presse illustrée à la fin du XIXe siècle et son intensification avec l’arrivée de la Première Guerre mondiale participent de cet élan pour le reportage visuel, que ce soit par la photographie, la gravure ou le dessin (qui permet de représenter ce que la photo n’est pas capable de figer encore). Les images reconstituent des scènes (Jean-Baptiste Tournassoud) ou servent de témoin aux conséquences de guerre (comme les photos de ruines de Michel Gérald) et du quotidien des soldats (Edouard Brissy).

Exposition "Photographes de guerre - Depuis 160 ans, que cherchent-ils ?" - Mémorial de Verdun

© Jean-Baptiste Tournassoud – Exposition « Photographes de guerre – Depuis 160 ans, que cherchent-ils ? » – Mémorial de Verdun

La division entre photographes professionnels, travaillant au service de la SPA (Section Photographique de l’Armée) créée en 1915 et photographes amateurs qui cherchent surtout à témoigner de leur expérience à leurs familles, se dessine. Les premiers servent à la propagande nationale et étrangère, les seconds, malgré l’interdiction de se servir d’un appareil photo privé en zone de conflit, documentent leur réalité. Cette pratique est facilitée par l’arrivée d’appareils à pellicules plus compacts et maniables, bien que toujours coûteux.

© Edouard Brissy - Exposition "Photographes de guerre - Depuis 160 ans, que cherchent-ils ?" - Mémorial de Verdun

© Edouard Brissy – Exposition « Photographes de guerre – Depuis 160 ans, que cherchent-ils ? » – Mémorial de Verdun

… Aux photographes-acteurs du terrain et aux photos prises sur le vif

L’exposition poursuit sa trame chronologique avec les troisième et quatrième sections, respectivement appelées « Regards engagés » et « Témoins » et qui retracent l’évolution de la photographie de guerre depuis la guerre d’Espagne jusqu’à aujourd’hui. « La véritable césure se fait avec la Seconde Guerre mondiale qui est massivement photographiée par les soldats eux-mêmes et où les photographes de guerre cherchent à être au plus près de l’action« , nous explique Edith Desrousseaux de Medrona.

L’un des photographes les plus reconnus reste Robert Capa, fondateur de l’agence Magnum dès la Libération, figure symbolique de la génération de ceux qui s’engagent sur le terrain, suivent l’action, l’immortalisent, et militent avec leurs images dans le but d’influencer l’opinion. L’exposition lui réserve d’ailleurs un bon coin avec photos, échantillons de presse et livre à l’appui.

A lire : Le dessous des images : Mort d’un soldat républicain par Robert Capa

Exposition "Photographes de guerre - Depuis 160 ans, que cherchent-ils ?" - Mémorial de Verdun

Exposition « Photographes de guerre – Depuis 160 ans, que cherchent-ils ? » – Mémorial de Verdun

© Robert Caoa - Exposition "Photographes de guerre - Depuis 160 ans, que cherchent-ils ?" - Mémorial de Verdun

© Robert Capa – Exposition « Photographes de guerre – Depuis 160 ans, que cherchent-ils ? » – Mémorial de Verdun

Cependant, il n’est pas le seul et d’autres noms, qui peuvent paraîtrent moins familiers, s’imposent comme celui de la franco-tchèque Germaine Kanova. Armée de son Rolleiflex, elle est la première femme engagée au Service Cinématographique des Armées (SCA) et suit de nombreuses opérations militaires en fuyant le sensationnalisme et en offrant des photos composées plus intimistes du quotidien des soldats et des victimes.

© Germaine Kanova - Exposition "Photographes de guerre - Depuis 160 ans, que cherchent-ils ?" - Mémorial de Verdun

© Germaine Kanova – Exposition « Photographes de guerre – Depuis 160 ans, que cherchent-ils ? » – Mémorial de Verdun

© Germaine Kanova -Exposition "Photographes de guerre - Depuis 160 ans, que cherchent-ils ?" - Mémorial de Verdun

© Germaine Kanova – Exposition « Photographes de guerre – Depuis 160 ans, que cherchent-ils ? » – Mémorial de Verdun

L’exposition montre bien le saut révolutionnaire du numérique et d’internet avec sa partie consacrée aux photographes contemporains : les photos sont quasiment toutes en couleurs et n’incluent plus aucune scène reconstituée. Elles captent des instants, des scènes fugaces, dévoilant victimes ensanglantées et ruines encore fumantes. Ici, chaque photographe est représenté par 4 images qui représentent son parcours.

© Patrick Baz - Exposition "Photographes de guerre - Depuis 160 ans, que cherchent-ils ?" - Mémorial de Verdun

© Patrick Baz – Exposition « Photographes de guerre – Depuis 160 ans, que cherchent-ils ? » – Mémorial de Verdun

On ressent l’engagement plus actif de ceux qui couvrent les conflits, mais aussi les conséquences que peut avoir un tel investissement, qui peut vite se transformer en obsession. Comme le confie Patrick Baz, photographe pour l’AFP, « la guerre est une drogue. Né dans la guerre, au Liban, je l’ai toujours vécu au quotidien. J’avais besoin d’être sur le terrain, dans l’action. » Et puis, un conflit de trop finit par faire céder les plus passionnés.

Exposition "Photographes de guerre - Depuis 160 ans, que cherchent-ils ?" - Mémorial de Verdun

Exposition « Photographes de guerre – Depuis 160 ans, que cherchent-ils ? » – Mémorial de Verdun – Patrick Baz

Un hommage complet à un métier international

L’exposition se clôt avec le travail photo-documentaire d’Alizé le Maoult, photographe et réalisatrice qui a flirté avec la guerre pour la première fois lors d’un tournage de film à Sarajevo en 1992. Elle revient sur les mêmes lieux, 24 ans plus tard, en compagnie des photographes de guerre, hommes et femmes, ayant couvert ce conflit.

Avec sa série « A travers leurs yeux », elle réalise des portraits simples, de face, qui se concentrent avant tout sur le regard du photographe. Les faisant poser « dos à un mur », Alizé Le Maoult cherche à créer un symbole de la difficulté d’un tel métier mais aussi des conséquences des guerres qui font disparaître et réapparaître des villes. Parmi les portraits exposés (sélectionnés à partir des 70 capturés à ce jour), les visages déterminés des vivants côtoient les photos, posés sur le même mur, de ceux qui ont disparu afin qu’ils soient également présents.

Une exposition qui « met à l’honneur les hommes qui se battent mais aussi ceux qui donnent à voir, qui témoignent« , selon Alizé Le Maoult.

© Alizée Le Maoult -Exposition "Photographes de guerre - Depuis 160 ans, que cherchent-ils ?" - Mémorial de Verdun

© Alizé Le Maoult – Exposition « Photographes de guerre – Depuis 160 ans, que cherchent-ils ? » – Mémorial de Verdun

Informations pratiques
« Photographes de guerre – Depuis 160 ans, que cherchent-ils ? »
Mémorial de Verdun
1 avenue du Corps européen
55101 Verdun
Du lundi au dimanche, de 9h30 à 19h
Exposition temporaire seule : 5€ et 2€ en tarif réduit

Pour plus d’informations, allez sur le site du mémorial.