Avec sa série « Surveillance Landscapes », le photographe américain Marcus DeSieno a réalisé une véritable série artistique de paysages naturels… mais pas en se baladant en pleine nature l’appareil à la main. C’est en piratant, de chez lui, des caméras de surveillance à travers le monde entier qu’il a sélectionné et capturé ces images.

L’idée lui est venue lors de ses pérégrinations urbaines durant lesquelles il notait le nombre et l’emplacement du nombre de caméras et webcams, de plus en plus envahissantes dans l’espace public. Dans notre « monde post-Snowden » comme il le décrit, il remarque qu’aujourd’hui la question primordiale n’est pas seulement celle de l’atteinte à la vie privée mais aussi celle du symbole du pouvoir et de la domination.

© Marcus DeSieno - Surveillance Landscapes

© Marcus DeSieno – Surveillance Landscapes

En effet, qui dit caméra, dit observateur (direct ou non) : pour Marcus DeSieno, notre monde prend la forme du panoptique de Michel Foucault, cette prison carrée où tous les prisonniers peuvent être observés constamment par un seul et même garde situé dans une tour centrale. Il a ainsi voulu aborder ce thème en prenant le contrôle des caméras publics.

Cependant, plutôt que de s’immiscer dans l’intimité d’inconnus à travers des caméras cachés, il préfère se concentrer sur celles qui sont perdues en pleine nature, sans présence humaine aux alentours. En rassemblant des photos de paysages vides, il questionne la domination que l’Homme semble imposer, via ces caméras, à l’environnement lui-même.

© Marcus DeSieno - Surveillance Landscapes

© Marcus DeSieno – Surveillance Landscapes

Le photographe explique cependant que le plus difficile n’a pas été de pirater les caméras de surveillance, puisque de nombreux tutoriels en ligne dévoilent des méthodes pas-à-pas pour y parvenir. Mais au regard des 10 000 caméras qu’il a inspecté à travers le globe entier, la tâche la plus ardue a été de trier et sélectionner les images qui correspondaient le mieux à ses attentes.

© Marcus DeSieno - Surveillance Landscapes

© Marcus DeSieno – Surveillance Landscapes

En effet, Marcus DeSieno a cherché à collecter les images les plus éthérées et les plus nostalgiques de paysages à la fois isolés et impressionnants par leur vacuité et l’absence d’activité humaine. En résultent des clichés noirs et blancs, à l’aspect piqué et pointilliste qui donnent l’impression d’avoir été formées à travers un sténopé par exemple. Leur aspect faussement artisanal semble trancher ironiquement avec le moyen technologique moderne utilisé pour prendre ces photos.

© Marcus DeSieno - Surveillance Landscapes

© Marcus DeSieno – Surveillance Landscapes

Bien que très visuelles et mélancoliques, ces images n’ont pas été réalisées dans un but purement artistique mais aussi (et surtout) social et réflexif. Marcus DeSieno explore la façon dont la technologie, ici symbolisée par les vidéos-surveillance, modifie notre façon de percevoir les espaces et l’environnement et conforme notre vision de la géographie humaine. Les activités humaines sont en effet de plus en plus omniprésentes et quand elles sont absentes d’un paysage, ce dernier semble quand même être sous contrôle.

© Marcus DeSieno - Surveillance Landscapes

© Marcus DeSieno – Surveillance Landscapes

© Marcus DeSieno - Surveillance Landscapes

© Marcus DeSieno – Surveillance Landscapes

© Marcus DeSieno - Surveillance Landscapes

© Marcus DeSieno – Surveillance Landscapes

© Marcus DeSieno - Surveillance Landscapes

© Marcus DeSieno – Surveillance Landscapes

© Marcus DeSieno - "Surveillance Landscapes"

© Marcus DeSieno – Surveillance Landscapes

L’ensemble de la série « Surveillance Landscapes » se trouve sur le site personnel de Marcus DeSieno.