Dans le Chablisien, des vignerons ont dû faire appel aux éléments (le feu et l’eau) pour protéger les bourgeons des vignes contre les températures négatives de ces dernières nuits.

Aurélien Ibanez, photographe professionnel situé en Bourgogne, est un habitué des vignes. Habitant à Beaune, au coeur du vignoble de Bourgogne, elles sont pour lui « le décor quotidien » et il réalise beaucoup de photos et films pour le milieu viticole.

Cette nuit du 27 avril, il est sur le terrain pour photographier les vignerons occupés à protéger les pieds de vigne contre le gel printanier. Pour cela, deux méthodes sont utilisées :

  • l’aspersion : de l’eau est pompée et aspergée durant toute la nuit pour former un cocon de glace autour du bourgeon. Ce cocon, de manière étonnante, permet de maintenir la température du bourgon à 0°C alors que la température extérieure continue à descendre.
  • les bougies : des milliers de bougies, chaufferettes ou brûlots sont allumés dans les rangs de vignes pour maintenir une température positive.
© Aurélien Ibanez

© Aurélien Ibanez

Aurélien Ibanez partage avec nous son reportage photo et l’expérience inoubliable de cette nuit-là.

« Cela faisait plusieurs fois que je voyais quelques images prises par des confrères, de bourgeons enfermés dans leur cocon de glace et de bougies lors de précédentes gelées de printemps. Je voulais absolument voir ça un jour pour faire mes propres photos », nous explique le photographe.

Dans la nuit du 27 avril, les vignerons étaient prévenus qu’il allait faire jusqu’à -4 degrés et tout le monde était sur le pied-de-guerre pour protéger les vignes du froid. Equipé de son matériel photo, de vêtements chauds et d’un thermos de café, Aurélien Ibanez s’est donc rendu à 0h30 vers Chablis pour effectuer un reportage sur ces méthodes peu connues du grand public : l’aspersion des vignes d’eau et l’allumage de bougies dans les rangs de ceps.

© Aurélien Ibanez

© Aurélien Ibanez

« Je n’avais aucune idée de ce que j’allais trouver en arrivant. Je ne savais pas si ça allait être photogénique comme je l’imaginais, et surtout si techniquement j’allais pouvoir faire quelque chose. ». Pourtant, sur place, Aurélien Ibanez découvre vite un paysage étonnant.

« En arrivant sur place, je vois dans le noir complet du côté des Premiers Cru Montmains, un rectangle de feu qui scintille… Wow ! Ça fait bizarre !! D’habitude la nuit dans les vignes on ne voit que les étoiles scintiller ! »

« Je continue et monte sur le premier point de vue qui donne une vue d’ensemble sur le village et les vignes qui l’entourent. Je vois au loin des phares mais aucune autre vigne allumée. Sans doute encore un peu trop tôt. »

« Je redescends et m’approche du Climat Premier Cru Fourchaume car je sais que là je vais y trouver les systèmes d’aspersion d’eau. Je m’engage dans le chemin et descends de la voiture et je vois des dizaines de jets d’eau éclairés par les phares des camionnettes et des lampes torches de vignerons qui passent en revue rang par rang pour voir si les jets fonctionnent bien. Je décide de sortir le matériel, je déplie le trépied, il est environ 2h et là, la nuit de travail commence ! »

© Aurélien Ibanez

© Aurélien Ibanez

© Aurélien Ibanez

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« Après une bonne heure sur place à essayer de capter cette ambiance nocturne totalement incroyable de jets d’eau, de phares, le tout éclairé par la lune, je décide de me rapprocher de la colline des Grands Crus où doivent être installées les fameuses bougies. »

© Aurélien Ibanez

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« A partir de là tout s’enchaîne, les rangs s’illuminent tour à tour. En m’approchant des ceps, je sens la chaleur dégagée par le feu. »

© Aurélien Ibanez

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« C’est totalement incroyable de voir et de vivre cette ambiance ! Au premier plan des chaufferettes qui éclairent les rangs, au second plan l’église de Chablis illuminée et un peu plus loin sur la gauche des rectangles scintillants sur la colline des Grands Crus. Les vignes les plus prestigieuses de Chablis brillent ce soir comme des étoiles ! »

© Aurélien Ibanez

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« C’est à la fois magique, féérique mais… c’est un moment grave. Les vignerons que je croise et avec qui j’échange sont très inquiets de la tournure que prend cette nuit claire et glaciale… Toutes les vignes ne peuvent pas être protégées du gel et pour celles qui le sont il faut s’activer, à plusieurs, pour allumer toutes les chaufferettes avant le point le plus froid annoncé vers 5h. »

© Aurélien Ibanez

© Aurélien Ibanez

© Aurélien Ibanez

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« Dès le début de l’heure bleue, vers 5h45, je décide de retourner sur le point de vue que j’avais repéré en arrivant pour avoir une vue d’ensemble sur le village et ces milliers de bougies. Je fais quelques images au téléobjectif en attendant le lever du soleil. Mon cadre était prêt pour avoir le village, les vignes et le lever de soleil juste au-dessus, mais un nuage est venu perturber mes plans ! Le soleil est apparu bien plus tard. Le temps de boire un café, il fait jour, je redescends photographier les bourgeons pris dans la glace en macro. »

© Aurélien Ibanez

© Aurélien Ibanez

© Aurélien Ibanez

© Aurélien Ibanez

© Aurélien Ibanez

© Aurélien Ibanez

« Vers 8h du matin, je range le matériel pour repartir tandis que les bougies s’éteignent doucement et les rayons du soleil viennent enfin réchauffer l’atmosphère et faire fondre la glace. En repartant, des images plein les yeux et la carte mémoire, je réalise que j’ai passé une nuit à partager ce que les vignerons ont vécu pendant plusieurs nuits complètes de suite afin de protéger leur outil de travail. »

Le photographe partage volontier une anecdote sur cette nuit. « Les chemins et les rangs de vignes étaient tellement boueux, à cause des pluies de la journée et des aspersions, qu’à force de piétiner, faire des photos quasi à genoux, plier et déplier le trépied, mes vêtements et mon matériel étaient recouverts de boue ! Jusqu’au boitier et objectifs sans parler de la voiture, intérieur/extérieur ! Je ne pouvais pas poser mon sac à terre pour changer d’objectifs… Pas très pratique, surtout dans le noir malgré la lampe frontale. J’ai pris conscience de l’ampleur des dégâts quand il a commencé à faire jour ! Sieste et nettoyage des affaires en rentrant ! »

© Aurélien Ibanez

© Aurélien Ibanez

Aurélien Ibanez a utilisé un Canon 5D Mark III avec les focales fixes Canon série L (24mm f/1.4, 35mm f/1.4, 50mm f/1.2, 100mm f/2.8 macro et 135mm f/2) et le 100-400mm/4.5-5.6. Mais pour réaliser ces photos de nuit, les éléments essentiels et primordiaux sont le trépied et la télécommande.

Vous pouvez retrouver les photos de cette série sur sa page Facebook. Il y partage également quelques photos du moment, en attendant de finaliser son site internet.