La nuit du 31 décembre 2015, plusieurs centaines de personnes, majoritairement des femmes, se sont fait agresser aux abords de la gare de Cologne, en Allemagne. Depuis, plus de 200 plaintes ont été déposées, notamment pour agression sexuelle. Face à cet événement, l’opinion publique a été choquée, et une vague de protestation et d’indignation a parcouru les réseaux sociaux. Aujourd’hui encore, des photos circulent pour dénoncer les actes du 31 décembre. Cependant, une partie de ces clichés sont faux.

Déjà publiées il y a plusieurs années, illustrant d’autres événements, mises en relation avec des photos de personnes manifestant pour l’accueil des migrants… les photos relayées sur Twitter ou Facebook n’ont souvent rien à voir avec les agressions de Cologne. 

Captures d'écran de deux tweets relayant une fausse photo à propos des agressions de Cologne

Captures d’écran de deux tweets relayant une fausse photo à propos des agressions de Cologne

Cette photo a été relayée sur Twitter comme étant l’illustration des agressions de Cologne, permettant très souvent de servir le discours anti-migrants. Or, cette photo ne date pas du 31 décembre. Elle avait par exemple déjà été publiée en janvier 2014 dans un journal d’extrême droite avec une légende tout autre, « Un juif communiste (à gauche) crache sur une spectatrice ».

Capture d’écran de l'article "Communist Thugs Attack Police as Peaceful Austrian Nationalists Gather for Culture-filled Ball" du journal d'extrême droite Dailystormer

Capture d’écran de l’article « Communist Thugs Attack Police as Peaceful Austrian Nationalists Gather for Culture-filled Ball » du journal d’extrême droite Dailystormer

Et cette photo n’est pas un cas isolé. Autre exemple de l’instrumentalisation des images sur les réseaux sociaux : la publication sur Twitter de ces deux photos.

Capture d'écran d'un tweet illustré de fausses photos des évènements du 31 décembre à Cologne

Capture d’écran d’un tweet relayant de fausses photos des agressions de Cologne

L’une, d’une manifestante en faveur de l’accueil des réfugiés, l’autre, d’une jeune femme portant les stigmates d’une agression, le visage encore ensanglanté. Le parallèle est douteux, d’autant que cette seconde photo n’a rien à voir avec les agressions qui ont eu lieu en Allemagne. La jeune femme est en réalité Danielle Lloyd, agressée le 25 mai 2009.

Danielle Lloyd, après son agression le 25 mai 2009.

Danielle Lloyd, après son agression le 25 mai 2009.

Si les agressions du 31 décembre suscitent légitimement l’émotion au sein de l’opinion publique, elles sont également instrumentalisées par les personnes qui voient d’un mauvais oeil l’entrée des migrants en Europe. Certains vont même jusqu’à inventer des illustrations d’autres agressions, comme ici, avec un tweet publié le 10 janvier 2015.

Capture d'écran d'un tweet, relayant à nouveau une fausse photo d'agression en Allemagne

Capture d’écran d’un tweet, relayant à nouveau une fausse photo d’agression en Allemagne

« Deux filles de 14 ans violées par trois hommes syriens dans une petite ville d’Allemagne » : voici la légende de cette photo publiée sur Twitter. Et avec 1 400 retweets en deux jours, la photo se diffuse rapidement sur les réseaux sociaux. Pourtant, cette photo date d’avril 2012. Et loin d’illustrer un viol, elle a été prise après une agression au sein d’une école. Encore plus incroyable, ce n’est pas une petite fille, mais bien un jeune garçon sur ce cliché. Il avait été publié par le Dailymail le 26 avril 2012.

Preston Hodge, 14 ans, a besoin d'une chirurgie après avoir été battu et laissé inconscient par un camarade de classe de son collège à Enid, Oklahoma Crédits : DailyMail

Preston Hodge, 14 ans, a besoin d’une chirurgie après avoir été battu et laissé inconscient par un camarade de classe de son collège à Enid, Oklahoma Crédits : DailyMail

Les réactions sur les réseaux sociaux, notamment les photographies qui sont relayées, en lien avec les agressions de Cologne doivent donc être prises avec des pincettes. Comme souvent après des événements traumatisants, les réseaux sociaux sont les premiers relais de l’instrumentalisation. La méfiance est d’autant plus importante que très peu de clichés ont été pris lors des agressions le soir du 31 décembre.