L’exposition Paris Magnum révèle « les ravages du droit à l’image »

L’Observatoire de l’Image, créé en 1999 et qui regroupe des professionnels de l’image (agences photographiques, éditeurs de livres, éditeurs de presse magazine, iconographes et producteurs audio-visuels) a publié un communiqué de presse au sujet du droit à l’image en analysant l’exposition Paris-Magnum qui prend fin demain.

Selon elle, et c’est ce que l’on peut lire dans l’exposition, depuis les années 1990 les parisiens ont disparu des photographies de rue pour laisser place à des ombres, des dos ou des flous artistiques savamment travaillés pour éviter tout procès lié au droit à l’image. 

Nous avons décidé de repartager ici le communiqué pour sensibiliser le public à cette auto-censure qui est en train d’envahir les métiers de l’image, notamment la photographie de rue.

Les Parisiens peuplent les photos de Capa, Riboud, Cartier Bresson,… illustrant leur quotidien, au café, à l’usine, dans la rue…. Des visages durs témoignant de l’âpreté des grèves des années 30, laissent place à des visages radieux au moment de la Libération de Paris. La guerre d’Algérie, les manifestations de mai 1968, la libération de la femme et l’avènement de la mini-jupe, tous ces moments marquants de notre histoire, tous ces combats ont été menés par des hommes et des femmes, célèbres ou anonymes, et ce sont ces visages que nous donnent à voir les photographes, ces visages pris sur le vif, sans artifice qui sont la mémoire sociale et politique de Paris.

Puis plus rien à partir des années 1990. Des ombres savamment exploitées pour masquer un visage, beaucoup de dos et de flous artistiques pour éviter un procès en droit à l’image. Les rues parisiennes sont vides, déshumanisées. C’est une ville fantôme qui s’offre à nous.

Depuis 15 ans l’Observatoire de l’Image alerte les pouvoirs publics, les magistrats sur les dégâts d’une interprétation jurisprudentielle souvent extensive de la protection de la vie privée prévue par l’article 9 du Code Civil brandi par les anonymes pour interdire la diffusion de leur image, mais surtout pour en tirer un avantage pécuniaire.

La conséquence, nous l’avions prédit, c’est le principe de précaution et donc l’autocensure chez les photographes et chez certains utilisateurs.

Nous avons la preuve de ce que nous redoutions. Le photographe ne photographie plus la rue, pas plus qu’il ne peut prendre et diffuser des images sur la vie quotidienne des individus, quelle que soit l’image qu’ils renvoient à la société.

La juste reconnaissance accordée souvent par le juge au droit à l’information ne concernant que l’actualité immédiate, notre vision du monde est depuis 20 ans, comme le montre l’exposition, enserrée entre une marque de fraîcheur et une date de péremption.

Clément Saccomani, Directeur Editorial de l’agence Magnum Photos s’en inquiète : « Il est évident que la loi doit protéger les gens, mais dans un monde où chaque jour, des millions d’images sont publiées sur les réseaux sociaux… la loi doit également évoluer. Les photographes, et les photojournalistes sont des professionnels consciencieux et dont le but est de nous informer… le problème n’est pas forcément pour aujourd’hui, mais surtout pour demain, quelle trace allons-nous laisser aux générations de demain ? Comment témoigner et raconter pour l’Histoire, la France post-Charlie, si nous ne pouvons plus la photographier ? Il faut toujours faire très attention quand l’autocensure pointe le bout de son nez… »

Crédit photo : © Robert Capa / International Center of Photography / Magnum Photos

Fondateur et rédacteur en chef

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  1. Je suiss d’accord sur l’Essentiel SAUF QUE beaucoup de photographes continuent de faire de la rue, malgré un contexte juridique décourageant. Au lieu de se lamenter sur « le photographe qui ne photographie plus la rue », peut-être pourriez-vous mettre ne lumière les photographes de rue qui continuent de documenter l’espace public, malgré un milieu « beaux arts » qui méprise leur genre et des commentateurs (dont vous faites partie) qui font comme si ils n’existaient plus du tout!

    Bref.

  2. Moi aussi, photographe amateur, je me plains de ce stupide « droit à l’image ». Pourquoi ne pas vouloir être photographié ? Mes meilleurs photos comprennent des inconnus qui donnent de la vie à l’image. Et puis, de toutes façons, à chaque instant, des millions de photos sont prises, alors c’est une bataille perdue !

  3. Quand on regarde, au Canada, des reportages de la télévision française, ce qu’on voit, c’est la France défigurée, des visages effacés qui tournent souvent au ridicule l’image de l’être humain qui perd toute identité. Des corps sans tête… innomables… comme passant sous le tapis.

  4. bonjour, Je rejoins ceux qui pense que le droit à l’image est devenu complètement absurde depuis les années 90, ou pour un peu d’argent, quelques anonymes vont prétendre à un fictif préjudice, utopie. d’abord il est rare le photographe gagne beaucoup d’argent sur ces clichés.

    CECI DIT, je pousse un coup de gueule sur l’insolence de certains photographes qui prennent des clichés à la volée sans tenir compte d’aucun respect vis à vis des personnes qu’ils photographient. La politique du tout pour ma gueule. et pour ça je pense qu’ils faut pas hésiter à ouvrir sa gueule.

    CAR après tout si quelqu’un n’a vraiment pas envie de se faire prendre en photo c’est son droit, sa liberté et nous devons le respecter.

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