Pauline est la créatrice du webzine culturel The Arts Factory Magazine.

Voilà 30 ans que Jamel Shabazz documente la vie urbaine. Ses jeunes années de photographe passées à errer dans la rue de son quartier de Red Hook à Brooklyn lui ont permis de documenter la naissance d’un mouvement précieux : on est dans les années 80, c’est le début du hip hop.Jamel Shabazz1

Né à Brooklyn, bien avant que le plus peuplé des quartiers new yorkais ne soit connu pour ses endroits bobos de Williamsburg ou de Greenpoint, Jamel Shabazz a commencé la photographie à 15 ans. Adolescent, il capture les scènes quotidiennes de la vie qui l’entoure : celles de la rue et de son quartier.

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Dès les années 80, Shabazz procède à la street photography, cette performance qui documente la vie de personnes inconnues dans l’espace public qu’est la rue, un simple appareil photo en main. Favorisée dès les années 1890 avec des photographes comme Eugène Atget, la photographie de rue regagne l’intérêt des amateurs dans les années 2000, soit bien après Shabazz. Au delà de la rue, Shabazz exploite également le métro : « The subway is like my gallery », souligne le photographe. Tout comme Bruce Davidson à la même époque, Shabazz s’inspire de ce qui l’entoure, documentant de manière plus optimiste que son contemporain ce style de vie (lifestyle) qui commence doucement à prédominer dans son quartier, jusque dans le train qui l’amène sur Manhattan. Un style qui nous paraît aujourd’hui très marqué et labellisé nineties, tant il revient dans la mode actuelle : baggys taille haute, tshirts rentrés, grosses lunettes, le tout couronné d’un bob ou d’un béret en lieu de couvre chef.

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On pourra l’appeler photographe, anthropologue ou ethnologue : Même si Shabazz lui-même admettra qu’il ne faisait que prendre des photos avec son « petit appareil ridicule », il a documenté, sans le savoir toute une communauté de new yorkais à la naissance de ce mouvement culturel. Plus qu’un mouvement culturel, on pourra d’ailleurs parler du hip hop comme d’une révolution sociale, musicale et artistique. « Hip » c’est « cool » dans l’argot américain, « hop », le saut. « Hip hop », c’est donc ce mouvement cool qui fait avancer d’un point de vue social et artistique. Cette culture urbaine est apparue dans le Bronx à New York. Elle englobe musique, mode, arts et attitude. Une culture à part entière. C’est toute une nouvelle culture que Shabazz immortalise, comme d’autres l’auront fait pour la naissance du mouvement hipster dans ce même Brooklyn (voir la série de Matthieu Raffard pour Courrier International, numéro 1049 de 2010).

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Au delà de participer au mouvement de la street-photography, appareil photo en main, Jamel Shabazz est le photographe d’un moment, un moment qui se révèlera finalement éternel grâce aux 40 années de clichés documentaires qu’a pris l’artiste sur un nouveau genre qui n’a cessé d’évoluer depuis. Trois livres publiés, A Time Before Crack (2005), Back in the Days (2001) et Seconds of my Life (2007) montrent l’importance de documenter les scènes de la vie dans un temps donné et d’en montrer l’immortalité qui en découle.

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Jamel Shabazz a travaillé pendant vingt ans comme agent correctionnel à New York, il raconte avoir rencontré ce qu’il y a de pire chez l’humain, mais s’est toujours préoccupé d’y trouver le meilleur. Ses photographies montrent une grande intimité avec ses rencontres hasardeuses de rue. Une entente presque fraternelle se dégage des clichés du photographe traduits au travers des poses simples, bras croisées, regards défiants mais amicaux, ghetto blasters, gros médaillons et énormes bagues. Un style digne du Prince de Bel Air, sournoiserie en moins.

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