« En Afrique du Sud, la lumière est extraordinaire. » Voilà ce que nous a dit Ludovic Ismael lors de notre première rencontre. Il venait de photographier là-bas pour Deezer, le service d’écoute de musique en streaming à la demande. Curieux de savoir comment cette expérience s’était déroulé, nous l’avons interviewé et voici son témoignage.

Avant tout, présente-toi en quelques mots

J’ai 30 ans et je suis originaire de l’Ile de la Réunion. Je vis depuis 12 ans à Paris qui est pour moi un point de chute ou un point de départ, ça dépend des périodes. J’essaye de partir un maximum dans l’année.

Depuis quand fais-tu de la photo, quelles ont été les étapes importantes pour toi dans ton apprentissage ?

J’ai commencé la photo en voyage, il y a 5 ans jour pour jour. N’ayant pas eu d’apprentissage ou de formation photographique pure, j’ai appris en autodidacte lors de mon premier grand voyage en Australie, une destination à la mode qui avait l’avantage de proposer un terrain de jeu idéal en photo. C’est à ce moment là que j’ai acheté un appareil photo d’occasion, un Nikon D80. Oui, j’ai commencé en numérique!

La première étape importante a été mon photo blog « Un jour, Une photo » en 2010. Je n’ai pas forcément de talent d’écriture ni une prétention particulière à tenir un carnet de voyage, mais j’avais quand même envie d’informer mes amis et ma famille de mon périple car je partais pour au moins 1 an loin de tout.

J’ai décidé de raconter chaque jour de mon voyage en photo, mais toujours en apportant un angle original ou artistique… exercice difficile mais très intéressant ! Le blog a eu un beau succès et cela m’a apporté un peu de confiance pour aller plus loin, commencer à montrer des images, aiguiser mon oeil etc.

Il est encore visible à cette adresse.

Mais l’étape la plus importante a été ma rencontre avec des aborigènes, après 6 mois de voyage… J’ai eu la chance de vivre à leur côté et de les côtoyer pendant plus d’un mois. Un jour, le père d’une famille m’a invité à les photographier et ce fût la révélation.

© Ludovic Ismael

© Ludovic Ismael – ma toute première série photo, très perfectible certes mais sentimentale

J’ai été bouleversé par l’intimité et la confiance qu’ils m’avaient accordé, alors qu’ils vivaient dans la précarité et en marge de la société. C’était un privilège que je me devais d’honorer par la photo.

© Ludovic Ismael

© Ludovic Ismael

C’est à ce moment là que j’ai eu envie de raconter des choses à travers la photo, et d’en faire mon métier. Ma manière de voyager a radicalement changé.

© Ludovic Ismael

© Ludovic Ismael

Tu as récemment réalisé des photos pour la banque d’image de Deezer en Afrique du Sud, racontes-nous un peu cette expérience. Comment ce projet s’est concrétisé ?

Durant ces 2 dernières années, j’ai commencé à fréquenter les festivals et réaliser des portraits pour un projet personnel. Les festivals sont des événements fascinants ou les gens dégagent une certaine liberté qui se traduit par des expressions assez incroyables. Deezer a été intéressé par ce style photographique très « proche » des gens, en adéquation avec leurs valeurs. C’est comme ça que j’ai été contacté.

© Ludovic Ismael

© Ludovic Ismael

L’Afrique du Sud est réputée pour avoir une lumière unique au monde. Beaucoup de tournages se font là-bas pour des raisons purement esthétiques et/ou pratiques : on peut y shooter paysages sauvages, urbains, désertiques, lunaires… le rêve pour un photographe.

© Ludovic Ismael

© Ludovic Ismael

Sur cette série d’images, j’ai collaboré avec un réalisateur (Fabrice Coton de l’agence WOOW YOUR LIFE) et un directeur de la photographie (Alexandre Jamin) qui tournaient le film de la nouvelle campagne. Photo et vidéo étaient très complémentaires dans le workflow, avec les mêmes scénarios et modèles.

Les repérages étaient un point très important du process, et prendre le temps d’observer la lumière ultérieurement est quelque chose que j’ai pris très au sérieux, et qui m’a énormément aidé.

© Ludovic Ismael

© Ludovic Ismael

Le réalisateur tournait son plan avec les modèles, et je prenais juste à la suite des photos dites «lifestyle » ou vivantes, je leurs demandais de rejouer la scène, sans caméra certes mais avec moi devant en photographe.

© Ludovic Ismael

© Ludovic Ismael

Travailler avec des gens talentueux et passionnés a forcément tendance à te tirer vers le haut, aller plus loin que la commande initiale.

© Ludovic Ismael

© Ludovic Ismael

Est-ce que travailler pour une banque d’image d’une société est différent qu’un projet plus précis ?

Cette commande pour Deezer ne s’éloigne pas de ce que je fais en projet perso pour les festivals ou en voyage. Ils m’ont fait confiance jusqu’au bout, et ils m’ont surtout demandé de m’amuser comme je le fais en festivals ou en voyage, mais il y avait clairement un cahier des charges définis dès le début.

Quel matériel photographique as-tu emmené en Afrique du Sud ?

Je suis parti avec un Nikon D3s et un Nikon D700 (en appareil de secours). Mes optiques utilisées sont les trois focales fixes : 24mm f/1.4, 35mm f/1.4 et 85mm f/1.4.

Quels sont les sujets qui te plaisent actuellement, et sur quoi travailles-tu ?

En ce moment, j’adore shooter des portraits en studio, créer des ambiances avec de la lumière artificielle comme j’ai fait avec mon projet « Friends & Famous », pour lequel j’ai demandé à mes amis de s’imaginer comme une personne connue en couverture de magazine. Ou cet autre projet avec un « CGI artist », Nicolas Delille ou nous avons imaginé des fans de groupe de rock.

© Ludovic Ismael

© Ludovic Ismael – Friends & Famous

© Ludovic Ismael

© Ludovic Ismael – Friends & Famous

© Ludovic Ismael

© Ludovic Ismael – Rock heads

© Ludovic Ismael

© Ludovic Ismael – Rock heads

J’ai travaillé sur un un gros projet photo très personnel que je viens tout juste de terminer… ou j’ai embarqué un studio photo ambulant dans un festival ! La série s’appelle « Floating People » et a été réalisé au Burning Man, un festival artistique aux Etats Unis.

Les conditions étaient extrêmes mais j’ai pu mélanger lumière naturelle et artificielle comme je voulais.

© Ludovic Ismael

© Ludovic Ismael

Le résultat est à voir ici: Floating People.

Qui sont les photographes qui t’inspirent ?

James Nachtwey est sûrement le photographe que j’admire le plus, il va au-dela du reportage photo, j’ai des frissons à chaque fois que je regarde son travail. Il y a aussi Martin Paar, Lee Jeffries, Joey.L, Tom Hoops, Nick Brandt, Romain Laurent

Des projets ou des idées pour l’année 2015 ?

Peut-être me poser et concrétiser des idées photos à Paris que j’ai en tête depuis un petit moment. Ou partir vivre à Cape Town ! 😉

Quel photographe aimerais-tu que l’on interviewe ?

Un américain : Wesley Mann, un très talentueux portraitiste moderne comme j’aime. Je suis très admiratif de son travail !

Le mot de la fin

Je me rends compte à quel point les projets personnels sont très importants, car ils montrent ce que j’aime vraiment faire en photo, et c’est d’ailleurs ce que je regarde en premier dans le book d’un photographe.

Je dirai que l’avenir de la photographie, en tout cas pour moi, passera aussi par la collaboration au sens large du terme. Il y a tellement de matière autour de soi à photographier dans les métiers artistiques, ou même dans les histoires des uns & des autres, que ça en devient un terrain de jeu infini.

Merci pour l’interview, c’est un honneur d’être sur ce site !

Crédit photo de couverture : Fabrice Coton