Vous souvenez-vous du mythique Nikon FE ? Ce boîtier reflex argentique sorti en 1978 était à l’époque l’un des reflex les plus populaires chez Nikon. Il a marqué les esprits et c’est peut-être pour cette raison que Nikon s’en est inspiré pour son dernier boîtier full frame aux allures résolument rétro, le Nikon Df. Après Olympus et Fujifilm, c’est au tour de Nikon de se replonger dans l’esthétique des boîtiers argentiques d’antan.

Sorti à la fin de l’année 2013, et aperçu pour la première fois en France au Salon de la Photo 2013, le Nikon Df aux allures rétro intrigue. Doté du capteur full frame du Nikon D4, un 24 x 36 de 16Mpx performant dans les hautes sensibilités, cet appareil a été présenté comme un retour aux sources, à la photo authentique.
Qu’en est-il vraiment ? Est-ce que cet appareil va marquer les annales chez Nikon, ou témoigne-t-il d’une mode néo-rétro passagère qui au final dégrade l’expérience utilisateur ? C’est ce que nous allons voir dans ce test.
Prise en main et ergonomie
Le Nikon Df est disponible en deux couleurs : noir pour les discrets, ou argent pour ceux qui cherchent à mettre en avant ce côté rétro. Nous avons testé la version noire, couleur passe-partout.

Le boîtier pèse 765 g (avec batterie et carte mémoire) et avec ses dimensions (143,5x110x66,5mm) il se rapproche énormément d’un Nikon D610 plus fin et plus léger de 85 g. Comparé au Nikon D800, c’est 200 g de moins, et un appareil beaucoup plus compact. En mettant côté à côté le Nikon D4 et le Nikon Df, seul le capteur les rapproche, car le D4 pèse 575 g de plus et est beaucoup plus imposant !



En terme de prise en main, le grip est un peu petit comparé à un reflex classique. Pour les petites mains, cela ne devrait pas poser de problème, mais pour les autres, la poignée risque de ne pas être suffisamment profonde pour permettre une bonne préhension.
Le Nikon Df sera sans doute une claque en terme d’ergonomie pour tout utilisateur d’un reflex « moderne ». On aurait pu l’appeler « le retour des molettes » tellement celles-ci sont présentes sur le haut de l’appareil. Il y a quasiment une molette pour chaque réglage de base : vitesse d’obturation, compensation d’exposition, vitesse de la rafale, sensibilité ISO, mode d’exposition (M, A, S, P). On remarquera qu’il n’y a pas de mode automatique sur ce boîtier, ce qui montre déjà que ce dernier est destiné à une cible particulière.

Dès le premier usage, on regrette déjà quelques choix ergonomiques sur cet appareil. Le premier hic est la molette sur le devant de l’appareil qui permet de régler au choix l’ouverture ou la vitesse d’obturation en fonction du mode choisi. Cette dernière n’est pas orientée horizontalement comme les molettes classique que l’on trouve sur les reflex, et est très difficile à tourner. Je me suis d’ailleurs surpris à modifier les réglages de l’appareil pour ne plus avoir à utiliser cette molette, un comble en terme d’ergonomie.

Le deuxième hic est la molette de sélection de mode. Pour changer de mode (M, A, S, P), il faut la soulever et la tourner. Autant dire qu’il faut une main entière pour effectuer cette action, ce qui ralenti la manipulation.
Un petit conseil pour le réglage de la vitesse d’obturation : plutôt que d’utiliser la molette avec des valeurs graduées en IL entiers, je vous conseille à positionner la molette sur « 1/3 step » et d’utiliser la molette avant/arrière de l’appareil. C’est beaucoup plus pratique.


Le Nikon Df ne possède pas de flash intégré, il faudra donc faire un trait sur le débouchage des ombres avec un petit coup de flash, ou le contrôle d’autres flashs, ou s’équiper d’accessoires en conséquence.
Le viseur 100% ravira ceux qui aiment faire un cadrage précis. Par contre, le dégagement oculaire est un peu limité sur ce boîtier et les porteurs de lunettes devront donc se coller au viseur pour réussir à avoir tout le cadre.
Le dos du boîtier est quand à lui tout à fait classique, avec le même écran de 3,2 pouces que celui du Nikon D800. A côté de lui, on retrouve les boutons habituels des boîtiers Nikon.

Pour le stockage, l’appareil n’utilise qu’une seule carte SD, qui est accessible par la même trappe que celle de la batterie. Pourquoi ne pas avoir proposé un double slot SD sur un boîtier de cette taille ? Peut-être par manque de place.
Les menus de l’appareil sont similaires à ce qu’il se fait sur les précédents boîtiers de la marque Nikon. Les nikonistes n’auront donc pas de mal à s’y retrouver.
De manière générale, les constructeurs ont fait de gros progrès en terme d’ergonomie sur les derniers boîtiers reflex pour faire en sorte que les réglages tombent sous la main et se fassent oublier. Mais Nikon n’a pas choisi d’aller dans cette direction avec le Df. Ici, il est très difficile de toucher à un réglage sans sortir l’oeil du viseur, et c’est un gros point noir. Pour nous, Nikon a donc pris le parti d’imposer une ergonomie « pour le style ». Certains adoreront, mais pour d’autres ce choix est dépassé et se fait au détriment de l’utilisation sur le terrain.
Design et finition
Si l’ergonomie ne plaira pas à tout le monde, on peut au moins s’accorder sur le fait que c’est un bel objet. Le Nikon Df dispose d’un chassis en alliage de magnésium, ce qui lui permet d’être à la fois léger et solide. Il est d’ailleurs prêt à affronter les intempéries, avec de nombreux joints d’étanchéité au niveau des commandes et des différentes trappes. Les puristes vont cependant déchanter en apprenant que le revêtement en métal des séries F est ici remplacé par du plastique. En soit, ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose tant les derniers plastiques peuvent être solides, mais pour le prix du boîtier on aurait pu s’attendre à du métal, gage de solidité. Nous n’avons pas pu tester le boîtier sur la durée, mais il est fort possible que ce plastique se raye également facilement, notamment sous le boîtier. Les finitions sont plutôt bonnes, et le plus grand détail a été apporté aux molettes.
Ce boîtier, dédié aux photographes qui aiment les belles choses, vous fera sûrement passer pour un photographe « à l’ancienne » qui utilise encore des péloches et tout ça. Et c’est tant mieux, car lorsque vous photographiez des gens dans la rue, l’appareil joue beaucoup. Entre un vieil argentique et ce Nikon Df, pas de grande différence, à condition d’avoir une optique qui n’est pas trop tape à l’oeil. Les gens vous remarquent, mais pas de la même manière, et très souvent on vous prendra pour un artiste plutôt qu’un paparazzi. C’est donc un appareil recommandé aux photographes de rue qui pourront plus facilement se fondre dans la foule sans se faire trop remarquer, et ainsi obtenir des images plus naturelles.
Avec la sortie du Nikon Df, le constructeur japonais a également annoncé un kit avec objectif à focale fixe 50 mm f/1.8G édition spéciale doté d’une bague argentée. Rien ne le différencie du 50 mm f/1.8G classique, si ce n’est son style qui va un peu mieux avec le Nikon Df. On aurait pu s’attendre à un f/1.4, mais la note du kit aurait été beaucoup plus salée. A noter également qu’il n’est pas possible de régler l’ouverture de manière manuelle sur l’objectif, un comble pour un objectif « rétro ».
En regardant en détail le bouton du déclencheur, on remarque un filetage pour utiliser un déclencheur souple, le Nikon AR-3. Encore un accessoire rétro qui plaira à certains.

Amateur de style rétro, le Nikon Df a bon sur toute la ligne, si ce n’est sur la face arrière, qui a l’obligation d’être un peu moderne avec un écran et les quelques boutons obligatoires.
Après ce rapide tour du propriétaire, intéressons-nous désormais aux performances de l’appareil.
Performance et qualité d’image
Le Nikon Df est présenté comme le fils prodigue de la photographie. En empruntant diverses caractéristiques aux autres boîtiers de la gamme, Nikon a ici essayé de créer un boîtier équilibré et performant. Qu’en est-il dans la réalité ?
Pour rappel, le Nikon Df est doté du capteur full-frame de 16 Mégapixels qui équipe le D4. Il dispose du même processeur Expeed 3 qui équipe les D800, D600 et D4 et emprunte le moteur AF du D600, un peu plus étroit rapport à celui du D800 (39 points AF contre 51 points pour le D800).
Performances
De manière générale, l’appareil est très réactif, que ce soit à l’allumage ou à la prise de vue. La mise au point se fait rapidement en utilisant la visée optique. Nous déplorons cependant l’absence d’une lampe d’assistance AF pour aider à la mise au point dans la pénombre. Personnellement je ne l’utilise pas souvent car je trouve que ce n’est pas du tout discret, mais c’est quand même un accessoire utile dans certaines conditions.
Comme pour de nombreux reflex, nous ne recommandons pas la mise au point auto à l’aide du mode LiveView, surtout pour des sujets mobiles : la fonction n’est toujours pas complètement au point et agréable. D’ailleurs, dès que la luminosité baisse, la mise au point du mode LiveView a du mal à accrocher le sujet. (Mal)heureusement, ce problème ne touche pas que le Df mais bien d’autres boîtiers.
Le Nikon Df possède une rafale de 5,5 i/s, ce qui est tout à fait honnête, mais ne suffira sûrement pas aux photographes de sport.
Pour les journées très ensoleillées (et surtout avec des objectifs lumineux), la vitesse d’obturation maximale est de 1/4000s, comme pour le Nikon D600. On aurait bien aimé avoir quelque chose d’un peu plus rapide, le D800 allant ici jusqu’à 1/8000s.
Nikon misait beaucoup sur le bruit du déclencheur du Df dans sa communication, et je tiens à dire qu’il est plutôt silencieux comparé aux autres boîtiers que j’ai utilisé dernièrement. Il est d’ailleurs moins bruyant que le Sony A7 et le D800.
Au niveau de l’autonomie, le Df utilise les mêmes batteries EN-EL14e que le D5300. Si vous vous attendez à une autonomie assez faible, vous serez surpris de savoir que l’appareil se débrouille très bien, avec une autonomie annoncée de 1400 photos. Nous n’avons pas pu faire des tests précis à ce niveau tant il est difficile d’estimer l’utilisation d’une personne (écran allumée ou éteint après chaque prise de vue, usage de l’autofocus continu ou pas, visée LiveView, etc…) mais nous pouvons dire que la batterie ne s’est pas déchargée rapidement. Un très bon point, mais pensez tout de même à acheter une seconde batterie pour être couvert, notamment lors des sorties, expéditions ou voyages un peu plus longs.
Passons maintenant à ce qui intéresse tout le monde : la qualité d’image du Nikon Df.
Qualité d’image
Comme nous l’avons vu plus haut, le Nikon Df dispose du capteur CMOS 24×36 de 16,2 Mégapixels qui équipe également le Nikon D4. Nous avons testé l’appareil avec trois objectifs à focale fixe : le Nikkor 28 mm f/1.8G, le Nikkor 50 mm f/1.8G et enfin le Nikkor 85 mm f/1.8G.
Dans l’ensemble, la qualité d’image du Nikon Df est tout simplement excellente, avec un très bon rendu des couleurs. Couplé aux focales fixes 1.8 de la marque, le piqué est exceptionnel et le résultat est très propre. Sur quelques images prises avec le 85 mm à pleine ouverture, on aperçoit quelques aberrations chromatiques, mais ceci est plutôt lié à l’objectif et non au boîtier.
Puisque les images valent mieux qu’un long discours lorsque l’on parle de qualité, voici quelques photos prises avec le Nikon Df. N’hésitez pas à cliquer sur les photos pour avoir une version 100% de l’image en JPEG (cela peut mettre quelques secondes à charger en fonction de votre connexion internet).
Le Nikon Df, roi des hautes sensibilités
Aujourd’hui, les derniers capteurs ont fait d’énormes progrès en terme de gestion des hautes sensibilités. Il n’est désormais pas rare de pousser dans les hautes ISO et prendre une photo alors qu’à une époque, le photographe se résignait à ne pas prendre cette photo, ou utilisait un trépied.

Le Nikon Df marque les esprits à ce niveau et s’en sort superbement bien dans les hautes sensibilités. Sa plage ISO va de 100 à 12800 ISO (et peut s’étendre de 50 à 204800 ISO). DxoMark l’a même nommé le champion des basses lumières, en surpassant le Nikon D3s jusqu’ici sur le trône. Lors de notre test, nous avons vraiment été surpris par la qualité des images en basse lumière, et même à des sensibilités très élevées (on parle ici de 12800 ISO et plus !).
Voici par exemple une vue à 100% à différentes sensibilités, cliquez dessus pour la voir en grand :
Sur cette image, on observe que jusqu’à 12800 ISO (H1), le bruit est très bien contenu. De 12800 ISO à 25600 ISO, cela reste encore réellement exploitable, et au delà de 51200 ISO (H3) la qualité se dégrade très vite. Voici quelques images également réalisées avec des ISO élevées, n’hésitez pas à regarder les versions 100% pour vous faire une idée.
Le Nikon Df fait donc des merveilles dans les hautes sensibilités et gère particulièrement bien le bruit. Pour nous, c’est le compagnon idéal pour les noctambules qui aiment photographier dans des conditions de faible luminosité.
Conclusion
Après avoir testé le Nikon Df, nous avons du mal à donner raison à Nikon pour certains choix faits sur ce boîtier.
Certes les images obtenues sont d’une très bonne qualité et le Nikon Df se distingue spécialement en situation de basse lumière.
Mais l’ergonomie nous a fortement déplu. Comme nous le disions plus haut, l’objet est beau et Nikon nous montre qu’il est possible de créer un boîtier reflex avec un certain style. Malgré tout, au moment de la prise de vue, la facilité d’utilisation et l’ergonomie compte bien plus : difficile de vanter les mérites des molettes datées… L’ergonomie des appareils photo a fait de gros progrès depuis le Nikon FE et nous ne pouvons pas conseiller cet appareil à des personnes qui souhaitent sérieusement faire de la photographie.
Nous sommes cependant convaincus que ce boîtier, malgré son prix, trouvera son public, notamment les personnes à la recherche d’un appareil moderne au look et à l’ergonomie résolument rétro, et pour qui il est avant tout important de posséder un bel objet.
Le Nikon Df a été lancé en kit avec un 50 mm f/1.8 en édition limitée pour un prix conseillé de 2799€ à la Fnac. Il est aujourd’hui disponible en occasion sur MPB.