Martin Parr est un photographe anglais, mondialement célèbre pour son approche originale du documentaire.

JAPAN. Miyazaki. The Artificial beach inside the Ocean Dome. 1996.

Né en 1952 près de Londres, Martin Parr découvre la photographie à l’âge de 13 ans, encouragé par son grand-père lui-même photographe amateur. Il rejoint la Manchester Polytechnic où il poursuit des études de photographie, et s’intéresse au travail de Bill Brandt et de Cartier Bresson. Très vite, son travail photographique prend pour fil rouge la chronique sociale : il s’intéresse au mode de vie des anglais et particulièrement à celui de la classe ouvrière.

En 1982, il publie son premier ouvrage “Bad Weather” traitant de l’ennui. Quelques mois plus tard, il abandonne définitivement le noir et blanc : il ne photographiera plus qu’en couleur et sous forme de séries. L’une de ses séries les plus célèbre, Think of England, montre son ambiguïté vis-à-visl’Angleterre, entre admiration et répulsion. Son travail est une vaste étude de la société occidentale et des effets de la mondialisation. Il tourne en dérision le consumérisme et notamment le tourisme avec beaucoup d’ironie et de justesse. Par la suite il publiera plus d’une trentaine de livres et participera à d’innombrables expositions.

En 1994 il devient membre de la coopérative Magnum Photos. Son approche provocatrice envers le grotesque du quotidien lui procure une renommé internationale ainsi que de nombreux prix. Depuis 2004, il enseigne la photographie à l’Université de Wales Newport.

Qu’est ce que ses photographies ont de particulier ?

A première vue, ses images pourraient faire penser à n’importe quelles photographies de vacances. En regardant de plus près, on y voit des détails perçants qui donnent à l’image tout son sens : des gestes, des expressions ou des actions qui sont révélatrices d’un aspect de notre société. Les scènes sont toujours décalées, mais avec beaucoup d’humour. Au fond, ces scènes du quotidien mettent en évidence l’absurdité de nos sociétés de consommations : regardez cette dame qui souhaite avoir sa promotion pour les bières, son expression est proche d’une réaction de survie. Cela fait penser aux scènes de foules au moment des soldes.

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« Les photographes de Magnum partent en croisade photographier la famine et la faim […], en ce qui me concerne je vais au supermarché du coin, c’est ma ligne de front ».

L’exemple le plus significatif est dans sa façon de décrire les foules et le tourisme. Il montre ainsi le contraste entre attentes et réalités : parfaite illustration du consumérisme moderne.

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Cet effet d’ironie et d’humour est traduit en partie par l’utilisation de gros plan sur des détails ou des visages qui se déforment et créent le grotesque. Le photographe utilise également à plusieurs reprises l’autodérision en se prenant lui même dans des pauses “clichées”. Cette critique s’applique aussi aux spectateurs qui peuvent se reconnaître tellement ces scènes sont ordinaires : on hésite alors entre les rires ou les larmes.

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« La photographie peut ainsi jouer son rôle de critique sociale et bien sûr politique. Il s’agit d’ouvrir les yeux sur ce qu’il se passe. Pas en balançant le tout à la gorge du public, en le divertissant. Il y a une portée humaniste dans mon travail, mais j’essaie de la déguiser pour rendre tout cela plus facile ».

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On est proche du documentaire ou de l’analyse sociologique. Ce n’est pas une photographie à la recherche d’un esthétisme mais au contraire, à travers les séries, il cherche quelque chose d’humain et une certaine vérité, même si elle a mauvais goût. Il nous le fait ressentir avec son style si caractéristique : des couleurs criardes, le kitsh, son utilisation systématique du flash direct en plein jour, etc. La couleur est un élément essentiel de sa photographie, il se refuse même à repasser au noir et blanc.

“La couleur est plus importante pour moi. Le cadrage est juste un moyen de mettre en valeur ce qu’on pense être important dans l’image.”

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« Une fois que la couleur est arrivée, changeant tout, on ne pouvait pas revenir en arrière. Je n’y ai même pas pensé […] Sa principale qualité était d’être de son temps. C’est aussi le propre de la photographie. On ne peut pas passer sa vie à refaire des clichés de caravanes, ce serait une idée dépassée. Notre monde est dur et intéressant, en couleur. »

Un autre sujet qui fascine beaucoup Martin Parr est l’ennui. Se décrivant comme hyperactif, il est intrigué par la banalité, le vide ou encore ces scènes de couple qui en apparence n’ont rien à se dire ou à partager.

« Je ne connais pas l’ennui, j’ai trop à faire […] Mais je vois des gens qui ont l’air de s’ennuyer, comme dans les riches banlieues suisses ou à Stockholm. L’ennui n’existe pas dans les banlieues de Bombay ! »

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Sa fascination pour la culture Angleterre oscille entre admiration et dégoût  Ces images sont parfois drôles, caricaturales, cruelles mais toujours justes. Son talent est de prendre suffisamment de recul pour capter des détails auxquels on ne prête pas attention et de les rendre absurdes avec son style si caractéristique. Ces photographie sont des reflets de la société qui nous permettent de nous rendre compte de notre propre comportement et nous mettent tous au même niveau.

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