Jeff Wall est l’un des plus grands photographes contemporains canadiens. Il s’inspire de la photographie documentaire pour amener le spectateur à modifier sa perception de la réalité.

Jeff Wall est né à Vancouver où il étudie puis enseigne l’histoire de l’art après une thèse sur le mouvement dada. Lors d’un voyage en Europe  il découvre la peinture de Vélasquez et la réflexion sur la représentation qu’elle implique et il décide de traiter les grands problèmes picturaux traditionnels par des moyens en adéquation avec notre époque. Ses photographies font souvent référence à des toiles célèbres de Manet, de Delacroix, de Géricault, ou encore de Watteau. Ainsi, la photographie lui permet de « peindre la vie moderne ». Ces images sont souvent qualifiées de photographies documentaires donnant l’illusion d’un cliché tiré de la « réalité ».

Que faut-il penser de ses photographies ?

A priori, on ne devine pas trop ce qu’il y a à voir dans ces photographies, les scènes ne sont pas toujours très explicites, et on est bien loin d’une certaine dimension esthétique. Comme dirait Daniel Arasse : il faut chercher le détail. C’est dans les détails et la subtilité qu’on découvre l’univers de Wall. A Sudden gust of Wind est un exemple flagrant d’une adaptation photographique de la célèbre peinture d’Hokusai.

Ses œuvres sont des photographies de très grand format, comparables à de grandes toiles. Elles sont montées sur des caissons lumineux ressemblant à des panneaux publicitaires.

Toutes ses photos sont des mises en scène extrêmement élaborées, souvent le résultat de très nombreuses prises qu’il corrige, retravaille et assemble ensuite. Les scènes et les décors sont le plus souvent reconstruits en studio, les personnages sont des acteurs qui prennent et reprennent la pose des semaines durant, comme devant un peintre.

La Chambre détruite (1978) est sa première photographie célèbre s’inspirant du tableau La Mort de Sardanapale, de Delacroix. À nous d’imaginer ce qu’il s’est passé, ce qui a pu conduire à cette destruction. Des indices sont laissés dans ce chaos, montrant l’intimité de la vie de cette femme. Seule chose intacte, la petite statuette de la danseuse dominant le carnage, ressemblant au roi dans la peinture de Delacroix. Derrière la porte, des éléments du studio sont visibles, voilà le paradoxe entre réalisme et fiction.

Picture for women (1979) est l’une des premières œuvres de Jeff Wall. En référence au tableau d’Edouard Manet, Un Bar aux Folies-Bergères, Wall a travaillé sur le thème de la séduction et du croisement des regards. En effet, suivre son regard est troublant sachant que la scène a été captée dans un miroir et non photographiée frontalement. Que regarde vraiment cette femme, nous ? On est une fois de plus trompé par la construction.

Vue depuis un appartement (2004-05), photo mise en scène, composée à partir de centaines de prises. Jeff Wall a engagé les jeunes filles et leur a demandé de meubler l’appartement/studio. Cela aurait pu être une scène domestique banale s’il n’y avait pas autant de manière de regarder cette scène. Reflets, fenêtres, espaces : autant de façon d’observer la réalité. Partout des images, des vues, des petits bouts de vie. Encore une fois, le reflet dans la télévision nous montre une partie de l’installation et nous implique dans ce décor qui est maintenant devenu « notre » réalité.

Contrairement à ce qu’on attend de la photographie habituelle, les œuvres de Wall ne racontent pas le réel. Elles le dénoncent en tant que fiction de lui-même, en inspirant une atmosphère fausse et étrange. Ce que l’artiste cherche avant tout, c’est à interroger la représentation, à démontrer que toute image est une fabrication, avec ses enjeux et son discours.

Vous pourrez trouver plus d’information sur les sites : centrepompidou.fr ou encore lunettesrouges.blog.lemonde.fr