Le Monde a publié un très bel article début septembre au sujet de l’exposition « Witnesses to Hunger » (« Témoins de la faim ») organisée par Mariana Chilton aux Etats-Unis. A l’occasion d’un projet de recherche sur la faim, elle a offert des appareils photo à des mères célibataires, sujets de son étude.

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L’occasion pour moi de vous parler de cet usage de la photographie qu’on caractérise comme participative. Depuis les années 90, la photographie a enrichi ses dimensions en devenant un outil pédagogique et social de diffusion de réalités dans des milieux où les moyens d’expression sont faibles voire inexistants. En effet, la photographie est un outil généralement accessible, pratique et reconnue : « La photographie, cet art moyen » pour reprendre les termes de Pierre Bourdieu, est perçue comme facilement accessible car tout le monde « sait » faire des photos, tout le monde s’est servi au moins une fois dans sa vie d’un appareil photo jetable ou d’un 24/36.Au cours d’ un projet de photographie participative, le photographe devient animateur et « passeur ». Comme le décrit Christophe Pittet dans son livre « De l’ombre à la lumière, la photographie comme outil de lien social, récit de quatre femmes en prison »,il est l’ombre de ses « apprenti-photographes » qui révèlent à la lumière la vision de leur réalité. L’image est alors un moyen d’expression idéal permettant de témoigner de certaines réalités, d’augmenter l’estime de soi et de créer du lien social.

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Dans la lignée du projet de Mariana Chilton, le concept Photovoice, qui consiste à ce que la prise d’image par des gens qui n’ont pas d’influences sur les choix relatifs à leur vie et le témoignage des photographes et des photographiés provoquent des changements sociaux et/ou politiques, avait été développé par Caroline C.Wang et Mary Ann Burris en 1996.

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C’est cette approche que j’ai aussi utilisée lors de la réalisation de mon projet «Regards d’eux, histoire d’œil» lorsque pendant 4 mois, j’ai partagé ma passion pour la photographie avec des jeunes de 10 à 14 ans de la communauté Terra Prometida à Fortaleza dans le nord du Brésil. L’objectif était de permettre aux enfants de restaurer une certaine estime d’eux et des autres et d’élaborer une réflexion sur leur environnement et leur condition d’adolescents dans un milieu marginalisé. Les 15 jeunes du groupe ont pris environ 400 photographies en l’espace de 11 sorties, ce qui a donné à une moyenne de 26 photographies « réussies » par enfant. J’ai aimé ce projet car j’ai vite réalisé que ces photos étaient uniques, étant réalisées par les habitants de la communauté eux-mêmes. Je ne les ai jamais accompagnés et ainsi seuls eux mêmes pouvaient avoir cette proximité physique et visuelle avec leur entourage.

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Plusieurs démarches ont été initiées à travers le monde. Alors, si vous ne savez pas quoi faire de vos vacances, réunissez quelques appareils, trouvez des artistes en herbe ou des communautés qui ont peu de moyens de s’exprimer et faîtes participer !

Pour voir plus de photos de mes projets, voici mon Flickr.

Et pour en (sa)voir plus:

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