Leila Alaoui avait été blessée lors de l’attaque djihadiste de Ouagadougou, qui a fait au moins 30 morts. Elle a succombé à ses blessures hier soir, le 18 janvier 2016. A 34 ans, cette photographe avait déjà réussi à exposer à Paris, Buenos Aires, Berlin et Séville, notamment.

Leila Alaoui passait sa vie entre Marrakech et Beyrouth. Mais le vendredi 15 janvier dernier, la photographe franco-marocaine était à Ouagadougou. C’est dans le cadre d’une mission pour l’ONG Amnesty International qu’elle s’était expatriée provisoirement au Burkina Faso.

Son engagement fait partie de son travail de photographe. Elle veut « explorer la construction d’une diversité culturelle et identitaire, souvent à travers le prisme des histoires de migration de la Méditerranée contemporaine. »

Comme elle le dit elle-même, ses photos expriment « des réalités sociales, en utilisant un langage visuel qui allie la profondeur narrative du documentaire et l’esthétique des beaux-arts. »

Sa série « No Pasara » est l’exemple phare de cette alliance.

Crédits : Leila Alaoui

Crédits : Leila Alaoui

Leila Alaoui y dresse le portrait de jeunes marocains qui rêvent de venir en Europe, pour se construire une vie meilleure.

« Ces images sont un témoignage de leurs réalités et de leurs illusions, car si la possibilité de brûler les frontières demeure incertaine, beaucoup finissent par brûler leur identité, leur passé et souvent leur vie. » (Leila Alaoui)

Crédits : Leila Alaoui

Crédits : Leila Alaoui

La crise des migrants a eu dans le travail de Leila Alaoui un écho très particulier. Avec « Crossings », elle transmet l’expérience et les sensations des migrants sub-sahariens qui quittent leurs pays. En extraits vidéos, diffusés simultanément sur trois écrans, Leila veut « recréer tout le parcours des migrants à partir du moment où ils quittent leur pays jusqu’à ce qu’ils arrivent au Maroc. »

Montage réalisé par Mégane De Amorim à partir de photos extraites des vidéos créées par Leila Alaoui pour "Crossings"

Montage réalisé par Mégane De Amorim à partir de photos extraites des vidéos créées par Leila Alaoui pour « Crossings »

Elle confie dans une interview à Victor Delfim  :

« C’est une installation qui veut montrer avec dignité que ce sont des personnes qui sont là parce qu’elles ont fui des guerres, la misère ; et n’importe qui à leur place aurait fait la même chose ».

Leila Alaoui a grandi au Maroc, puis a vécu à Paris et à New-York. Si au Maroc on la voyait française, en France on la voyait marocaine. Mais elle retire de cette expérience personnelle la force de se battre contre les réalités du Maroc contemporain, apportées par la crise migratoire.

« Le racisme profond du marocain contre le sub-saharien c’est quelque chose que je ne peux pas comprendre et contre lequel je me bats particulièrement. »

Une partie du travail de Leila était exposée à la Maison Européenne de la Photographie, jusqu’à ce dimanche 17 janvier 2016, à l’occasion de la première biennale des photographes du monde arabe contemporain. Tous ses travaux sont à retrouver à présent sur son site internet.

Crédit photo de couverture : Othman Zine