Cette semaine, nous avons décidé d’aborder une question que nous entendons assez souvent sur le choix d’un objectif photo à ouverture constante : « f/2.8 ou f/4 stabilisé, que choisir ? ».

Pour rappel, l’ouverture d’un objectif, constante ou variable, est ce qui détermine la quantité de lumière qui viendra toucher le capteur ou la pellicule de votre appareil. Choisir entre f/2.8 ou f/4 pour un objectif consiste donc à choisir l’ouverture constante que l’on pourra utiliser sur toute la plage focale de l’objectif.

De manière purement technique, la réponse à cette question pourrait être simple : f/2.8 permet de faire rentrer deux fois plus de lumière que f/4. Photographier avec une optique à f/2.8 sera donc bien plus rapide qu’avec un objectif à f/4. Malheureusement, la réponse n’est pas si simple, car d’autres paramètres comme la stabilisation entrent en jeu.

Le duel matériel f/2.8 – f/4 stabilisé

Si la question se pose, c’est que pour faire simple, il existe chez chaque constructeur (ou presque) deux gammes d’objectifs à ouverture constante :

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De plus en plus, on trouve également des objectifs ouvrant à f/2.8 et stabilisés mais ces derniers sont tout simplement hors de prix.

Dans ce duel, on comprend tout de suite la différence : si l’un a une ouverture plus grande, ce qui permet de faire rentrer plus de lumière et d’obtenir un meilleur bokeh, l’autre dispose d’une stabilisation optique qui permet de photographier à une vitesse plus basse que la vitesse « autorisée » avant d’obtenir des photos floues.

Il est également important de noter que très souvent, les versions f/4 disposent d’une plage focale plus étendue, par exemple 24-120mm ou 24-105mm par rapport à 24-70mm.

Est-ce que la stabilisation compense la lumière manquante ?

Avec un objectif ouvrant à f/2.8 on dispose de deux fois plus de lumière par rapport à un objectif ouvrant à f/4. On dit alors qu’on a un stop ou un diaph en plus.

Photographier avec une optique à f/2.8 permet donc généralement de ne pas avoir à trop augmenter les ISO tout en conservant une vitesse relativement rapide. Sauf qu’à un moment, malgré la grande ouverture, vous allez peut-être devoir descendre à une vitesse en dessous de l’inverse de la distance focale, la règle qui permet de limiter le flou de bougé. Par exemple, à 70mm, si vous descendez en dessous de 1/70s – et en fonction de votre stabilité – il est possible que vos photos soient floues à cause du bougé.

En utilisant une optique à f/4 qui est stabilisée, vous allez avoir un stop de lumière en moins pour votre photo (à cause de l’ouverture plus petite que f/2.8) mais la stabilisation, surtout s’il s’agit d’un modèle récent, va vous permettre de récupérer 2 ou 3 stops, voir plus. Ainsi, en prenant le même exemple, à 70mm et avec la même valeur ISO, vous allez par exemple pouvoir descendre à 1/10s sans risquer de déclencher un flou de bougé.

A ce jeu, la stabilisation (de l’optique ou du boîtier) est donc un élément à ne pas négliger lorsque vous choisissez votre objectif car elle permet souvent de compenser (voire surpasser) la perte de lumière liée à une ouverture plus petite.

Cependant, dans des situations où vous souhaitez figer l’image, comme en reportage ou en sport, il faudra privilégier l’optique la plus lumineuse possible car pour rappel, la stabilisation de l’appareil ne réduit que vos mouvements et non les mouvements de votre sujet.

La variable de prix

Choisir entre un objectif ouvrant à f/2.8 et un objectif stabilisé ouvrant à f/4 implique obligatoirement une différence de prix. En effet, les objectifs f/2.8 sont plus chers que ceux ouvrant à f/4 car leur formule optique est plus complexe.

Cependant, ces dernières années Tamron et Sigma proposent des objectifs à ouverture constante f/2.8 et stabilisés qui sont en outre bien moins chers que les versions f/2.8 des constructeurs (on parle de 800 euros contre 1500-1700 euros pour un 24-70mm par exemple, soit presque le même prix qu’un f/4 stabilisé). Pour plus d’informations sur ces optiques, rendez-vous dans notre guide d’achat dédié aux objectifs.

Les constructeurs historiques comme Nikon et Canon ont également sorti leurs propres zooms f/2.8 stabilisés (Canon et Nikon) mais leur poids et leur prix (au-delà de 1900€ pour Canon et 2500€) en font des objectifs réservés à une niche.

Le bokeh et la profondeur de champ

Le bokeh, ce flou d’arrière-plan plaisant obtenu grâce à une profondeur de champ réduite est très recherché par les photographes. Pour l’obtenir, il faut prendre en compte plusieurs paramètres, dont l’ouverture, la distance focale et la distance par rapport à l’arrière plan.

85mm - ƒ/2.0 - 1/80s - ISO 1600 - © Damien Roué

Voici un exemple de bokeh, mais réalisé à l’aide d’un 85mm à ƒ/2.0 – © Damien Roué

Dans cette comparaison entre les objectifs f/2.8 et f/4 stabilisé, l’ouverture et la distance focale sont concernés. Les objectifs ouvrant à f/2.8 permettent d’obtenir une profondeur de champ plus faible, mais en revanche, les objectifs ouvrant à f/4 peuvent parfois disposer d’une plage focale plus étendue, avec un zoom plus important.

Pour être entièrement honnête avec vous, le bokeh entre une optique f/2.8 et f/4 est très proche. Si vous souhaitez véritablement voir une différence, il faudrait plutôt vous orienter vers une optique ouvrant à f/1.8.

Le piqué

En terme de piqué, la qualité du détail de l’image, il est difficile de généraliser tant les différents objectifs ont des performances variées.

70mm à f/4 - © Damien Roué

70mm à f/4 – © Damien Roué

Il est cependant important de rappeler que de manière générale, un objectif n’offre pas son meilleur piqué à pleine ouverture mais fermé d’environ 1 ou 2 stops. Ainsi, un objectif à f/2.8 donnera un piqué optimal à f/4 ou f/5.6. Pour un objectif à f/4, il faudra donc fermé encore plus. Si vous cherchez à photographier à pleine ouverture tout en ayant le meilleur piqué, il est recommandé d’opter pour un objectif à f/2.8

La stabilisation des boîtiers

Comme les derniers Sony A7, de plus en plus d’appareils photo disposent de la stabilisation au niveau du capteur. Cette innovation, introduite par Olympus, permet de s’équiper avec des optiques à grande ouverture non stabilisées tout en profitant des avantages de la stabilisation.

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Vérifiez si votre appareil photo dispose d’une stabilisation interne avant de réfléchir à l’objectif que vous allez acheter, même s’il est presque certain que votre objectif surpassera votre boîtier dans la course à l’obsolescence.

Votre boîtier est-il à l’aise avec les hauts ISO ?

En choisissant entre un objectif à f/2.8 et un objectif à f/4 stabilisé, vous faites ainsi le choix entre la vitesse ou la stabilisation. Là encore, pensez à votre boîtier : est-ce que ce dernier accepte sans trop de problème la montée en ISO ? Si oui, l’usage d’une optique stabilisée avec une ouverture moindre pourrait vous permettre, dans des conditions d’éclairage difficiles, de conserver une vitesse rapide.

Nikon D810 – 16mm – 8s – f/4 – ISO 3200 – © Damien Roué

Nikon D810 – 16mm – 8s – f/4 – ISO 3200 – © Damien Roué

Aujourd’hui, avec les avancées technologiques intégrées dans les capteurs des derniers appareils photo (y compris les hybrides et les reflex APS-C), la montée en ISO n’est plus un tabou pour le photographe et il est possible de compenser la perte de vitesse en augmentant les ISO.

F/2.8 vs f/4, le cas spécifique de la vidéo

En vidéo, la stabilisation est un élément extrêmement important et la majorité des vidéastes qui ne souhaitent pas s’embarrasser de systèmes de stabilisation lourds et coûteux utilisent des objectifs stabilisés. Ici, l’optique à f/4 stabilisée est idéale car elle permet de réduire les vibrations liées à l’opérateur.

Conclusion

En conclusion, il n’y a pas une réponse unique et définitive. Le choix d’un objectif dépend notamment de votre pratique photo. Si vous photographiez principalement de l’action ou des sujets en mouvement, un objectif à f/2.8 sera plus adapté et vous permettra d’avoir des vitesses plus rapide. En revanche, si vous photographiez principalement des paysages, un objectif à f/4 et stabilisé sera plus économique, plus compact et également plus léger.

Et pour vous rassurer, avec un zoom f/2.8 ou un zoom f/4 stabilisé, vous disposez déjà d’une excellente optique, alors ne vous tracassez pas trop et allez plutôt prendre des photos !

A la recherche de votre prochain objectif ou appareil photo ? Je vous invite à découvrir nos guides d’achat et notamment le guide sur les objectifs indispensables qui devrait vous aider à y voir plus clair dans la jungle du matériel photo.

  • GAUTHIER

    Je pense que l’un des parametre à prendre en compte c’est aussi le nombre de pixels de son capteur car à 36 millions de pixels le flou de bougé est beaucoup plus sensible que sur un 16 millions. De plus aujourd’hui nous pouvons trouver des zoom stabilisé en f2.8 pas trop onéreux Exemple SIGMA 17-50MM F2.8 à 400€.et dont la qualité est superbe.

  • calotype

    Article intéressant qui résume bien encore et toujours qu’en photo tout est une question de compromis souvent frustrants, soit entre les limites de la physique, soit celle du portefeuille et j’en passe.
    On voudrait tous un 1.4 stabilisé et ce, dans toutes les focales, sans dépasser 500 gr ni 700 euros !

    Par contre je ne suis pas d’accord avec cela, du moins ce n’est plus une règle aujourd’hui:
     » ..un objectif n’offre pas son meilleur piqué à pleine ouverture
    mais fermé d’environ 1 ou 2 stops. Ainsi, un objectif à f/2.8 donnera
    un piqué optimal à f/4 ou f/5.6. Pour un objectif à f/4, il faudra donc
    fermé encore plus »

    Ça serait même complètement l’inverse, je premiers exemple qui m’est venu et qui je pense va bien avec votre article c’est le canon 16-35 F4 IS vs 16-35 F2.8 II qui sont relativement proche en terme de date de sortie & technologique .
    Le modele F4 est (bien)meilleur à F4 (sa plus grande ouverture) que le modele 2.8 fermé à F4. Et pour aller encore plus loin, hasard ou pas, le modèle F4 est aussi bon que le 2.8 fermé à 5.6 !!!!!

    • Alexandre Verbeke

      Salut catolype,
      non pas que je ne sois pas d’accord avec ce que tu dis, mais je pense que tu as mal compris l’extrait. Il ne compare pas le piqué d’un f/2.8 et celui d’un f/4 mais signale que, quelque soit l’ouverture max, le piqué maximal n’est pas atteint à PO, ce qui est toujours vrai aujourd’hui.
      Dans ton exemple, la phrase de l’article veut dire que le 16-35 f/2.8 sera meilleur à f/4 qu’à f/2.8 comme le 16-35 f/4 sera meilleur à f/5.6 qu’à f/4.

  • Salvatore Caruso

    les objectifs pro donnent un piqué deja excellent a l’ouverture la plus grande. Ce n’est pas le cas des objo « non pro » mais un Cano ou un nikon 70-200 2.8 a 2.8 ils piquent deja fabuleusement bien c’est pour cela aussi qu’ils coutent aussi cher

  • Dylan

    Salut ! J’ai un Nikon D5200 et j’ai un 18-105mm comme objectif mais je suis un peu perdu sur le choix des objectifs. J’avais comme idée cette liste : un 50 mm /1.8
    un 14-24 /2.8
    un 24-70 /2.8
    et un 70-200 mm
    Est ce une bonne idée où faut il que je change? Avez vous des objectifs à me conseiller? Je prend surtout des photos de paysages, nature et animaux.
    Merci de votre aide.

    • Alexandre Verbeke

      Salut,
      Avec un D5200 prendre des objectifs pro pour plein format n’est pas très indiqué, à moins de savoir que l’on va passer à un boitier plein format très rapidement. Leurs plages de focales sont plus adaptées au plein format et leurs poids donnent un meilleur équilibre avec des boitiers haut de gamme plus lourds.

      En APS-C le 17-50 f/2.8 de SIgma comme celui dont parle Gauthier dans un post précédent ou le 17-70 f/2.8-4 sont plus adaptés (et de très bonne qualité pour leurs prix). En longues focales pour les animaux, si ce sont des animaux sauvages, un 70-200 sur APS-C est un bon choix mais des objectifs plus longs seront appréciables, malheureusement ce sont des objectif soit moins lumineux comme le nouveau 200-500 f/5.6 soit très chers et lourds comme le 200-400 f/4 ou toutes focales fixes au-dessus de 200mm.

  • Patrice

    Bonjour…
    pour ma part,le choix d’un objectif dépend aussi de sa MAP mini…par exemple, pour ma pratique photo (proxy ) je préfère nettement un 300 f/4 (1.5m) à un 300 f/2.8 (2.5m) … le fait de travailler plus près avec le f:4 (- 1m) me permet en outre de gagner le stop perdu pour ce qui est de la PDC…

  • il me semble que le Canon 24-70 2.8 II USM n’est pas stabilisé ?

    • thibaud

      Très juste.. seul le modèle de Nikon est stabilisé, malheureusement