D’un réseau social à un « flux désocialisé » : le nouveau visage d’Instagram

Instagram, encore un réseau social… ou simple machine à Reels ? C’est la question que pose un article de New York Magazine, qui décrit comment Meta a progressivement « désocialisé » ses plateformes au profit d’un flux infini de vidéos verticales recommandées par l’algorithme.

En cinq ans, l’onglet Reels est devenu le cœur d’Instagram. Selon des données de Sensor Tower citées par le magazine, 46 % du temps passé sur l’application en 2025 aux États-Unis se fait désormais dans Reels, qui concentre aussi plus de la moitié des publicités.

Meta ne s’en cache plus : sa priorité n’est plus de montrer ce que publient vos amis, mais de vous garder devant l’écran le plus longtemps possible avec des contenus « non connectés », issus de comptes que vous ne suivez pas.

Sur Facebook, ce type de contenu représente aujourd’hui plus du double des publications d’amis. C’est un renversement ironique pour une entreprise qui promettait de « connecter le monde”.

Techniquement, l’algorithme se nourrit de signaux d’engagement pour prédire quelles vidéos vous retiendront, puis les classe en conséquence, directement inspiré de TikTok. Dans les faits, l’expérience utilisateur devient un flux personnalisé, opaque, souvent incohérent vu de l’extérieur, mais conçu pour être difficile à quitter. On ne « suit » plus vraiment des personnes, malgré la fonction « Suivre » : on consomme ce que la plateforme et ses algorithmes pensent que l’on va regarder jusqu’au bout.

Cette mutation a des conséquences directes. Le fil classique de photos, où l’on publiait pour sa communauté, n’est plus au centre du modèle. La visibilité dépend de plus en plus de formats vidéo courts, de montages, de carrousels animés et de contenus pensés pour la rétention.

L’auteur parle d’une « plateforme de désocialisation« , où la promesse initiale de connexion laisse place à une logique de divertissement individualisé.

Pour les photographes, cela pose une question stratégique : faut-il continuer à penser Instagram comme un réseau social pour montrer son travail, ou comme une vitrine vidéo où l’image fixe n’est plus qu’un élément parmi d’autres dans la bataille pour l’attention ?

Pourtant, tout n’est pas perdu. Certains photographes utilisent les Reels comme une porte d’entrée vers un travail plus profond : making-of, avant/après, séries animées à partir de photos fixes, carnets de repérages… Autant de manières de réaffirmer que derrière le défilement infini, il existe encore des regards, des histoires, et des images qui méritent qu’on s’y attarde plus de quelques secondes.

Lire l’article du New York Magazine