Jusqu’au 8 mars 2026, le musée d’art et d’histoire du Judaïsme rend hommage à Denise Bellon (1902–1999), photographe longtemps restée en marge de l’histoire officielle de la photographie.
Première rétrospective qui lui est dédiée, Denise Bellon, un regard vagabond réunit plus de 300 clichés, ainsi que des objets et des extraits de correspondance, offrant un panorama du parcours de cette pionnière du photojournalisme.

Sommaire
Entrée en photographie
Réalisées entre les années 1930 et 1970, les images présentées révèlent le regard singulier de cette photographe française née à Paris, au sein d’une famille d’origine allemande et alsacienne. Étudiante en psychologie à la Sorbonne, Denise Bellon s’initie à la photographie au début des années 1930, à son retour à Paris après sa séparation d’avec Jacques Bellon, avec lequel elle s’était installée au Pays basque. Très tôt, son travail se distingue par une attention portée à la vie moderne plus qu’à l’actualité.


Parallèlement à ses reportages, Denise Bellon développe une activité pour la photographie publicitaire, notamment pour le Studio Zeber. Comme nombre de ses contemporains, elle trouve dans la publicité un espace de liberté formelle, propice à l’expérimentation et à l’exploration des liens entre image et graphisme. Elle fait acte d’une écriture visuelle moderne.
Entourée d’artistes et d’intellectuels, Denise Bellon participe en 1934 à la fondation de la coopérative Alliance-Photo, première agence photographique de l’entre-deux-guerres dédiée à la diffusion d’images produites par des photographes indépendants.
Un œil nomade profondément moderne
Son travail ne se limite pas à Paris. Denise Bellon réalise plusieurs reportages à l’étranger, dans les Balkans, en Finlande, au Maroc ou encore en Afrique occidentale.

Proche des cercles artistiques d’avant-garde, fréquentant Georges Bataille, André Masson, la troupe Octobre de Jacques Prévert ou André Breton, Denise Bellon se voit confier la couverture des grandes expositions surréalistes.
Elle réaliste plusieurs portraits marquants d’artistes et de leurs œuvres, parmi lesquels ceux de Victor Brauner, Frederick Kiesler, Wolfgang Paalen ou Sonia Mossé, artiste pluridisciplinaire déportée et assassinée à Sobibor. Cinéastes, écrivains et figures de l’École de Paris enrichissent également son portfolio, dont Simone de Beauvoir.

Ses compositions, héritées de la Nouvelle Vision, mêlent rigueur géométrique, motifs organiques et angles de vue audacieux, témoignant d’un esprit résolument moderniste.
Écrire à la lumière dans les heures les plus sombres
La trajectoire personnelle de Denise Bellon est indissociable de l’histoire tragique de l’Europe. En 1940, elle quitte Paris en emportant ses négatifs, qui échappent ainsi au pillage des locaux d’Alliance Photo par la Gestapo, laissant derrière elle des tirages aujourd’hui disparus.

Elle épouse Armand Labin, journaliste d’origine juive roumaine engagé dans la Résistance, futur fondateur de Midi Libre. Dissimulant sa propre judéité, Denise Bellon poursuit son activité photographique et documente la vie à Lyon sous l’Occupation.

Pendant le conflit puis à la libération, elle réalisera des images saisissantes de gueules cassées, de républicains espagnols réfugiés dans le maquis, ainsi qu’un reportage bouleversant à la Maison de Moissac, refuge pour enfants devenu orphelinat après la Shoah. En 1947, elle se rend à Djerba pour photographier la communauté juive tunisienne.

Dernières années et reconnaissance
Dans les dernières décennies de sa vie, Denise Bellon continue d’expérimenter, explorant de nouveaux outils tout en demeurant fidèle au noir et blanc. Elle photographie son environnement immédiat, les visages anonymes, les transformations urbaines de Paris. Son regard humaniste s’éteint en 1999, à l’âge de 97 ans.
Animée par une curiosité constante et en rupture avec les conventions bourgeoises de son milieu, Denise Bellon a couvert aussi bien les manifestations avant-gardistes que les mariages gitans ou scènes légères du quotidien. Inclassable, à l’instar de Gerda Taro ou Gisèle Freund, elle n’a pourtant pas bénéficié de la reconnaissance accordée à certaines de ses consœurs.
L’importante rétrospective que lui consacre aujourd’hui le musée d’art et d’histoire du Judaïsme vient réparer cet oubli en mettant en exergue le parcours de cette artiste prolifique. Modernisme architectural, sens de l’humour, portraits d’artistes au travail, scènes de la vie quotidienne, enfants jouant dans la rue ou paysannes berbères aux champs composent un ensemble d’une grande cohérence, présenté rue du Temple jusqu’au 8 mars 2026.
L’exposition s’accompagne de l’ouvrage Denise Bellon. Un regard vagabond, édité par les éditions Delpire & Co.
Informations pratiques :
Denise Bellon, Un regard vagabond
Musée d’art et d’histoire du Judaïsme
Du 9 octobre 2025 au 8 mars 2026
Hôtel de Saint-Aignan 71, rue du Temple 75003 Paris
Tous les jours sauf le lundi
Plein tarif 13 €, tarif réduit 9 €



