Durant son événement Apple Silicon, la firme à la pomme a finalement dévoilé de nouveaux ordinateurs fonctionnant avec une nouvelle puce Apple M1. MacBook, MacBook Pro et Mac Mini deviennent ainsi les premiers ordinateurs à fonctionner avec les processeurs imaginés par Apple. Prenons un peu de temps pour y voir plus clair.

Apple M1, la révolution silencieuse d’Apple

L’événement qui a eu lieu cette semaine est un mini-séisme dans l’univers des ordinateurs Apple. Le passage à une nouvelle plateforme de processeurs M1 – d’autant plus qu’il s’agit ici d’un modèle made by Apple – est un moment marquant dans l’histoire du géant californien.

Depuis sa naissance, Apple n’a connu que peu de changements de ce type. A sa création, Apple utilisait des processeurs proposés par Motorola, puis a adopté le PowerPC, une famille de processeurs issus de l’alliance AIM (Apple-IBM-Motorola). Si les performances de ces puces étaient très respectables, leur haute consommation d’énergie et une perte de réactivité dans la conception de ces puces a poussé Apple à faire un choix qui a défini le Mac en 2005 avec le passage aux puces Intel.

D’un jour à l’autre, Apple a ainsi basculé sur des processeurs dotés de l’architecture x86, utilisée principalement par les ordinateurs sous Windows. Ce choix, à l’époque où les ordinateurs portables commençaient à se démocratiser, a pour certains permis de sauver les performances des ordinateurs d’Apple et de lancer la gamme des MacBook et MacBook Air, capables de fournir suffisamment de performances tout en maintenant une autonomie suffisante pour un usage nomade.

Rétrospectivement, le passage aux processeurs Intel a été une réussite pour Apple, avec une performance énergétique supérieure, surtout après le lancement par Intel en 2006 de sa famille Core 2 Duo à double-coeurs.

Aujourd’hui, Apple a cependant décidé d’abandonner Intel et ses processeurs pour utiliser ses propres processeurs basés sur l’architecture ARM. Heureusement, Apple a déjà une certaine expérience dans le domaine, puisqu’il a développe ses propres puces et microprocesseurs, basés sur ARM, depuis 2012. L’iPhone 5 et son processeur A6 fut ainsi le premier processeur conçu entièrement par Apple – et depuis ce dernier a optimisé ses puces AX.

Apple M1, autopsie d’une puce issue du mobile

L’Apple M1 est née d’un smartphone et d’une tablette. Cette nouvelle architecture de puces pour ordinateurs devrait permettre à Apple de réaliser des gains de performances et d’autonomie substantiels, déjà reconnus sur ses appareils mobiles. Ainsi, la puce M1 dispose d’une finesse de gravure de 5 nanomètres offrant une plus grande compacité et une consommation éléctrique plus réduite.

Elle intègre notamment 16 milliards de transistors et son processeur, doté de 8 coeurs, se divise en 4 coeurs à haute performances pour les tâches gourmandes et 4 coeurs à haute efficacité pour des usages plus économes en énergie.

La conception même du processeur devrait, selon Apple, améliorer considérablement les performances de l’ordinateur en regroupant les éléments essentiels autour d’une architecture à la mémoire unifiée avec une bande passante élevée et une faible latence, ce qui réduit les duplications de données ou encodages nécessaires.

A la clé, Apple promet de meilleures performances, notamment dans les outils de création d’images comme le color grading de vidéos en 6K.

La partie graphique de cette nouvelle puce M1 n’est pas en reste : avec 8 coeurs, Apple le présente comme le GPU intégré le plus rapide du marché. Il dispose notamment d’un moteur neuronal à 16 coeurs, permettant d’accélérer les tâches reposant sur le Machine Learning. A cela s’ajoute une enclave sécurisée, un nouveau processeur d’images (ISP) qui permet d’améliorer les flux d’images – notamment la qualité de la webcam, un contrôle SSD haute performance avec chiffrement AES ainsi qu’un contrôleur Thunderbolt qui offre le support de l’USB 4 (pour des transferts jusqu’à 40 Gbit/s).

L’Apple M1 est le premier processeur d’Apple dédié à ses ordinateurs, et ce ne sera pas le dernier. Pour le moment, celui-ci cohabite avec des processeurs Intel : Apple prévoit une période de transition de deux ans avant de remplacer les processeurs d’ordinateurs sur l’ensemble de sa gamme, du MacBook au Mac Pro. Si l’Apple M1 est encore assez mystérieux et présent sur les machines d’entrée et milieu de gamme, nul doute qu’un processeur M1X ou M2 est déjà en cours de conception pour l’année prochaine.

MacBook Air : un nouveau modèle d’autonomie

La puce Apple M1 trouvera tout naturellement sa place dans le MacBook Air d’Apple, un modèle d’ordinateur 13 pouces ultra-fin pour lequel performances et autonomie sont essentiels. Le nouveau MacBook Air reprendra l’écran Retina de son prédecesseur – mais désormais compatible DCI-P3 – ainsi que son format, mais avec un nouveau processeur M1 qui offre des performances et une autonomie améliorée. Ainsi, le processeur d’Apple est présenté comme 3,5x plus rapide que son prédécesseur (Apple se base sur le processeur i3 le moins performant de la gamme précédente). Apple a ainsi présenté les atouts de cet ordinateur dans le traitement ou la gestion d’un large catalogue de fichiers RAW dans Lightroom.

Coté GPU, le nouveau MacBook Air serait jusqu’à 5x plus performant, offrant la possibilité de jouer à des jeux plus gourmands ou d’éditer plusieurs flux vidéos en 4K ProRes de manière fluide.

Apple ne s’est pas empêché d’attaquer la concurrence PC avec une statistique un peu tirée par les cheveux. Ainsi, Apple indique que le nouveau MacBook Air est « plus rapide que 98 % des PC » vendus l’an passé. Aucune indication supplémentaire, et on sent que l’équipe marketing s’est un peu lâchée.

Là où le MacBook Air – et les autres ordinateurs disposant de la puce M1 – brillent, c’est pour les utilisations basées sur le Machine Learning (l’apprentissage automatique), pour lesquelles la puce Neural Engine fait des merveilles, avec des performances 9x supérieures à celles du précédent MacBook Air. Normal, ce dernier en était dépourvu. Final Cut Pro, Pixelmator Pro ou bien encore les logiciels de Topaz Labs ou le dernier Luminar AI pourront bénéficier à plein de cette nouvelle puce.

Le stockage n’est pas en reste, avec un SSD présenté comme jusqu’à 2x plus rapide grâce à la nouvelle architecture. Si la webcam du MacBook Air reste en 720p, elle bénéficie du nouveau processeur d’images (ISP) pour une meilleure réduction du bruit, une balance des blancs améliorée, une plage dynamique étendue et une détection des visages plus efficace.

Enfin, l’autonomie tant attendue de ce nouveau modèle pourra monter jusqu’à 15h d’autonomie en usage internet et jusqu’à 18h en lecture vidéo.

Le MacBook Air M1 sera proposé au tarif de 1129 € avec les premières livraisons le 17 novembre 2020.

Mac Mini, le second M1

Le Mac Mini a aussi le droit au traitement M1. Cet ordinateur de bureau ultra compact bénéficie à plein de la nouvelle puce d’Apple et est présenté par Apple comme jusqu’à 3x plus performant que la version 4 coeurs actuelle tournant sous Intel. Côté graphique, la puce d’Apple propose des performances jusqu’à 6x meilleure par rapport à la puce Intel intégrée aux précédents modèles. Enfin, côté Machine Learning, Apple présente une accélération étonnante jusqu’à 15x par rapport à la précédente version.

Apple indique d’ailleurs que le Mac Mini M1 pourra faire tourner un écran Pro Display XDR 6K d’Apple ainsi qu’un second écran 4K. Comme pour le MacBook Air, le Mac Mini pourra faire tourner des applications graphiques plus gourmandes. Il pourra bénéficier de 16 Go de RAM et d’un SSD jusqu’à 2 To.

L’ordinateur conserve sa compacité et dispose de deux ports Thunderbolt / USB 4, d’un port HDMI 2.0, de deux port USB-A ainsi que d’un port Ethernet Gigabit et d’une prise casque 3,5 mm. Le Mac Mini intègre le Wi-fi 6.

Le Mac Mini M1 sera proposé à partir de 799 €. Cela en fait toujours la solution de bureau la plus économique au catalogue d’Apple.

MacBook Pro M1, performances et autonomie au rendez-vous ?

Le troisième Mac à intégrer la puce M1 ne sera pas un iMac, mais bien un MacBook Pro, en version 13 pouces. Ici encore, l’ordinateur conserve son aspect actuel. D’extérieur, rien ne ressemble plus à un MacBook Pro M1 qu’un MacBook Pro de l’ancienne génération. Mais à l’intérieur, Apple promet des performances boostées pour ce nouveau modèle.

Côté CPU, le nouveau MacBook Pro 13 pouces promet d’être 2,8x plus puissant que le modèle Intel précédent, grâce à la puce M1. Pour les performances graphiques, la puce partagée avec le MacBook Air et le Mac Mini permet ici des gains jusqu’à 5x plus rapide dans des applications telles que Cinema 4D ou Shapr3D.

Côté vidéo, ce nouveau MacBook Pro doit permettre la lecture d’un flux vidéo 8K en ProRes sans perte de trames. Les processus basés sur l’apprentissage automatique (ML) seront jusqu’à 11x plus rapides que sur le MacBook Pro 13 pouces d’entrée de gamme précédent.

L’autonomie du nouveau MacBook Pro pourra atteindre 17 heures en navigation web et jusqu’à 20 heures en lecture vidéo, ce qui fait presque doubler l’autonomie théorique. Apple en a profité pour indiquer qu’il s’agit de la plus grande autonomie pour un Mac.

Au niveau du son, ce nouveau modèle disposera de trois microphones pour un son de meilleure qualité ainsi que des haut-parleurs plus puissants. La webcam ne change toujours pas, mais elle bénéficie des améliorations liées au nouveau processeur d’images.

Le MacBook Pro M1 sera proposé le 17 novembre à partir de 1449 €

MacOS Big Sur, disponible le 12 novembre

Durant cette conférence en ligne, Apple a également dévoilé plus de détails sur son nouveau système d’exploitation, Big Sur, notamment sa date de disponibilité. Big Sur devrait sortir aujourd’hui, le 12 novembre, et sera bien entendu intégré aux prochains ordinateurs dotés de la puce M1.

En plus d’un nouveau design, un centre de contrôle et de notifications revu – et grandement inspiré d’iPad OS 14 – Big Sur devrait offrir une seconde jeunesse à votre Mac, notamment pour Safari qui a été optimisé (1,9x plus réactif et jusqu’à 50% plus rapide avec JavaScript). Le système devrait également être plus rapide, avec une sortie en veille inspirée de celle des produits iOS, soit presque instantanée.

Big Sur sera disponible gratuitement sur l’App Store d’Apple.

Est-ce que mes applications vont fonctionner sur un nouvel ordinateur avec Apple M1 ?

MacOS Big Sur, le dernier système d’exploitation d’Apple, intègre des outils qui permettent d’optimiser la compatibilité des logiciels sur ces nouveaux Macs dotés d’une nouvelle architecture.

Ainsi, c’est le retour des applications universelles, capables de fonctionner à la fois sur des Macs avec Apple Silicon ou avec Intel. Adobe a d’ailleurs déjà prévu de lancer des versions compatibles de Lightroom (en décembre prochain) et Photoshop CC (début 2021).

Big Sur intègre également Rosetta 2, une technologie inspirée de Rosetta, le premier traducteur à la volée de code binaire qui permettait d’utiliser des applications conçus pour PowerPC sur des Macs dotés de processeurs Intel. Ici, Rosetta 2 permet de faire le pont entre les applications conçus pour les Mac Intel et les faire fonctionner sur Apple Silicon. Apple indique d’ailleurs que grâce à son moteur graphique Metal, certaines applications intensives fonctionneront mieux avec Rosetta 2 qu’en natif sur d’anciens Mac.

Mais la nouveauté principale d’Apple Silicon est la possibilité de faire fonctionner des applications iPhone et iPad sur macOS. Quand on voit le catalogue d’applications sur iOS et iPadOS, on se rend rapidement compte de l’intérêt de ce changement d’architecture. Désormais, les nouveaux Mac M1 ont d’ailleurs plus en commun avec une Apple Watch ou un iPhone qu’avec un Mac Intel.

Par contre, il ne faudra pas se réjouir trop vite car toutes les applications ne seront pas disponibles automatiquement sur Big Sur. Le choix revient ainsi à l’éditeur, et certains ont déjà fait part de leur souhait de ne pas autoriser leurs applications sur macOS, en premier lieu Google. Mais la majorité des éditeurs devraient accueillir à bras ouvert cette annonce et les opportunités commerciales, notamment pour les éditeurs ne disposant pas d’application Mac.

Notre premier avis sur le nouveau processeur M1 d’Apple

Avec sa puce M1 inspirée de la puce A14 Bionic déjà présente sur les iPhone et iPad de cette année, Apple change le paradigme de ses ordinateurs portables avec une décision stratégique. Exit Intel – d’ici 2 ans – et place à des puces maisons basées sur l’architecture ARM. En facade, Apple présente des améliorations de performances substantielles ainsi que des puces plus économes en énergie, de quoi booster l’autonomie de ses ordinateurs portable.

Dans les faits, la puce M1 s’annonce comme une véritable révolution et remplace les modèles entrée de gamme des MacBook Air, MacBook Pro 13 pouces et Mac Mini. Mais derrière les chiffres impressionnants annoncés par Apple, il faut se rappeler que la base de comparaison correspond aux processeurs Intel les moins rapides. Sur les modèles les plus puissants, Intel reste encore au catalogue. Apple ne dévoile d’ailleurs pas les fréquences de ses processeurs – tellement Apple – et avant de vous ruer sur ces nouveaux modèles, nous vous invitons donc à attendre les premiers retours et tests matériels.

Malgré tout, cette nouvelle direction prise par Apple devrait permettre au constructeur d’ordinateurs de lancer un nouveau cycle d’innovation, car cela fait quelques années qu’Intel a du mal à suivre, notamment en termes de finesse de gravure, le graal pour les fondeurs. Et au final, les photographes et vidéastes devraient profiter de ces performances accrues, notamment en mobilité.