Née en 1923 dans une famille aristocratique new-yorkaise, Diane Arbus est l’une des plus grandes photographes portraitistes de son époque. Le regard singulier qu’elle portait sur les marginaux de la société, les délaissés, les « freaks », nous offre une autre approche de la société américaine des années soixante. Zoom sur une grande artiste tourmentée.

Sommaire
Une enfance luxueuse
Diane Nemerov a grandi dans un quartier huppé de New York proche de Central Park au milieu du magasin de mode de ses parents, Russeks, sur la prestigieuse Cinquième Avenue.
Au lycée, elle rencontre celui qui deviendra plus tard l’homme de sa vie, Allan Arbus, un photographe qui ne plait pas aux parents de Diane à cause de ses origines sociales. « Je suis née en haut de l’échelle sociale, dans la bourgeoisie respectable, mais, depuis, j’ai fait tout ce que j’ai pu pour dégringoler », avoue plus tard la photographe. Comme dans un miroir, Diane Arbus faisait l’inverse de ce qu’on attendait d’elle.

A 28 ans, elle crée avec Allan leur propre studio photo spécialisé dans la mode. Diane ne s’occupe pas de la photographie mais du démarchage des magazines. Avec beaucoup de travail et d’acharnement, ils arrivent à faire les couvertures des plus grands magazines tels que Glamour et Vogue.

Le tournant
Dix ans plus tard, Allan quitte Diane Arbus pour l’actrice Mariclare Costello. Ils avaient eu deux enfants ensemble, Amy et Doon. Elle ne se remettra pas de cette séparation. Ce n’est qu’à ce moment-là que Diane se lance dans la photographie à titre personnel : « J’ai toujours considéré la photo comme quelque chose de vilain, de pas sage – c’est ça, surtout, qui me plaît. »

A ses débuts, Diane Arbus est équipée d’un Nikon F, avec lequel elle réalise des portraits au format 3/2 (cela a son importance, vous le verrez plus bas). Dépressive et en manque de confiance en elle, la photographe new-yorkaise s’inscrit au cours de Lisette Model à la New School. Lisette, une photographe documentaire américaine spécialisée dans les portraits, lui conseille d’aller au plus près des modèles et de ne pas avoir peur des tabous et de l’étranger. En 1963, Diane reçoit la bourse Guggenheim pour financer son projet intitulé « les rites, les manières et les coutumes américaines ».

La reconnaissance de son travail
Diane change ensuite d’appareil photo pour un Rolleiflex permettant de donner une forme carrée à ses portraits, format qui la marquera. A la fin de sa carrière, la photographe est équipée d’un double Lens Mamiya produisant des clichés du même format. En 1967, le Musée d’Art Moderne de New York (MoMA) présente trente de ses photographies dans l’exposition New Documents. Dès lors, sa carrière de photographe décolle. Ses portraits de « Freaks » font sensation et intriguent le public.

Le portrait des jumelles est présent lors de cet évènement. La photographe ne voulait pas montrer les similitudes de ces deux sœurs identiques mais au contraire accentuer leurs différences. Leurs vêtements sont pareils, leurs coiffures sont identiques, leur apparence est semblable, et pourtant, elles sont uniques et on peut le voir à l’expression sur leur visage. Elles réagissent différemment à la photo qui est prise parce qu’elles sont différentes à l’intérieur. Pour l’anecdote, ces deux jumelles ont inspiré Kubrick pour le film d’horreur Shining.

Les « Freaks » : une source d’inspiration pour Diane Arbus
Ses modèles préférés sont donc les « freaks », les monstres humains, marginalisés par la société américaine des années soixante. Plus qu’un adjectif, « Freaks » devient un mouvement culturel qui s’oppose à la culture savante mais également à la culture hippie. En marge donc des deux cultures majoritaires aux Etats-Unis, ce mouvement est amené entre autre par le musicien Frank Zappa, qui est fasciné par l’univers carnavalesque, les déguisements mais également par les animaux disproportionnés comme King Kong.

Diane Arbus était fascinée par ces êtres originaux et différents dès leur naissance : « Les freaks ont quelque chose de légendaire. Comme un personnage de conte de fée qui vous pose une énigme. » Telle une anthropologue, la photographe arpente New York et photographie tous les personnages originaux qu’elle croise.

Des couples d’adolescents aux travestis en passant par des géants, des nains, des jumelles ou encore des handicapés mentaux et moteurs, elle photographie tout ceux qui choquent et captivent : « La plupart des gens avancent dans la vie avec la terreur de vivre un traumatisme. Les freaks sont nés avec leur traumatisme. Il ont déjà réussi le test de la vie. Ce sont des aristocrates. »

La chute
Malgré la reconnaissance de son travail, Diane est toujours aussi dépressive et mal dans sa peau : « Je ne serai jamais juste comme il faut » confiait-elle. Elle se suicide tout habillée dans sa baignoire durant l’été 1971, alors que ses enfants et son ex-mari sont loins de New-York.





Grâce à son travail et à son engagement, Diane Arbus nous apprend qu’il ne faut pas avoir peur de l’inconnu, bien au contraire. Ce qui est caché doit être montré dans toute sa vérité et dans toute sa lumière. « Pour moi le sujet de la photo est plus important que la photo elle-même. Et plus compliqué. »
Envie d’en savoir plus sur Diane Arbus ? Découvrez Diane Arbus: Portrait of a Photographier, sa biographie réalisée par Arthur Lubow.