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En quoi la photographie peut-elle être utilisée comme un moyen de retournement des préjugés et clichés? C’est la question à laquelle a tenté de répondre Adrien Golinelli dans cette vidéo enregistrée au talk-show TEDxParis le 28 novembre 2013. Il illustre son raisonnement avec ses travaux de photo-documentaire réalisés en Asie et Moyen-Orient.

Né en 1987 à Genève, Adrien Golinelli est un jeune photographe suisse, lauréat du prix SFR Paris Photo Jeunes Talents en 2012 pour son projet “La Corée du Nord : l’envers du décor”. Ayant toujours été attiré par l’Asie, pour sa diversité, sa culture, ses peuples, il entreprend de longs voyages sur le continent dès ses 18 ans, ce qui l’amène par ailleurs à commencer la photographie avec un petit Rolleiflex 35. Après avoir exploré la Route de la Soie pendant 2 ans et demi, il réalise plusieurs projets documentaires notamment en Afghanistan, au Bhoutan et en Chine.

© Adrien Golinelli, Corée du Nord: l'envers du décor (2012)

© Adrien Golinelli, Corée du Nord: l’envers du décor (2012)

Dans la vidéo, Adrien Golinelli débute son discours en développant l’exemple de son projet en Corée du Nord pour lequel il s’est efforcé de “comprendre ce que le régime voulait cacher en utilisant ce qu’il allait lui montrer”. Faisant partie d’un groupe de touristes sélectionnés par le régime et réunis pour une visite touristique très contrôlée, le photographe a pour objectif non pas de déprécier complètement le régime ni de nier son caractère autoritaire, mais plutôt de représenter la vie quotidienne des Nord-Coréens, avec ce qui lui est montré.

Les photographies ambivalentes qui en résultent oscillent entre le documentaire et la propagande imposée par le régime: la photo d’un intérieur de fast-food (dans la vidéo) en est un exemple, puisqu’elle représente la volonté du régime de se montrer ouvert au reste du monde, mais véhicule aussi, pour nos yeux d’occidentaux éloignés, “le complexe d’être considéré comme un pays normal”.

© Adrien Golinelli, Corée du Nord : l'envers du décor (2012)

© Adrien Golinelli, Corée du Nord : l’envers du décor (2012)

Ainsi, ce n’est pas seulement les a-priori du photographe étranger arrivant dans un pays encore inconnu qui entre en jeu, mais aussi les préjugés des citoyens et institutions du pays accueillant (qui se savent eux-mêmes sujets à des représentations de la part des visiteurs). Son expérience en Afghanistan illustre encore mieux ce phénomène, lorsqu’il essaye de passer inaperçu, afin d’éviter le cliché du touriste, mais finit par endosser, malgré lui, le rôle d’extrémiste-terroriste aux yeux des locaux, eux aussi empreints de préjugés.

© Adrien Golinelli, Afghanistan (2006)

© Adrien Golinelli, Afghanistan (2006)

Enfin l’exemple de son voyage au Bhoutan illustre le risque à construire son opinion uniquement par les médias dominants qui bien souvent conditionnent un pays à un seul aspect, sans investigation approfondie. Pour le jeune photographe, la solution peut résider dans la photographie: elle peut “bousculer la vision d’un pays, la remettre en question”, sans toutefois refouler toute information précédente, mais elle peut “enrichir, amender, ajouter” la connaissance d’un pays. Par ce qui est dissimulé, elle peut révéler un autre aspect.

© Adrien Golinelli, Bhoutan

© Adrien Golinelli, Bhoutan

Cependant, on pourrait opposer un argument à Adrien Golinelli, puisque la photographie peut aussi avoir l’effet inverse de ce qu’il avance. Tout(e) photographe ouvert(e) d’esprit et curieux(se) est lui/elle aussi imprégné(e) de constructions sociales, identitaires et culturelles, comme l’est tout aussi bien Adrien Golinelli qui appelle les Afghans “des barbus”. Souvent inconscientes et pas toujours simples à dépasser, ces représentations impliquent jugements biaisés dont peuvent résulter, sans recherche suffisante, des séries photographiques plus ou moins fondées sur des idées reçues.