Le 4 mars dernier, Apple dévoilait le MacBook Neo, premier MacBook de l’histoire sous la barre des 800 € (699 €, ou 599 € en tarif éducation). Disponible depuis le 11 mars, il intègre la puce A18 Pro de l’iPhone 16 Pro, une première pour un Mac.
Mais au-delà du prix, une question agite les communautés de photographes et de vidéastes : cet ordinateur à petit prix peut-il servir d’outil de création ? Nous avons épluché l’ensemble des premiers tests du MacBook Neo pour y répondre.

Sommaire
Un accueil unanimement positif
Les premiers tests sont tombées le 10 mars et le consensus est remarquable : 9/10 pour The Verge, 8,3/10 pour CNET, Editors’ Choice chez PCMag, 7/10 chez Wired. MKBHD le qualifie dans sa vidéo de « produit Apple le plus disruptif de la dernière décennie ».
Le point de convergence : la qualité de fabrication, l’écran et le trackpad surclassent tout ce qui existe à ce prix. Engadget estime que la qualité d’usage est si supérieure à la concurrence que tous les fabricants de PC devraient en avoir honte. 9to5Mac, après six jours de test, n’a rencontré aucun goulet d’étranglement dans un usage quotidien.


Le design en quatre coloris (Silver, Citrus, Blush, Indigo) avec clavier assorti fait l’unanimité, Mark Ellis prédisant qu’on en verra beaucoup dans les cafés pour les années à venir.


Fiche technique
Le MacBook Neo embarque la puce Apple A18 Pro (CPU 6 cœurs, GPU 5 cœurs, Neural Engine 16 cœurs / 38 TOPS), 8 Go de mémoire unifiée et un stockage de 256 Go (699 €) ou 512 Go (799 €, avec Touch ID). L’écran Liquid Retina de 13 pouces (2 408 x 1 506 px, 500 nits) couvre l’espace sRGB mais pas le P3 wide color, et ne dispose pas du True Tone.


La connectique se résume à deux USB-C (un USB 3.0, un USB 2.0), une prise casque, sans MagSafe ni Thunderbolt. L’affiche sur écran externe est limité au 4K 60 Hz via USB-C. Le tout dans un châssis aluminium sans ventilateur de 1,24 kg, avec une batterie de 36,5 Wh. Selon Apple, le Neo est jusqu’à 50 % plus rapide pour les tâches courantes qu’un PC à Intel Core Ultra 5, et jusqu’à 3x plus rapide pour les opérations liées à l’IA.
Le test qui intéresse les créateurs
Montage vidéo 4K dans Final Cut Pro
Pour les créateurs, c’est la vidéo du photographe Tyler Stalman qui livre les tests les plus éclairants. Après avoir ouvert toutes les applications du Mac simultanément, il lance Final Cut Pro par-dessus : un projet 4K avec histogrammes et vectorscope tourne sans problème.


Il lance ensuite un vrai projet YouTube mêlant 6K et 4K, avec transitions, titres et LUTs Panasonic Lumix. En mode « Better Performance », la lecture est fluide. Ce n’est qu’en empilant plusieurs couches vidéo avec effets en mode « Better Quality » que le Neo atteint ses limites.
Sa conclusion : un étudiant qui achète le MacBook Neo pourra filmer en 4K sur son iPhone, monter ces vidéos et lancer une chaîne YouTube. Des solutions existent pour les projets plus lourds : fichiers proxy, pré-rendu, mode performance.


Mark Ellis confirme avoir monté un Reel Instagram dans Final Cut Pro aussi facilement que sur son MacBook Pro. Tom’s Guide, plus prudent, prévient qu’il ne faut pas s’attendre à du montage rapide sur des projets complexes.
Retouche photo : Lightroom, Photoshop, RAW 100 MP
Tyler Stalman teste également un workflow photo exigeant : 50 fichiers RAW de 100 mégapixels (Hasselblad, 200 Mo chacun) importés dans Lightroom Classic en 50 secondes.


La navigation entre les vignettes est instantanée, le zoom 1:1 s’affiche en une à deux secondes, et les masques IA (ciel, sujet) se génèrent quasi instantanément. Photoshop fonctionne aussi, avec plus de saccades qu’un MacBook Pro, mais rien de bloquant.


MKBHD attribue un B− pour les photographes : les logiciels fonctionnent, mais l’écran sRGB limite la fidélité des couleurs. Au final, le MacBook Neo est suffisant pour le développement RAW et les exports par lots, à condition de ne pas lancer de rendu vidéo en parallèle.
Les limites à connaître
Tous les testeurs s’accordent : le MacBook Neo n‘est pas un ordinateur professionnel. Ben Lovejoy de 9to5Mac est catégorique : l’écran sRGB est rédhibitoire pour qui travaille la couleur, le stockage max de 512 Go est insuffisant pour la vidéo (un projet Final Cut Pro de 14 minutes peut dépasser 600 Go), et le port USB 2.0 freine la vitesse de transferts de fichiers volumineux.
The Verge révèle que le SSD est jusqu’à 8x plus lent que celui des MacBook Pro M5, avec un impact concret : un transfert de 100 Go prend jusqu’à une minute, contre 7-8 secondes sur un MacBook Pro. Et si vous travaillez sur des fichiers Photoshop multi-calques, le plafond en termes de performance sera vite atteint. Pour autant, le MacBook Neo a étonné la majorité des testeurs.
Autonomie : la bonne surprise
En termes d’autonomie, Tom’s Guide mesure 13 h 28 en navigation web continue, une endurance qualifiée de fantastique pour ce prix (le Surface Laptop Go 3 ne dépasse pas 9 h). L’écart avec le MacBook Air M5 n’est que de deux heures, malgré une batterie presque deux fois plus petite (36,5 vs 53,8 Wh), ce qui témoigne de l’efficacité de la puce A18 Pro. Dave2D nuance ces chiffres, avec seulement 7 h 48 en charge légère, un écart significatif qui dépendra du type d’utilisation, comme toujours avec les tests d’autonomie.
MacBook Neo vs MacBook Air : le bon calcul pour un créateur ?
Le MacBook Air M5 neuf : 500 € de plus, un autre monde
Le MacBook Air M5 démarre à 1 199 €. Pour 500 € de plus, on obtient puce M5 environ 20 % plus rapide en single-core et 80 % en multi-core, un GPU deux fois plus puissant, 16 Go de RAM (configurable jusqu’à 32 Go), une bande passante mémoire de 153 Go/s, du stockage jusqu’à 4 To, deux ports Thunderbolt 4, le MagSafe, le Wi-Fi 7, et surtout un écran P3 wide color avec True Tone.
Pour qui travaille régulièrement avec des fichiers volumineux ou des logiciels exigeants, le MacBook Air reste un meilleur choix que le MacBook Neo, avec un poids et un encombrement similaire.
L’option reconditionné : MacBook Air M2 entre 780 et 990 €
Mais finalement, comme c’est souvent le cas, le marché du reconditionné devient ici encore plus intéressant pour qui cherche le maximum de performances au meilleur prix.
Sur Back Market, un MacBook Air M2 reconditionné en 8 Go / 256 Go se négocie autour de 780 €, tandis que les modèles en 16 Go de RAM se situent plutôt aux alentours de 990 €. Le Refurb Store officiel d’Apple est un peu au-dessus, mais avec garantie d’un an et tests complets.
Pour ce prix, on gagne un écran P3, un clavier rétroéclairé, le MagSafe et des ports Thunderbolt 3. Mais il y a un point important à mentionner : en configuration comparable (8 Go / 256 Go), un Air M2 d’occasion n’offre pas forcément plus de RAM, ne sera plus sous garantie Apple, et cessera de recevoir les mises à jour macOS avant le Neo. L’avantage du reconditionné ne joue vraiment que si l’on prend un MacBook Air avec 16 Go de RAM, ce qui pousse le prix au-delà de 900 €.
L’onde de choc dans l’industrie PC
Le lancement du MacBook Neo a provoqué des réactions inédites dans l’industrie du PC. Lors de son appel investisseurs, S.Y. Hsu, co-CEO d’Asus, a qualifié le prix du Neo de « choc pour toute l’industrie », tout en tentant de le minimiser en le présentant comme un simple appareil de consommation de contenu.
9to5Mac compare cette réaction à la célèbre erreur de jugement de Steve Ballmer face à l’iPhone en 2007.
La comparaison directe avec les ordinateurs portables Windows au même tarif est révélatrice : écrans plus sombres, trackpads inférieurs, coque plastique, autonomie limitée. Le MacBook Neo va également concurrencer fortement les ChromeBook dans le monde de l’éducation.
Notre avis pour la photo
Avec le MacBook Neo, Apple a créé un ordinateur portable parfaitement calibré. Pour les créateurs, le bilan est plus positif qu’attendu. Comme Tyler Stalman l’a démontré, le MacBook Neo gère du montage 4K dans Final Cut Pro, de la retouche RAW dans Lightroom et même avec des fichiers Hasselblad de 100 mégapixels.
Ce n’est pas la machine la plus rapide, il faudra adapter ses habitudes mais la capacité est là, notamment en déplacement. Combiné au tarif éducation, c’est un point d’entrée d’un rapport qualité-prix inédit pour un ordinateur portable Apple. A tel point que cela pourrait également redéfinir le choix entre un MacBook et un iPad.
En revanche, pour un photographe ou vidéaste qui a besoin d’un écran plus qualitatif et lumineux, de davantage de connectique ou de plus de 8 Go de RAM, le MacBook Air reste la recommandation. Le Neo n’a pas vocation à remplacer un outil de production, il est plutôt le compagnon créatif qui donnera envie de passer à l’étape suivante.
Un cheval de Troie pour l’écosystème Apple
Ne nous y trompons pas : le MacBook Neo ne vise pas les créateurs. Comme le résume Marques Brownlee, « si vous regardez cette machine en vous demandant si elle a assez de RAM pour ce que vous voulez faire, c’est probablement que ce n’est déjà pas pour vous ».
Le Neo s’adresse aux étudiants, aux primo-accédants, à ceux qui hésitaient entre un Chromebook et un « vrai » ordinateur. Et c’est précisément là que réside la stratégie d’Apple. À 699 € (599 € pour les étudiants), le Neo est une porte d’entrée dans l’écosystème Apple, souvent la première.
Une fois le Mac adopté, les fonctions Continuité, AirDrop, iPhone Mirroring, le presse-papiers universel, l’écran étendu avec un iPad font le reste : elles tissent un maillage entre les appareils dont il devient très difficile de se défaire.


Apple le sait, et c’est sans doute la raison pour laquelle la firme a consenti un effort tarifaire aussi inhabituel. Le pari est simple : un étudiant qui découvre macOS à 20 ans avec un MacBook Neo a toutes les chances de passer au MacBook Air quelques années plus tard, puis au Pro. Le MacBook Neo n’est pas qu’un ordinateur à petit prix, c’est un investissement à long terme pour Apple, et peut-être le début d’une histoire pour son utilisateur.
Le MacBook Neo est proposé au tarif de 699 € (256 Go) ou 799 € (512 Go + Touch ID).





