Thomas, 1987 © Robert Mapplethorpe Foundation

Robert Mapplethorpe célébré au Palazzo Reale de Milan

Jusqu’au 17 mai 2026, Milan offre l’occasion de redécouvrir l’œuvre de Robert Mapplethorpe (1946–1989) à travers l’exposition Le Forme del Desiderio (Les formes du désir), présentée au Palazzo Reale. Plus de 200 clichés y offrent une perspective renouvelée sur le travail du photographe américain, figure emblématique de l’underground new-yorkais des années 1970.

Thomas And Dovanna, 1986 © Robert Mapplethorpe Foundation

Du collage au tirage : la naissance d’un regard

Portraits stylisés, fleurs s’abandonnant langoureusement à l’objectif, nus masculins chargés d’une tension érotique pleinement assumée : la réputation sulfureuse de Robert Mapplethorpe s’est construite sur une esthétique aussi frontale que maîtrisée. Compagnon et muse de Patti Smith, il fut l’une des voix les plus radicales de la contre-culture américaine.

Patti Smith, 1986 © Robert Mapplethorpe Foundation

Avant la photographie, le collage lui sert de premier terrain d’expression. Entre 1970 et 1971, il s’essaie au Polaroid et réalise ses premiers autoportraits : une quête identitaire introspective, aussi révélatrice que douloureuse. Son univers homoérotique trouve rapidement un écho dans l’œuvre de Tom of Finland, dont il partage l’exploration du fétichisme, du cuir et d’une virilité exacerbée.

Self Portrait, 1980 © Robert Mapplethorpe Foundation

Mais chez Mapplethorpe, la provocation n’est jamais gratuite. Le corps masculin, sculpté par la lumière et les contrastes comme le marbre par le burin, convoque les canons de la Grèce antique. Le nu quitte alors les marges underground pour rejoindre l’art et trouver sa juste place dans la culture contemporaine. Comme pour mieux refermer la boucle, Robert Mapplethorpe photographiera plus tard sculptures et antiquités, leur rendant par son flash une étincelle de vie.

Le noir et blanc comme matière

En 1975, la rencontre avec Sam Wagstaff, partenaire et mentor, marque un tournant décisif. Ce dernier lui offre un appareil Hasselblad : l’outil qui allait permettre à Mapplethorpe d’atteindre ces noirs profonds et cette précision sculpturale devenus sa signature.

Patti Smith, Lisa Lyon, Andy Warhol, Yoko Ono, Isabella Rossellini… Ses portraits de studio témoignent d’une connivence rare avec ses modèles. Plus qu’un portraitiste, Mapplethorpe capte une présence, une tension intérieure, une forme de vérité contenue.

La photographie devient alors sublimation. Si l’exploration du désir traverse toute son œuvre, elle se double d’un sens aigu de la composition classique, d’une discipline formelle qui dépasse les polémiques. Chez Mapplethorpe, l’érotisme est avant toute chose une aspiration à la beauté.

Papavero, 1988 © Robert Mapplethorpe Foundation

Une rétrospective itinérante d’envergure

Organisée avec la Fondation Robert Mapplethorpe (New York) sous le commissariat de Denis Curti, l’exposition s’inscrit dans le programme culturel Milano Cortina 2026 Cultural Olympiad, lié aux Jeux olympiques d’hiver de 2026 Cette rétrospective italienne réunit 257 œuvres, dont plusieurs images rarement montrées, et constitue le second arrêt d’un parcours itinérant, après Venise et avant Rome (29 mai – 4 octobre 2026).

© Andrea Avezzu

Un podcast (Mapplethorpe Unframed, disponible sur Spotify ou Apple Podcast) et un catalogue d’exposition publié par Marsilio Arte prolongent cet hommage à celui qui a su conjuguer radicalité contemporaine et héritage classique.

À Milan, Robert Mapplethorpe rappelle que le désir, lorsqu’il est porté par la rigueur du regard, peut devenir une forme expressive.

© Andrea Avezzu

Informations pratiques :
Robert Mapplethorpe, Le Forme del Desiderio
Palazzo Reale
Du 29 janvier au 17 mai 2026
Piazza del Duomo 12, Milano
Tous les jours 10h à 19h30, le jeudi de 10h à 22h30
Tarif plein 15 €, tarif réduit 13 €