Nouvel album RSF 81 : Malick Sidibé, un regard humaniste sur la jeunesse africaine

Pour son 81e album 100 photos pour la liberté de la presse, Reporters sans frontières met à l’honneur le photographe malien Malick Sidibé (1935-2016). À travers une sélection de clichés emblématiques, cette nouvelle édition de la collection emblématique de l’ONG célèbre un regard profondément humaniste sur la jeunesse africaine, tout en rappelant l’importance cruciale de défendre la liberté d’informer dans un monde où celle-ci demeure fragile.

Au-delà de sa valeur artistique et culturelle, l’achat de cet album constitue un geste engagé : l’intégralité des bénéfices est reversée à Reporters sans frontières afin de soutenir les journalistes et défendre l’indépendance de l’information partout dans le monde. 

Vue De Dos, Studio Malick, Bamako, années 1990 © Malick Sidibé

Malick Sidibé, l’œil de Bamako

Surnommé l’œil de Bamako, Malick Sidibé a façonné notre vision du Mali des années 1960 et 1970. Loin des reportages journalistiques classiques, son travail compose un autoportrait collectif : celui d’une jeunesse qui danse, s’invente et s’affirme dans l’euphorie des années qui suivent l’indépendance du pays

Né en 1935 à Soloba, près de la frontière guinéenne, Sidibé se forme d’abord au dessin puis à la joaillerie avant d’apprendre la photographie auprès de Gérard Guillat, surnommé Gégé la Pellicule. Au début des années 1960, il ouvre son studio dans le quartier de Bagadadji, au cœur de Bamako. Très vite, ses portraits séduisent par leur spontanéité et la proximité qu’il instaure avec ses modèles. 

Toute la famille à moto, Studio Malick, Bamako, 1962 © Malick Sidibé

Mais l’œuvre de Sidibé ne se limite pas aux portraits posés en studio. Photographe de la vie quotidienne, il sillonne la ville et devient le chroniqueur attentif d’une génération assoiffée de liberté. On le retrouve dans les bals clandestins, les fêtes improvisées ou les surprises-parties où les jeunes Maliens adoptent les influences musicales venues d’Europe, des États-Unis ou de Cuba. Sur les rives du fleuve Niger, les nuits se prolongent jusqu’à l’aube, dans un mélange d’élégance, de musique et d’insouciance.

Les images rapportées de ces moments vibrants témoignent d’une époque post-coloniale traversée par l’enthousiasme et l’espoir. Dans l’objectif de Sidibé, l’intime rejoint le politique : la construction d’une mémoire collective et l’affirmation d’une identité malienne.

Regardez moi ! , 1962 © Malick Sidibé

Une reconnaissance internationale tardive

Si Malick Sidibé est une véritable star au Mali dès les années 1960, sa reconnaissance internationale intervient sur le tard. Dans les années 1990, la photographe Françoise Huguier contribue à faire découvrir son travail au public occidental. Ses photographies apparaissent alors pour ce qu’elles sont : des images profondément modernes, à même de saisir l’intimité d’une génération tout en contant l’histoire d’un pays en mutation

Autoportrait, circa 1960 © Malick Sidibé

Décédé en 2016 à Bamako, le photographe laisse derrière lui une œuvre populaire et humaniste. Ses images, devenues iconiques, célèbrent la jeunesse, la liberté d’être soi et la photographie de portrait comme outil de mémoire et de transmission. C’est donc tout naturellement que les images de Malick Sidibé se frayent un chemin dans le nouvel album RSF 100 photos pour la liberté de la presse.

Un album enrichi de regards contemporains

Le portfolio de l’album RSF propose une immersion de 120 pages dans l’univers du photographe, enrichie de textes et témoignages. On y retrouve notamment les contributions de l’écrivain Manthia Diawara, du commissaire d’exposition André Magnin, de la commissaire Laura Serani, ainsi que du photographe sénégalais Omar Victor Diop, qui rend hommage à son aîné en reprenant certains codes de la photographie de studio africaine. Ce 81e album succède à celui consacré au Studio Ghibli à l’occasion des 40 ans du studio d’animation japonais.

L’ouvrage s’ouvre également sur un avant-propos de Françoise Huguier, figure essentielle dans la diffusion de l’œuvre de Sidibé et fondatrice des Rencontres de la photographie de Bamako.

Comme chaque année, l’album consacre aussi plusieurs pages à la situation mondiale de la liberté de la presse. On y retrouve un bilan de l’année écoulée, un focus sur des rédactions travaillant dans des contextes hostiles, notamment en Afghanistan, ainsi que les portraits de journalistes défendus par RSF pour leur engagement à informer malgré les risques encourus. 

Défendre le droit d’informer

Dans un contexte international marqué par des tensions politiques croissantes, des conflits et une désinformation omniprésente, la mission de Reporters sans frontières demeure plus essentielle que jamais. Il est crucial que femmes et hommes de terrain puissent continuer à informer de manière juste, éthique et indépendante. À travers cet album, Reporters sans frontières rappelle que la liberté de la presse n’est jamais acquise : elle se défend au quotidien.

RSF N° 81, Nuit De Noel Chappy Club 1963 © Malick Sidibé

Disponible en librairie ou sur le site de l’ONG à partir du 5 mars 2026, l’album RSF 100 photos pour la liberté de la presse – Malick Sidibé est proposé au tarif de 12,50 €. L’achat de ce portfolio unique contribue directement à soutenir celles et ceux qui, partout dans le monde, œuvrent pour une information libre.