À l’occasion du CP+ 2026, nous avons rencontré Yu Takae, Senior Manager de la planification produit ILC chez Sony. L’occasion de revenir entre autres sur le lancement de l’Alpha 7 V et sa nouvelle puce Bionz XR2, le retour inattendu du compact plein format RX1R III dix ans après son prédécesseur et l’avenir de la gamme APS-C. Place à l’interview.

Quel bilan tirez-vous du lancement du Sony A7 V ? Vous attendiez-vous à un démarrage aussi fort sur le marché ?
Le Sony Alpha 7 V maintient des ventes soutenues dans toutes les régions depuis son lancement en décembre dernier.
Cet appareil est conçu pour un large éventail d’utilisateurs, en photo comme en vidéo. Il embarque de nombreuses fonctionnalités qui répondent à la demande croissante en matière de capture de sujets en mouvement, de partage en temps réel et d’efficacité du flux de travail. C’est le choix idéal pour les utilisateurs qui souhaitent capturer de manière créative les moments du quotidien, qui accordent de l’importance à la réactivité et qui recherchent une évolution dans leur expérience photographique.
Le Sony Alpha 7 V est un boîtier hybride plein format de référence qui a progressé en termes de qualité d’image, d’autofocus, de performances vidéo, d’ergonomie et d’évolutivité.
Le lancement du A7 V a pris plus de temps que prévu, la plupart des observateurs anticipant une sortie fin 2024. Que s’est-il passé ? Le produit a-t-il été volontairement retardé, et si oui, pour quelles raisons ?
Nous définissons le calendrier de lancement en fonction de nombreux paramètres afin de trouver le meilleur moment. Malheureusement, nous ne pouvons pas entrer dans les détails concernant les produits individuels, mais nous espérons que vous comprendrez.

L’A7 V inaugure la nouvelle puce Bionz XR2 et affiche une autonomie exceptionnelle. Comment avez-vous obtenu cette amélioration significative de l’autonomie ? Est-ce lié à l’architecture du processeur, notamment l’utilisation de la mémoire unifiée ? Quels sont les autres bénéfices concrets de cette puce sur le terrain ?
L’autonomie de la batterie et la dissipation thermique sont des points très importants, en particulier pour les vidéastes. Nous avons amélioré ces deux aspects sur l’Alpha 7 Mark V grâce au nouveau processeur BIONZ XR2. Mais il est assez difficile d’expliquer exactement comment nous y sommes parvenus. De plus, nous ne pouvons pas communiquer de détails techniques spécifiques.

L’A7 V est le premier boîtier Sony Alpha à utiliser un capteur « semi-stacked » avec une résolution supérieure à celle de ses concurrents. Pouvez-vous nous expliquer cette technologie ? En quoi diffère-t-elle d’un capteur stacked traditionnel et quels avantages apporte-t-elle ?
En effet, l’appareil est équipé d’un capteur CMOS Exmor RS partiellement empilé, atteignant une vitesse de lecture environ 4,5 fois supérieure à celle de l’Alpha 7 IV.
Cela permet des calculs AF/AE jusqu’à 60 fois par seconde tout en offrant une rafale haute vitesse sans blackout jusqu’à 30 images par seconde, garantissant que le sujet reste toujours visible dans le viseur et permettant de saisir des instants décisifs.

De plus, il prend en charge une vitesse d’obturation maximale de 1/16000 s, l’enregistrement vidéo à haut débit d’images et une qualité d’image améliorée grâce à une large plage dynamique, offrant une expérience de prise de vue polyvalente et performante répondant aux besoins avancés des utilisateurs.
Sony annonce 16 stops de plage dynamique en mode obturateur mécanique sur le A7 V, ce qui est remarquable. Comment avez-vous atteint cette performance ? Est-ce directement lié au capteur semi-stacked ou à d’autres innovations technologiques ?
Le nouveau capteur CMOS partiellement empilé a permis d’améliorer la plage dynamique de l’obturateur mécanique à 16 stops, mais nous ne sommes pas en mesure de commenter les détails techniques spécifiques.
Le A7 V est excellent en photo, mais paraît assez conservateur en vidéo par rapport à ses concurrents : pas de 6K, pas d’OpenGate, pas de RAW interne… Sony a-t-il volontairement « bridé » le boîtier pour éviter de concurrencer ses caméras vidéo comme le FX3 ou le FX2 ? Cela ne risque-t-il pas de désavantager Sony face à Canon, Nikon ou Panasonic ?
Nous déterminons les spécifications produit en considérant de manière globale la valeur et l’équilibre du produit. L’Alpha 7 V a été très bien accueilli non seulement par les créateurs qui font principalement de la photo, mais aussi par ceux qui font de la vidéo. Nous apprécions sincèrement recevoir ces différentes demandes, car nous les percevons comme le reflet des attentes que les vidéastes placent en Sony.

Nous prendrons ces retours en considération dans notre planification produit future.
Le RX1R III marque le retour surprise de cette gamme de compact plein format premium. Pourquoi ressusciter cette ligne 10 ans après son prédécesseur ?
Le RX1R II, lancé en 2015, est devenu un produit à longue durée de vie en condensant l’essence de la technologie de la série Alpha phare de l’époque dans un boîtier tenant dans la paume de la main. Alors que la série Alpha a continué d’évoluer au fil des années, nous avons reçu de nombreuses demandes de professionnels et créateurs de premier plan à travers le monde, impatients de voir un modèle successeur.
En réponse à cette demande, tout en conservant l’objectif ZEISS très apprécié, nous avons relevé le défi de condenser à nouveau des technologies avancées dans un boîtier compact : un capteur haute résolution équivalent à celui de l’Alpha 7R V, le dernier moteur de traitement d’image BIONZ XR, une unité de traitement IA et une batterie haute capacité. C’est cet effort qui a abouti au lancement de ce produit.
Au lancement, certains photographes ont regretté l’absence de stabilisation et l’écran fixe. Pourquoi ces choix techniques quand vos concurrents (Fujifilm X100 VII, Leica Q3) proposent ces fonctionnalités ? Ces choix ne risquent-ils pas de désavantager le RX1R III ?
Les spécifications sont déterminées en tenant compte des caractéristiques globales du produit.
L’APS-C semble avoir été délaissé chez Sony, hormis le segment vlog. Le A6700 date de 2023 et reste le seul boîtier récent. Avez-vous abandonné cette gamme pour la photo ? Envisagez-vous un retour de boîtiers hybrides APS-C d’entrée de gamme pour accompagner les jeunes créateurs ?
L’Alpha 6700, avec son processeur BIONZ XR et son unité de traitement IA, reste un excellent système. Parmi les jeunes photographes, l’Alpha 6400 demeure un favori. Les deux continuent de se vendre régulièrement et sont très appréciés de nos clients. Nous continuerons à suivre de près les tendances du marché tout en écoutant attentivement les retours de nos utilisateurs. Nous ne sommes pas en mesure de commenter des projets futurs spécifiques à ce stade.
Au vu du succès de la gamme FX (notamment FX3 et FX2) et Venice, verra-t-on un jour un successeur à l’Alpha 7S III ? Ou considérez-vous que la gamme S appartient au passé, remplacée par vos caméras cinéma ?
La série Alpha 7S continue d’enregistrer des ventes régulières et est largement utilisée par des créateurs qui ne font pas seulement de la photo, mais aussi de la vidéo. Nous continuerons à surveiller attentivement les tendances du marché et à prendre en compte les retours des utilisateurs. Cependant, nous préférons nous abstenir de tout commentaire sur des projets futurs spécifiques à ce stade.

La monture Sony E est remarquablement bien développée. Quelles sont les prochaines étapes pour Sony ? Verra-t-on d’autres optiques « atypiques » comme le 50-150 mm, ou allez-vous combler certaines lacunes de la gamme ?
Le système à monture E a été continuellement enrichi pour répondre aux besoins diversifiés des créateurs. Au sein de cette gamme, la série G Master intègre les technologies les plus récentes disponibles à chaque instant, offrant des performances optiques et une rapidité supérieures dans un format compact et léger, et contribuant à de nouvelles formes d’expression visuelle pour les créateurs.
Par ailleurs, des produits comme les zooms à grande ouverture f/2 apportent de nouvelles propositions de valeur et permettent des expériences de prise de vue qui n’étaient pas possibles auparavant. Bien que nous nous abstenions de commenter des projets produits spécifiques, nous continuerons d’écouter un large éventail de créateurs et de soutenir leur créativité à l’avenir.
Ces deux dernières années ont vu l’arrivée d’objectifs de très grande qualité proposés par des fabricants chinois (Viltrox, 7artisans, TTArtisan…). Quelle est votre relation avec ces acteurs ? Ont-ils accès aux mêmes technologies et spécifications que les acteurs tiers « traditionnels » comme Sigma ou Tamron ?
Nous nous abstenons de tout commentaire sur les fabricants individuels. Les spécifications de base de la monture E sont communiquées selon des procédures établies, et ni la politique de divulgation ni les spécifications elles-mêmes n’ont changé depuis l’annonce de 2011.
De nombreux fabricants d’objectifs et d’adaptateurs de monture continuent de soutenir cette approche, et à l’avenir, nous souhaitons étendre encore le potentiel de la monture E et la développer en tant qu’écosystème capable de répondre aux besoins de plus en plus diversifiés des créateurs.

Merci à Yu Takae d’avoir répondu à nos questions. Nous tenons également à remercier Alice de Sony France pour l’organisation de cette rencontre.



