Interview Nikon CP+ 2026 : « Les avancées optiques permettent de maintenir les performances avec moins de lentilles »

À l’occasion du CP+ 2026, nous avons rencontré quatre ingénieurs de Nikon pour décortiquer le développement du Nikkor Z 70-200 mm f/2,8 VR S II. Autour de la table : Satoshi Yamada et Takahiro Sakai, du département développement de la division ingénierie optique, Akino Kondo, du département conception optique, et Akiyuki Usui, du département planification UX chez Nikon.

De la formule optique aux algorithmes AF, en passant par la chasse aux grammes superflus, ils reviennent sur les choix qui ont façonné ce téléobjectif. Place à l’interview.


Lorsque vous commencez à développer une version II d’un objectif, à quoi ressemble le cahier des charges initial ? Partez-vous d’une page blanche ou optimisez-vous la formule optique existante ? Quels retours terrain ont le plus pesé dans les décisions derrière le Nikkor 70-200 mm f/2,8 VR S II : le poids, la vitesse AF, autre chose ?

Satoshi Yamada : Pour le développement du NIKKOR Z 70-200 mm f/2,8 VR S II, nous avons d’abord analysé en profondeur les retours utilisateurs sur son prédécesseur.

La demande la plus fréquente portait sur un allégement de l’objectif. La qualité optique étant déjà saluée, l’enjeu était de réduire le poids sans compromettre la qualité d’image.

Nous avons également donné la priorité à l’amélioration de l’AF grâce au Silky Swift VCM (SSVCM), afin d’accompagner les performances futures des boîtiers, et à l’amélioration de l’ergonomie pour les usages professionnels et amateurs avertis. Des fonctionnalités comme une distance de mise au point minimale plus courte, une bague de contrôle avec cran activable/désactivable, une fenêtre de réglage du filtre et une compatibilité Arca-Swiss ont été ajoutées en réponse à des retours spécifiques.

Le développement initial est pour autant parti d’une page blanche, en examinant de nombreuses possibilités de type optique, de configuration mécanique et de focale avant de finaliser le design actuel.

Le Nikkor Z 70-200 mm f/2,8 VR S II passe de 21 éléments répartis en 18 groupes à 18 éléments pour 16 groupes, tout en améliorant les performances. Pendant longtemps, davantage de lentilles signifiait une meilleure correction. Aujourd’hui, les progrès dans les types de verres spéciaux permettent-ils de faire plus avec moins ? Où se situe la limite de cette simplification ?

Akino Kondo : Oui, les avancées dans les technologies de lentilles asphériques et de matériaux de verre spéciaux permettent désormais de maintenir les performances optiques avec moins d’éléments.

Sur le NIKKOR Z 70-200 mm f/2,8 VR S II, par exemple, l’adoption d’un élément asphérique en verre ED permet à une seule lentille de corriger l’aberration chromatique et d’autres aberrations liées à la résolution, qui nécessitaient auparavant plusieurs lentilles, réduisant ainsi le nombre total d’éléments.

Nous ne pouvons pas préciser les limites exactes, mais grâce aux avancées en matériaux et en technologies, nous avons pu y parvenir.

Quel est l’équilibre actuel entre correction purement optique et correction logicielle (profils embarqués, traitement logiciel) dans le rendu final d’un objectif comme le Nikkor 70-200 mm f/2,8 VR S II ? Y a-t-il des aberrations que vous laissez délibérément au traitement numérique pour optimiser d’autres paramètres ?

Akino Kondo : Fondamentalement, sur le 70-200 mm f/2,8 VR S II, les corrections sont effectuées de manière optique, en maintenant un équilibre similaire à celui de son prédécesseur.

Nous appliquons une correction globale de la balance des couleurs afin que les sujets apparaissent avec des tons plus naturels en photo.

Sur d’autres objectifs, lorsque la correction numérique permet un gain concret en termes d’encombrement ou de poids, nous pouvons l’adopter si ces critères sont déterminants pour le client. Pour le 70-200 mm f/2,8 VR S II, la correction optique reste l’élément principal.

Passer de 1 360 g à 998 g représente une réduction de poids de 27 %. Concrètement, d’où vient ce gain ?

Satoshi Yamada : Pour obtenir une réduction de poids de plus de 300 g par rapport à son prédécesseur, nous avons revu en profondeur les aspects optiques et mécaniques.

Sur le plan optique, nous avons réduit le nombre de groupes de lentilles qui se déplacent pendant le zoom et modifié les configurations de groupes afin de nécessiter moins de pièces mécaniques, tout en raccourcissant la longueur totale de l’objectif pour une réduction de poids supplémentaire.

Sur le plan mécanique, nous avons entièrement repensé la structure par rapport au système conventionnel afin de réduire le poids des composants eux-mêmes.

Tout en réduisant le nombre d’éléments, nous avons adopté la fluorite et changé la lentille frontale de concave à convexe, ce qui a permis de réduire le diamètre et l’épaisseur des éléments en aval et ainsi de diminuer la masse du verre lui-même.

Nous avons également utilisé les dernières technologies d’usinage pour réduire l’épaisseur des lentilles par incréments de 0,1 mm et alléger les composants par incréments de 0,1 g, grâce à des simulations de résistance aux chocs répétées et des tests en conditions réelles.

Cette optimisation globale, optique et mécanique, a permis une réduction de poids majeure.

Avec les moteurs Silky Swift VCM, Nikon promet un AF 3,5x plus rapide. Concrètement, comment cela se traduit-il en termes de suivi de sujets erratiques ?

Satoshi Yamada : Les performances AF dépendent aussi du boîtier, nous ne pouvons donc pas préciser les proportions. Cependant, à mesure que les boîtiers évoluent, nous avons anticipé le besoin d’un AF plus réactif, capable de suivre les sujets plus rapidement et de maintenir la mise au point même sur des sujets en mouvement.

Pour ce nouvel objectif, nous avons adopté un moteur SSVCM, amélioré les algorithmes de contrôle et intégré un nouvel encodeur optique ABS. Ce dernier offre une détection de position plus précise, ce qui permet aux lentilles de mise au point de s’immobiliser avec une plus grande exactitude, même à haute vitesse.

La structure mécanique a également été optimisée pour ce nouveau contrôle, améliorant les performances AF.

Et dans quelle mesure les performances AF dépendent-elles du boîtier (algorithmes du Z8/Z9) par rapport à l’objectif lui-même ?

Takahiro Sakai : Les deux sont importants. Le boîtier envoie à l’objectif un signal pour qu’il se déplace à une certaine vitesse. Si les actuateurs de l’objectif ne sont pas capable de répondre à cette instruction, le système ne peut pas exprimer tout son potentiel.

La performance réelle dépend de cette interaction entre le calcul côté boîtier et l’exécution côté objectif, les deux sont donc importants.

Sur ce 70-200 mm, nous avons justement dimensionné les capacités de l’objectif au-delà des besoins actuels, en anticipant les évolutions futures des boîtiers. L’objectif est donc capable d’exploiter pleinement le système, en vitesse comme en précision.

Pourquoi avoir changer le diaphragme de l’optique de 9 à 11 lamelles ?

Satoshi Yamada : Ce choix répond directement aux attentes des utilisateurs, qui accordent une grande importance au rendu. Avec 11 lamelles, les bulles de bokeh sont plus circulaires et les transitions de flou plus douces et naturelles.

Bien que cela ajoute une certaine complexité structurelle, nous avons privilégié la qualité d’image et avons mis en œuvre ce changement.

Le 70-200 mm inaugure un système de collier de pied original : deux anneaux interchangeables, l’un équipé d’un pied Arca-Swiss, l’autre servant de simple protection du fût. Quelle réflexion a mené à ce design ? Ce système a-t-il vocation à être étendu à d’autres télézooms de la gamme ?

Satoshi Yamada : Nos enquêtes utilisateurs ont fait ressortir deux profils distincts pour les objectifs qui pèsent environ 1 kg : ceux qui privilégient la compacité et le rangement facile, et ceux qui veulent pouvoir travailler sur trépied en basculant rapidement entre orientation horizontale et verticale.

Pour satisfaire ces deux usages, nous avons conçu un collier amovible qui, comme sur le prédécesseur, permet une rotation fluide. Un anneau de protection est fourni pour les utilisateurs qui retirent le collier, afin de protéger la zone de la baïonnette des rayures liées à l’usage quotidien.

Concernant un éventuel déploiement sur d’autres télézooms, nous ne pouvons pas nous prononcer, mais nous continuerons à répondre avec souplesse aux attentes des utilisateurs.

Avec les objectif Nikkor Z S-Line de seconde génération, Nikon semble avoir trouvé un nouvel équilibre entre performances optiques, poids et compacité. Cette philosophie sera-t-elle appliquée à l’ensemble de la gamme S ? Peut-on s’attendre à un 14-24 mm f/2.8 S II, par exemple ?

Akiyuki Usui : Malheureusement, nous n’avons aucune information sur les futurs produits à communiquer pour le moment. Nous continuerons à planifier et développer des produits qui satisferont les clients en intégrant de nouvelles technologies et idées, tout en restant à l’écoute des retours utilisateurs.

Akiyuki Usui, Takahiro Sakai, Akino Kondo, Satoshi Yamada – Crédit : Nikon

Merci aux équipes de Nikon Corp pour avoir répondu à nos questions, ainsi qu’à Nikon France pour avoir rendu cette interview possible.