DJI attaque Insta360 en justice pour violation de brevets sur les drones et le traitement d’image

DJI vient de déposer une plainte en Chine contre Insta360 pour la propriété de six brevets touchant au contrôle de vol, à la conception structurelle et au traitement d’image. Une offensive juridique inédite, lancée trois jours avant la présentation du DJI Avata 360. Le fondateur d’Insta360 a immédiatement répliqué.

C’est une première dans l’histoire de DJI : le géant chinois du drone a déposé une plainte en propriété intellectuelle contre son rival Insta360, devant le tribunal intermédiaire de Shenzhen. L’affaire porte sur six brevets couvrant des technologies clés dans le domaine des drones, notamment le contrôle de vol, la conception structurelle des appareils et le traitement d’image.

L’information, révélée ce lundi 23 mars par le média chinois Jiemian News, a été confirmée par plusieurs sources dont le Securities Times et le South China Morning Post. Le tribunal a d’ores et déjà accepté le dossier.

L’argument de DJI : des « inventions de service »

DJI s’appuie sur un mécanisme spécifique du droit chinois de la propriété intellectuelle. En Chine, toute innovation développée par un employé dans l’année suivant son départ, si elle est liée à ses anciennes fonctions, est juridiquement considérée comme une « invention de service » appartenant à l’ancien employeur.

Concrètement, DJI affirme que plusieurs anciens membres de son équipe R&D, après avoir rejoint Insta360 (dont la maison-mère est Arashi Vision), ont déposé des brevets qui découleraient directement de leur travail chez DJI. Un détail a attiré l’attention des observateurs : pour deux brevets liés au contrôle de vol et à la conception structurelle, l’inventeur a été listé comme « demandant à ne pas divulguer son nom » dans les dépôts chinois, alors que son identité réelle, celle d’un ancien cadre R&D de DJI, apparaît dans les dépôts internationaux PCT.

Au moment de la publication de cet article, DJI n’a pas communiqué publiquement sur le dossier et n’a pas répondu aux demandes de commentaire de la presse.

La réponse d’Insta360

Le jour même, le fondateur et PDG d’Insta360, Liu Jingkang (JK Liu), a publié une déclaration détaillée sur Weibo, le réseau social chinois.

Sa position est sans ambiguïté. « Il s’agit essentiellement de quelques anciens employés de DJI qui ont rejoint Insta360 et déposé des brevets pendant leur période chez nous », explique-t-il. « DJI revendique la propriété de ces brevets. Nous les avons examinés attentivement, et les preuves disponibles montrent que toutes les idées et innovations ont été créées de manière indépendante chez Insta360. »

Sur la question de l’anonymat des inventeurs dans les dépôts chinois, le fondateur d’Insta360 avance une explication opérationnelle : il s’agirait d’une pratique interne standard, appliquée à l’ensemble des employés pour les protéger du démarchage de recruteurs, et non d’une tentative de dissimulation. « Si notre intention était celle que DJI décrit, nous n’aurions pas du tout utilisé ces noms » dans les dépôts internationaux, argumente-t-il.

Liu Jingkang affirme également que la plupart des brevets drone au cœur du litige ont été déposés il y a plus de quatre ans et ne sont plus pertinents pour la stratégie produit actuelle d’Insta360. Il précise que le brevet le plus significatif, lié au contrôle de vol, concerne une fonctionnalité assez étroite : un mode de plongée FPV le long des bâtiments, activable en une seule pression. Selon lui, l’idée ne provient même pas d’anciens ingénieurs DJI. « C’était mon idée », affirme-t-il.

28 brevets Insta360 potentiellement concernés par les produits DJI

Dans un passage révélateur de sa déclaration, Liu Jingkang indique qu’Insta360 a identifié 28 de ses propres brevets qui pourraient potentiellement couvrir des produits DJI, dans les domaines du matériel, du logiciel, des méthodes de contrôle et des accessoires. Malgré cela, l’entreprise n’a engagé aucune action en justice.

« En tant que petite entreprise aux ressources limitées, nous donnons la priorité à l’innovation plutôt qu’aux litiges », explique-t-il. « Nous préférons élargir le marché et offrir plus de choix aux consommateurs. » Il précise toutefois que cette retenue a ses limites : Insta360 se défendrait pleinement si sa capacité à innover ou à lancer de nouveaux produits était directement menacée.

Un timing lié au lancement du DJI Avata 360

Le contexte de cette plainte n’est pas anodin. DJI s’apprête à présenter le 26 mars le DJI Avata 360, son tout premier drone FPV à caméra 360°, un produit qui constitue une réponse directe à l’Antigravity A1 d’Insta360. Lancé en décembre 2025, l’A1 avait été commercialisé comme le premier drone 360° 8K et avait généré plus de 30 millions de yuans (environ 4 millions d’euros) de ventes en 48 heures sur le marché chinois.

Les deux entreprises de Shenzhen, longtemps positionnées sur des segments distincts (drones pour DJI, caméras 360 pour Insta360), se retrouvent désormais en concurrence frontale sur les deux terrains. DJI a lancé l’Osmo 360 pour concurrencer les caméras 360° d’Insta360, tandis qu’Insta360 a pénétré le marché des drones via sa marque Antigravity.

Le PDG d’Insta360 ne cache pas sa lecture de la situation. « Nous comprenons pourquoi GoPro et DJI nous poursuivent : les acteurs établis détestent perdre des parts de marché », déclare-t-il sur Weibo. Le parallèle avec GoPro n’est pas fortuit : Insta360 a remporté en février 2026 une victoire complète devant l’ITC (International Trade Commission) américaine, où GoPro l’avait accusée de violer plusieurs brevets liés à la stabilisation et à la correction de distorsion.

Guess the full potential of a panoramic drone! |DJI Avata 360

Ce que cela signifie pour l’industrie

Au-delà du litige entre deux entreprises de Shenzhen, cette affaire soulève des questions plus larges sur la mobilité des talents dans le secteur tech chinois. Si le tribunal donne raison à DJI, cela pourrait créer un précédent contraignant sur la capacité des ingénieurs à exploiter leur expertise après un changement d’employeur. Plusieurs analystes estiment d’ailleurs que la plainte vise autant à dissuader les départs de talents clés qu’à récupérer la propriété des brevets eux-mêmes.

Pour Insta360, qui prévoit de lancer sept à huit nouveaux produits cette année (dont des caméras sur gimbal, des micro-cravates et un autre drone), l’incertitude juridique pourrait peser sur sa dynamique, même si l’entreprise affiche pour l’instant une posture offensive.

L’affaire est désormais entre les mains du tribunal intermédiaire de Shenzhen. « Ce genre de situation est courant dans la tech », relativise JK Liu.