25 drones FPV lancés à la poursuite des athlètes, des replays 360° générés par IA en quelques secondes, des Samsung Galaxy S25 Ultra intégrés au dispositif de diffusion officielle, et même les selfies érigés au rang de photo « officielle ». Les JO d’hiver de Milan-Cortina 2026, qui ont officiellement été lancés le 6 février dernier, sont les plus technologiques de l’histoire. Phototrend décrypte un arsenal qui change notre manière de fabriquer et de regarder l’image sportive.
Sommaire
- Drones FPV : quand la caméra vole avec l’athlète
- L’IA réinvente le replay et la production d’images
- 100 000 clips à Paris, encore plus à Milan
- Le smartphone entre dans le workflow du broadcast… et sur le podium
- Le Victory Selfie : quand l’athlète devient son propre photographe
- Drones et IA au service de la sécurité
- Ce que ces JO changent pour l’image
Drones FPV : quand la caméra vole avec l’athlète
Les drones ne sont pas une nouveauté aux JO. Leur première apparition remonte à Sotchi 2014, et Intel avait marqué les esprits à PyeongChang 2018 avec un ballet aérien de 1 200 drones lumineux. On se souvient également de la descente de Marcel Hirscher en 2015 lors des championnats du monde de slalom, où un drone avait failli lui tomber dessus. Mais en 10 ans, les choses ont bien évolué, er à Milan-Cortina 2026, on change de dimension.
Lors de ces JO, les drones deviennent de véritables caméras de compétition, intégrées au dispositif de réalisation au même titre qu’une caméra sur un bras articulé ou une caméra sur câble.
Olympic Broadcasting Services (OBS), la filiale du CIO chargée de la production télévisée – à ne pas confondre avec le logiciel de streaming OBS – a déployé au moins 25 drones FPV (First Person View) en plus d’une dizaine de drones aériens plus conventionnels pour les plans larges des différentes installations sportives. Un volume sans précédent, qui vient d’ailleurs polluer un peu les épreuves où les drones sont présents, en raison de leur vrombissement caractéristique.
Ces quadricoptères ultra-maniables, équipés de caméras HD et pilotés en immersion via des lunettes FPV, sont capables de suivre les sportifs au plus près et à haute vitesse, négociant les virages d’une piste de ski indoor ou longeant une descente de ski alpin dans un mouvement continu.
« Nous disposons désormais d’une nouvelle génération de technologie qui permet vraiment une utilisation sûre des drones qui s’approchent très près de l’action », Yiannis Exarchos, PDG d’Olympic Broadcasting Services, à Euronews. « Vous allez voir des images que nous n’avions jamais vues avant dans la couverture de ces sports. »
L’une des premières les plus spectaculaires a été la captation par drone FPV d’une descente de luge : pour la première fois, un drone a suivi le lugeur dans le couloir de glace, restituant en temps réel la vitesse et l’adrénaline de la discipline.

Les drones plus conventionnels complètent le tableau avec des plans saisissants sur les Dolomites et les paysages alpins, offrant des transitions visuelles à la hauteur du cadre.
L’apport est d’abord sensoriel : le téléspectateur est placé au cœur de la course, ressentant la vitesse et l’amplitude des sauts et descentes comme jamais.

Les défis restent néanmoins réels. Sécurité d’abord : un drone volant à proximité immédiate d’athlètes lancés à 130 km/h impose des protocoles stricts, des zones de survol définies et des procédures d’urgence. Le froid extrême, le vent et la neige sont des ennemis des batteries et des capteurs. Enfin, côté réalisation, les plans FPV très rapides peuvent désorienter le téléspectateur s’ils sont mal dosés : OBS les utilise en ponctuations spectaculaires plutôt qu’en plan principal permanent.
L’IA réinvente le replay et la production d’images
Si les drones capturent les images, c’est l’intelligence artificielle qui les transforme, les enrichit et les multiplie. Lors des JO de Milan-Cortina, l’IA est devenue un maillon central de la chaîne de production.
L’effet Matrix en direct : des ralentis 360° en temps réel
L’innovation la plus frappante est la génération de replays multi-angles quasi instantanés. Sur place, 17 sports sont couvertes par cette technologie, contre 10 à Beijing 2022. En combinant les flux de multiples caméras, les algorithmes d’OBS reconstituent des vues intermédiaires pour créer un ralenti à 360° autour de l’action.

Concrètement : un sauteur à ski est figé en plein vol, et l’IA génère en quelques secondes une vidéo où la caméra tourne autour de lui, avec des données incrustées à l’écran. C’est le fameux effet bullet time de Matrix, mais en conditions réelles et en direct, que nous avions déjà découvert lors des JO de Paris, mais qui est ici très utilisé sur les épreuves de sauts.
L’infrastructure derrière est colossale : OBS s’appuie sur le cloud d’Alibaba, avec plusieurs data centers reliés en haute vitesse pour traiter les très grosses quantités de données vidéo produits chaque jour. Sans cette puissance de calcul, impossible de générer un replay 360° en quelques secondes. Ces replays sont également déclinés en clips VR/360° pour les réseaux sociaux.
En parallèle, Alibaba Cloud développe sa plateforme Sports AI, qui gère non pas les données produites en direct, mais plus de huit pétaoctets d’archives olympiques. A l’aide de l’IA, il est possible de tagger les contenus de manière automatique afin de créer une base de données interrogeable à l’aide d’un agent conversationnel.
100 000 clips à Paris, encore plus à Milan
En coulisses, l’IA accélère aussi la production de contenus. Les outils d’Automatic Highlights d’OBS, entraînés sur de vastes bases de données sportives et développés notamment avec des plateformes Intel, détectent et montent les meilleurs moments quasi en temps réel. Chaque diffuseur reçoit des résumés personnalisés : les performances marquantes de ses athlètes nationaux, des best-of par discipline, des formats optimisés pour la télévision ou les réseaux sociaux


Lors des JO de Paris 2024, ce système a généré plus de 100 000 clips en quelques jours – un volume impossible à atteindre manuellement. Pour Milan-Cortina.
Parallèlement, l’IA se met au service de l’analyse sportive : en patinage artistique, quatorze caméras 8K couplées à un logiciel propriétaire d’Omega permettent de mesurer en temps réel la hauteur des sauts, le nombre de rotations et la vitesse d’atterrissage.


En saut à ski, des capteurs sur chaque ski transmettent des données de vol corrélées aux conditions de vent. Les caméras photo-finish Omega capturent désormais jusqu’à 40 000 images par seconde. Ces données enrichissent la retransmission de graphiques instantanés, générés en moins d’un dixième de seconde.
Le smartphone entre dans le workflow du broadcast… et sur le podium
C’est peut-être l’innovation la plus symbolique pour le monde de la photo et de la vidéo : à Milan-Cortina 2026, des smartphones Samsung Galaxy S25 Ultra ont été intégrés au dispositif de réalisation de la cérémonie d’ouverture, en complément des caméras broadcast traditionnelles.
Samsung, partenaire olympique depuis près de trente ans, a travaillé avec OBS pour placer des Galaxy S25 Ultra à des emplacements stratégiques du stade San Siro : en hauteur, dans les tribunes, dans des recoins du stade, mais aussi autour de la scène.


L’idée était d’exploiter la portabilité et la discrétion d’un smartphone pour capturer des points de vue difficiles à obtenir avec du matériel broadcast lourd, et de transmettre ces flux en direct via la 5G.
Dans les faits, ces plans restent des compléments ponctuels : les caméras Sony 4K/HDR (plus de 100 unités pour le seul diffuseur NBC) et les objectifs broadcast Canon UHD (115 optiques livrées pour les épreuves de ski et de glisse) restent le cœur du dispositif.


Panasonic, partenaire historique, équipe toujours les Jeux en caméras cinéma et écrans géants. Le smartphone vient ici s’ajouter au setup de diffusion existant.


Mais le signal est là : qu’un fabricant de téléphones parvienne à faire intégrer ses appareils dans la chaîne de réalisation d’une cérémonie olympique, aussi modestement que ce soit, dit quelque chose de l’évolution du marché.
La qualité d’image des smartphones haut de gamme a atteint un seuil qui les rend exploitables en diffusion, au moins dans de bonnes conditions de luminosité. Les limites demeurent – capteur de petite taille, zoom numérique, performances en basse lumière – mais la frontière entre matériel grand public et professionnel continue de s’amincir.
Le Victory Selfie : quand l’athlète devient son propre photographe
L’autre innovation marquante côté smartphone est le Victory Selfie, inauguré à Paris 2024 et déployé pour la première fois aux JO d’hiver.
Le principe : les athlètes médaillés sont invités à capturer eux-mêmes leur moment de victoire directement depuis le podium, avec un Galaxy Z Flip7 Olympic Edition – le smartphone offert par Samsung aux 3 800 olympiens et paralympiens de ces Jeux.
Nouveauté 2026 : le Victory Selfie s’étend aux compétitions par équipes, permettant aux formations de hockey, curling ou patinage de documenter collectivement leur podium.
Pour le photographe, c’est un changement de paradigme. Jusqu’à présent, les images de podium étaient le domaine exclusif des photographes accrédités des agences (AFP, AP, Getty, Reuters). Désormais, l’image la plus partagée d’un podium pourrait être le selfie de l’athlète lui-même. Le sujet devient son propre photographe – et le podium, volontairement ou non, une vitrine pour Samsung.
Drones et IA au service de la sécurité
Paradoxe de ces Jeux : le drone est à la fois un outil de diffusion et une menace sécuritaire. La guerre en Ukraine a démontré les capacités létales des drones, et les autorités classent désormais la menace en trois niveaux : piratage de contenus par des amateurs, activité de surveillance par des acteurs hostiles, et dans le scénario le plus redouté, des drones avec des charges explosives.
L’Italie applique ici une politique de tolérance zéro : tout vol non accrédité est immédiatement neutralisé par des systèmes anti-drone capables de détecter, prendre le contrôle ou bloquer électroniquement les appareils.
Un centre de cybersécurité opérationnel 24h/24 surveille également les réseaux critiques, car le spectre de PyeongChang 2018 est dans toutes les têtes : une cyberattaque y avait temporairement coupé l’accès internet, immobilisé des drones et rendu les billets électroniques inaccessibles lors de la cérémonie d’ouverture. (Reuters)
Ce que ces JO changent pour l’image
Les JO d’hiver de Milan-Cortina 2026 marquent un point de bascule. Le drone FPV est désormais un outil de réalisation à part entière, l’IA génère et distribue des contenus en temps réel, et le smartphone s’est invité dans une chaîne de diffusion olympique. Les constructeurs comme Sony, Canon et Panasonic restent incontournables, mais la frontière entre matériel grand public et équipement professionnel continue de s’amincir.
Quant au Victory Selfie, il pose une question vertigineuse pour le métier de photographe : l’image la plus virale d’un podium sera-t-elle bientôt systématiquement celle prise par l’athlète lui-même ?
À noter que comme toujours, les leçons de ces Jeux serviront de fondation pour les JO d’été de Los Angeles 2028 et les prochains JO d’hiver 2030 dans les Alpes françaises. La révolution de l’image sportive ne fait que commencer.





