Dans le petit monde des technologies, la reconnaissance faciale semble promise à un avenir florissant. De plus en plus utilisée pour déverrouiller nos smartphones, elle peut également être employée pour identifier rapidement un grand nombre d’individus. Dernier exemple en date : la Maison-Blanche a récemment annoncé son intention de tester un système de reconnaissance des visages afin de renforcer la sécurité du président américain. Face à cette initiative, Microsoft appelle à un encadrement législatif de l’utilisation de la technologie de reconnaissance faciale sur le territoire américain.

Si le président de Microsoft, Brad Smith, s’est montré optimiste quant au potentiel de la reconnaissance faciale pour aider à résoudre un certain nombre d’enjeux de société (comme les disparitions d’enfants ou la détection de certaines maladies), il a également fait part de ses inquiétudes si cette technologie venait à être employée de manière dérégulée.

Dans une allocution au Brookings Institution de Washington, Brad Smith a déclaré craindre que « la reconnaissance faciale ne permette de pratiquer un nouveau type de surveillance de masse ». Il fait par ailleurs le parallèle avec la société dystopique décrite par l’écrivain George Orwell dans son roman 1984.

Loin de n’être que du domaine de la fiction, la surveillance des masses grâce à l’utilisation de la reconnaissance faciale est déjà présente dans le quotidien des habitants de plusieurs grandes villes chinoises. À Shenzen et à Shanghaï, elle permet ainsi d’identifier les piétons traversant au feu rouge. D’ici à 2020, ce sont ainsi près de 600 millions de caméras qui seront être installées dans tout le pays.

Exemple d’utilisation de la reconnaissance faciale avec la technologie « Bio ID » implémentée au sein du Huawei Mate 20 Pro

Face à cette menace, Microsoft a appelé le gouvernement américain à fixer des règles autour de l’utilisation de cette technologie, en mettant l’accent sur le respect du consentement et de la vie privée des personnes, ou encore l’encadrement de l’utilisation des données par des tiers. Brad Smith en appelle également au législateur pour éviter que les entreprises soient obligées de choisir entre responsabilité sociale (sociétale) et succès financier.

Ainsi, Microsoft a récemment conçu de nouvelles règles internes basées sur 6 grands principes, et appelle les autres géants des technologies à suivre son exemple. Equité, transparence, responsabilité, non-discrimination, information des utilisateurs et encadrement des pratiques seront ainsi, selon la firme de Redmond, au cœur de ses solutions de reconnaissance faciale.

Les propos de Brad Smith et l’annonce de Microsoft s’inscrivent en effet dans un contexte d’inquiétude croissante autour de l’utilisation de la reconnaissance faciale. A plusieurs reprises, l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU) s’est dite préoccupée par l’utilisation de cette technologie, notamment au sein des produits conçus par Amazon.

Pour l’heure, les parlementaires américains n’ont pas répondu à l’appel lancé par Brad Smith. Si les autres acteurs américains des technologies n’ont pas (encore) réagi quant aux principes édictés par la firme de Redmond, Google vient d’annoncer vendredi 14 décembre son intention de reporter la commercialisation de ses solutions de reconnaissance faciale.